Santé / Sciences

Interdire les crèmes solaires chimiques pour sauver les coraux, la fausse bonne idée?

Temps de lecture : 2 min

L'océan ne vous dira pas forcément merci si vous prenez une crème solaire eco-friendly trois fois plus chère. Votre peau non plus.

En juillet 2018, le gouverneur hawaïen a signé une loi interdisant la vente de crèmes solaires nuisibles aux coraux. | Marek Okon via Unsplash
En juillet 2018, le gouverneur hawaïen a signé une loi interdisant la vente de crèmes solaires nuisibles aux coraux. | Marek Okon via Unsplash

Le blanchissement des coraux est un phénomène que nous avons presque autant en horreur que les ours polaires quand ils voient disparaître leur banquise. Depuis quelques années, des études ont prouvé que la crème solaire participait sérieusement à ce massacre corallien.

Parallèlement, des lieux très touristiques comme Hawaï, dont la moitié de ses coraux ont blanchi en 2015, en ont fait leur cheval de bataille. En juillet 2018, le gouverneur hawaïen David Ige a signé une loi interdisant la vente de crèmes solaires contenant des produits chimiques nuisibles aux coraux. En République des Palaos, les touristes verront bientôt leurs crèmes non biodégradables saisies à leur arrivée et les autorités feront même payer 1.000 dollars (environ 878 euros) aux personnes qui s'aviseraient d'en importer. Une interdiction difficile à critiquer mais dont il s'agirait d'étudier les alternatives.

Filtre chimique contre filtre minéral

Il existe deux types de crème solaire. Celle à filtre chimique, qui absorbe les rayons ultraviolets grâce à des molécules comme l'octinoxate ou l'oxybenzone. C'est à la diffusion de ces molécules dans l'eau qu'on doit le blanchissement des coraux, en particulier à l'oxybenzone qui «modifie les hormones endocriniennes des larves du corail, ce qui conduit les jeunes coraux à s’étouffer dans leurs propres squelettes», selon la sinistre explication du magazine Mother Jones.

L'alternative, qu'utilisent les fabricants de crème bio, consiste à intégrer des filtres minéraux à sa composition pour réfléchir le soleil comme un miroir. Nous l'avons cependant souvent rejetée au profit de la crème chimique, en raison des traces blanches ingrates qu'elle laissait sur notre bronzage parfait. Dans la mesure où l'interdiction concerne uniquement les crèmes chimiques (70% des crèmes actuellement sur le marché, d'après Mother Jones), les crèmes solaires minérales semblent cependant sur le point de prendre leur revanche, à grand renfort de label bio et autre «reef-friendly», leurs atouts principaux.

De multiples travers dans les crèmes bio (aussi)

Pour remédier à l'horreur de la trace blanche, il a fallu créer des nanoparticules pour les composants des crèmes bio. Or une étude publiée en mai 2019 a déjà montré qu'elles pouvaient être absorbées par le corps. D'autant que, parce qu'elles peuvent être ingérées, ces nanoparticules pourraient porter atteinte à la biosphère marine. Enfin l'absence de recherches sérieuses sur la protection contre les UV des crèmes bio suggère que les marques préfèrent surfer sur la vague eco-friendly plutôt que de véritablement s'assurer de leur efficacité.

Dans une interview accordée à 20 Minutes, Laurence Coiffard, professeure en cosmétologie à l’université de Nantes, estime qu'il est impossible d'avoir un véritable indice 50 dans les crèmes minérales. Gardons-nous donc de voir dans cette interdiction une rédemption sans faille pour l'océan. Il reste encore à trouver une alternative plus efficace avant de crier victoire.

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