Société / Tech & internet

Sur les réseaux sociaux, les HLM ne sont plus blêmes

Temps de lecture : 4 min

Relégués aux rubriques faits divers et aux discours misérabilistes par les médias, les grands ensembles français et leur architecture sont désormais célébrés, notamment sur Twitter.

Les Tours Alliaud dites Tour Nuages de Nanterre, en banlieue parisienne, le 23 novembre 2017. | Lionel Bonaventure / AFP
Les Tours Alliaud dites Tour Nuages de Nanterre, en banlieue parisienne, le 23 novembre 2017. | Lionel Bonaventure / AFP

Révélée par Le Monde en avril dernier, l'information est pour le moins surprenante: accueillants et paisibles, les logements du Mirail à Toulouse, des 4000 à la Courneuve ou de la Grande Borne à Grigny se voient plébiscités par de nombreux touristes via AirBnb.

#orangewednesday #lacourneuve #citedes4000 #ssd93

Une publication partagée par Juliette Flori (@juj20224) le

Un dynamisme du marché sous-locatif à contre-courant des habituels poncifs véhiculés sur ces quartiers réputés impénétrables et repliés sur eux-mêmes, en particulier par des émissions sensationnalistes aux génériques inquiétants façon Peur sur la ville.

Les cités seraient donc des lieux de villégiature verdoyants, bien éloignés du constat désastreux qu'en dressent Bernard de la Villardière et consorts?

Archives au goût du jour

Voilà qui ne devrait pas surprendre Renaud Epstein, auteur, maître de conférence à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et spécialiste des politiques urbaines. À l'origine des posts récurrents «Un jour, une ZUP, une carte postale» suivis par plus d'une dizaine de milliers de fidèles sur Twitter, il accumule depuis près de ving-cinq ans une impressionnante collection de cartes postales de cités aux accents rétro qu'il scanne et partage sur Twitter pour le plus grand bonheur de ses abonné·es.

Des images de quartiers pour la plupart disparus dégotées au gré de visites en banlieue dans le cadre de ses recherches ou au hasard de vide-greniers, qui donnent à voir une vision exotisée des quartiers populaires, rarement associés au voyage et à l'évasion.

«Certaines d'entre elles ont un demi-siècle, les bâtiments y sont entourés de champs et de pavillons, ce sont des paysages qui n'existent plus aujourd'hui, explique t-il. Les couleurs vintage, les prises de vue aériennes qui donnent à voir les cités telles qu'on ne les voit jamais depuis le sol, tout ça produit cet effet particulier.»

«Depuis les années 2000, la majorité de ces immeubles ont été détruits. Les inclure aux réseaux sociaux, c'est une manière différente de se questionner sur ces espaces stigmatisés, sur le rôle qu’ils ont joué dans la France des Trente Glorieuses, cela prolonge mes recherches scientifiques sur la politique de la ville», poursuit Renaud Epstein.

«Depuis les années 1980, on a construit de façon collective une image extrêmement négative de ces lieux, abordés sous l'angle de la délinquance, de l’émeute, du trafic, ce qui revient à nier ce qu'ils ont pu représenter dans les vies de millions de personnes. Ma démarche consiste à proposer un autre récit. Ce qui me plaît et m'amuse, c'est de voir que ces photographies suscitent de l’intérêt, de la nostalgie, de la tendresse, en particulier dans des communautés qui ne sont pas les miennes: des jeunes s'apostrophent souvent en langage SMS sous mes posts quant aux transformations de l'endroit où ils ont grandi.»

Twitter passion béton

Une initiative salutaire et loin d’être isolée: autrefois documentés sur les Skyblogs par leurs habitant·es, les photographies de HLM et de cités ont désormais migré vers Twitter, sous l'impulsion d'une poignée de personnes passionnées ayant à cœur de mettre en lumière l'histoire de ces grands ensembles.

Parmi elles, la journaliste Claire Chaudière, spécialisée dans le logement et les territoires, à l'origine du hashtag #1Jour1Batiment, reconstitution virtuelle de ses déambulations urbaines.

Mais aussi le mystérieux @memoire2cite, véritable archive 2.0 des cités et quartiers populaires de France. Alimenté par Jérôme, encyclopédie vivante des banlieues françaises, le compte Twitter constitue un panorama complet du renouvellement urbain des trente dernières années.

Ses inspirations majeures? La cité de la Muette à Drancy, les Minguettes à Vénissieux, les 4000 à la Courneuve, la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry, parmi beaucoup d'autres.

«Le grand ensemble me fascine, me hante parfois même, confie ce passionné d'architecture et d'urbanisme. Au fil du temps, j'ai accumulé une quantité considérable de photographies, de coupures de presse et d'ouvrages spécialisés sur le sujet.»

Son obsession pour le béton et les mille visages de l'habitat collectif? Elle prend racine dès l'enfance, passée dans le quartier stéphanois de Montchovet où il réside toujours aujourd'hui. Elle lui a surtout été transmise par son père, maçon portugais débarqué en France en 1959 et artisan de la création des grands ensembles, qui a toujours envisagé ces derniers comme des habitats temporaires.

«À force de partager mes connaissances et ma passion, j'attirerai peut-être l'attention d'une OPHLM»

Jérôme, compte Twitter @memoire2cite

Sa présence sur les réseaux sociaux, Jérôme l'envisage comme un devoir de mémoire de ces quartiers oubliés et volontiers stigmatisés, comme son pseudonyme l'indique.

«J'aime la ville, ses transformations, la démolition et ses images choc, ces barres et ses tours que beaucoup détestent et qui disparaissent les unes après les autres.»

L'espoir secret de ce témoin privilégie du renouvellement urbain des quarante dernières années, en recherche d'emploi depuis presque deux ans? «À force de partager mes connaissances et ma passion, j'attirerai peut-être l'attention d'une OPHLM. C'est mon souhait, pouvoir œuvrer à la sauvegarde du patrimoine locatif.» À bon entendeur...

Mélanie Mendelewitsch Journaliste

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