Boire & manger / Société

La tyrannie des conversations de bouffe au bureau

Temps de lecture : 2 min

Elle se cache derrière un bubble tea ou dans les commentaires de votre collègue sur votre lunchbox, mais dans tous les cas, elle continue d'imposer l'idée que vous devez contrôler votre corps.

Un simple repas peut se transformer en dictature du bien-être, déclencher un sentiment de culpabilité et la sensation de ne jamais être à la hauteur. | Heather Ford / Unsplash
Un simple repas peut se transformer en dictature du bien-être, déclencher un sentiment de culpabilité et la sensation de ne jamais être à la hauteur. | Heather Ford / Unsplash

Enfin assis·e tranquillement devant votre plat du midi, vous sentez une présence derrière vous. Cet œil inquisiteur, c'est celui de votre collègue, qui s'apprête à commenter votre plat pour vous parler ensuite des bienfaits du jus de kombucha. Horreur! Alors que les grandes enseignes font de vrais efforts pour rasséréner les femmes au sujet de leur perception du corps, le spectre de la minceur s'immisce au travail sous une forme nouvelle: le bien-être. À la manœuvre de ce glissement, ces collègues dont la conversation préférée porte sur son, ou votre repas de midi.

Aux discussions régime –beaucoup trop années 2000– on préférera aujourd'hui celles sur les jus bio et autres graines de chia, et surtout sur leurs bienfaits. Sous quelque forme que ce soit, les conversations à propos la bonne bouffe conduisent toujours au même point: on en vient à penser ou à parler de son propre corps. De cette dictature du bien-être résulte un sentiment de culpabilité et la sensation de ne jamais être à la hauteur. Ce dont on aimerait se passer dans le cadre du travail.

Le corps n'est pas une machine

Dans son edito pour le magazine américain The Atlantic, Amanda Mull l'écrit clairement: «Une culture où les troubles alimentaires sont parfois récompensés et où les personnes en surpoids, en particulier les femmes, sont pénalisées par leurs corps dans le monde professionnel –un espace de travail qui laisse sévir ces collègues qui regardent par-dessus votre épaule ce que vous mangez pour vous faire part de leurs commentaires bien-être–peut nuire à la carrière des employées et à leur santé.»

Le bien-être est un thème dont s'emparent les start-ups les plus innovantes, les PDG les plus importants –à l'image de Jack Dorsey, le patron de Twitter qui prône le jeune– et, surtout, les entreprises. Les programmes encourageant l'activité physique au travail, à grand renfort de salles de gym dans l'enceinte des bureaux, cartes d'abonnement voire promotions en fonction du nombre de calories dépensées se multiplient. Dans tous les cas le bien-être est lié à la performance et à la minceur censée l'incarner. L'analogie qui en découle est élémentaire: la performance se mesure à l'aune de la minceur.

Ainsi dissimulé sous le prétexte de la santé, le corps se fait machine. Une condition nécessaire pour se sentir mieux, dit-on? Peut-on sérieusement parler de bien-être quand on se prive, quand on contrôle minutieusement son alimentation, jusqu'à maltraiter son corps? Alors qu'en 2014, 10% de la population française souffraient de troubles alimentaires, il y a de quoi se poser la question. Le corps des femmes a suffisamment été objetisé. Les voix qui se sont élevées à propos de #MeToo n'ont-elles pas quelque chose à dire à ce sujet?

On peut commencer par ouvrir les yeux. Puis expliquer à ces collègues aux yeux indiscrets que les bienfaits du kumbucha, vraiment, on s'en tape.

Slate.fr

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