Santé

«Le polyamour n'est pas envisageable pour mon partenaire»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Mohamed, très déstabilisé d'aimer deux hommes à la fois.

«Pourquoi tout bouleverser alors que la situation actuelle n'est pas insatisfaisante?» | See-Ming Lee via Flickr
«Pourquoi tout bouleverser alors que la situation actuelle n'est pas insatisfaisante?» | See-Ming Lee via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je me sens coincé face à des murs de contradictions émotionnelles qui m'empêchent de réfléchir. J'aime profondément mon partenaire et le désire tout autant. Grâce à lui, pour la première fois, j'ai construit un partenariat amoureux qui m'a permis de poser mes valises, mes angoisses et mes névroses, et de créer un foyer de sécurité affective dans un monde chaotique.

J'ai toujours eu des difficultés avec la monogamie et la fidélité, mais cette fois, je croyais mon corps incapable de désirer quelqu'un d'autre.

Et puis un autre homme est venu tout questionner, dans des proportions que je ne soupçonnais pas. Attiré par sa beauté, ses fêlures et ses désirs de rédemption, j'ai laissé peu à peu tomber mes barrières et suis entré dans un monde parallèle.

Alors que j'embrasse cet autre homme, mon amour pour mon partenaire ne faiblit pas d'un iota. Étrangement, l'attachement en est presque plus intense. De nouveaux sentiments naissent envers cet amant et je rêve de serrer dans mes bras mon conjoint.

Le polyamour n'est pas envisageable pour mon partenaire: nous en avons déjà discuté et je sais qu'il en serait dévasté. Mais quand bien même serait-il d'accord, comment envisager deux relations amoureuses sans briser le partenariat, la complicité, cet espace de sécurité émotionnelle unique que nous avons bâti à deux? Comment être sûr que ce nouvel espace de passion n'altérera pas l'espace principal?

Pour garder cette relation inattendue la moins invasive possible, j'essaye de partager le moins possible de mon histoire et de ma personnalité, même si l'augmentation du désir pousse au dévoilement. Mais si je me raconte à deux hommes, si je partage des intérêts communs avec deux hommes, quelle est la différence entre l'un et l'autre?

Où est l'équilibre? Pourquoi suivre ses désirs s'ils conduisent à d'inlassables questionnements, à la perte du désir ultime que d'être en paix, rassuré, aimé et aimant? Qu'est ce qui nous pousse à nous torturer de cette manière, alors que le plaisir qu'apporte la relation interdite est tellement plus court que les tourments qu'il déclenche?

J'ajoute à ces questions de fond sur le désir amoureux que cet homme exerce une profession incompatible avec la mienne –l'un et l'autre serions en danger si notre liaison était exposée.

J'admire la théorie qui veut que notre curiosité intrinsèque nous pousse à envisager la déstabilisation comme créatrice d'un nouvel ordre plus équilibré et satisfaisant. Mais pourquoi céder à cet appel? Pourquoi tout bouleverser alors que la situation actuelle n'est pas insatisfaisante, seulement mise à l'épreuve ou questionnée?

Mohamed.

Cher Mohamed,

Vous vous demandez quelle serait la différence entre ces deux hommes et ces deux relations créées. Je suis incapable de voir les différences, mais je sais d'expérience que le point commun est vous: vous dans votre entièreté, ce que vous décidez de partager à l'un, à l'autre, aux deux.

Une relation, je crois, n'est pas une fusion entre deux êtres. Il existe et existera toujours des sentiments que l'autre n'aura pas ressentis et que vous ne prendrez pas le temps de raconter –et ce sera réciproque. On peut penser connaître quelqu'un, mais on ne peut pas l'absorber et il ne peut pas nous absorber.

C'est quand on prend conscience de cette réalité de l'amour, sa fragilité qui peut devenir une force si l'on accepte nos zones d'ombre, que l'on peut accepter le polyamour.

Entendons-nous bien: je ne crois pas que cette situation soit idéale pour tout le monde. Mais je pense que ce que vous expérimentez est bien une forme de polyamour.

Évidemment, le polyamour –comme toutes les relations en réalité– n'est pas toujours matériellement possible. Là, l'incompatibilité des professions, l'engagement que vous avez auprès d'un autre homme et qui ne prend pas en compte ce genre de situation, rendent impossible la relation. C'est comme ça. Le polyamour n'est possible que si toutes les parties sont consentantes. Ce n'est pas le cas ici, vous n'avez donc rien à bousculer.

Je ne crois pas que la naissance de sentiments pour une autre personne soit une torture. Quand on est au clair avec soi-même et avec les autres, il me semble que c'est plutôt une chance.

Dans mon expérience, l'amour ne se divise pas, il se multiplie. Je suis moi avec mes deux partenaires, sans avoir le sentiment ni de leur voler une partie de mon quotidien, ni de me répéter sans arrêt. Mes sentiments sont puissants et perdurent avec les années –comme les leurs. Tout ça n'est possible que parce que nous avons tous les trois accepté ces conditions et aménagé nos vies en ce sens.

Je ne crois pas qu'il faille voir ces sentiments et ce désir nouveau comme un caprice de votre esprit ou de votre corps. Vous semblez juste être capable de polyamour. Vous pouvez décider de le vivre ou d'éteindre cette facette de vous.

Ces questions que vous vous posez sur le sens du chaos, je les connais bien. Je pense que c'est à chacun d'y trouver ses réponses. Elles ne sont pas absolues et le chemin du bonheur et de la sérénité n'est pas le même pour tout le monde.

Moi, j'ai choisi d'être surprise. J'ai la chance d'être accompagnée sur ce chemin un peu chaotique par deux hommes. J'aurais aussi pu choisir de rester monogame, mais l'histoire ne s'est pas écrite comme ça.

Je ne crois pas qu'il existe de bonne solution. Je le dis en toute sincérité. Vous en avez appris un peu plus sur vous-même. Cette découverte ne vous oblige pas à tout bousculer. C'est un cadeau, je crois. Les sentiments que vous avez ressentis pour l'instant ne sont que positifs. Se connaître un peu plus, quoi que l'on découvre, est la meilleure voie vers la sagesse.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

Lucile Bellan Journaliste

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