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Le hockey sur glace est-il le sport le plus violent? (MàJ)

Grégoire Fleurot, mis à jour le 01.03.2010 à 7 h 10

Seul sport collectif global où les bagarres sont tolérées, la violence y est pourtant strictement encadrée.

Le Canada a battu dimanche 28 février les Etats-Unis 3 à 2 après prolongation en finale du tournoi de hockey sur glace messieurs pour remporter la dernière médaille d'or des jeux Olympiques de Vancouver, la 14éme pour le pays organisateur, un record.

Le Canada, déja assuré de terminer en tête au classement par nations (établi en fonction du nombre de titres olympiques), bat à cette occasion le précédent record de médailles d'or de l'URSS (1976) et de la Norvège (2002). En finale, les Canadiens se sont imposés dans la douleur. Toews et Perry avaient donné deux buts d'avance aux joueurs à la feuille d'érable mais Kesler ramenait les USA dans le match. L'impensable se produisait même quand Parise égalisait à 24 secondes du terme, envoyant les deux équipes en prolongation.

Dans l'un des plus beaux matches de l'histoire, seul un joueur de légende pouvait offrir la victoire à son équipe et c'est Sidney Crosby, le prodige, la figure emblématique de l'équipe, qui libérait tout un pays en marquant le but de la médaille d'or dans un angle pourtant restreint après sept minutes de prolongation. La Finlande avait remporté la médaille de bronze en battant la Slovaquie (5-3) samedi. On notera qu'en hockey les podiums ont été identiques chez les messieurs et chez les dames: Canada (1er), USA (2e), Finlande (3e).

 

En janvier dernier, un match de la Ligue continentale de Russie (KHL) entre Avangard et Vityaz a été arrêté après seulement trois minutes 39 secondes après une bagarre générale impliquant la quasi-totalité des joueurs des deux équipes sur plus de cinq minutes. Les images de la bagarre ont fait le tour du Web et des médias. Le site 20minutes.fr titrait «Le hockey sur glace est un sport de combat comme les autres en Russie». Le hockey est-il le sport collectif le plus violent du monde?

Quand on pense à un sport collectif violent, le hockey sur glace vient à l'esprit, aux côtés du football américain et du rugby. Avec les chocs, la vitesse des joueurs, les mises en échec contre les parois des patinoires et l'attirail casques / protections, c'est sûr, le hockey, c'est un «Rollerball» sur glace. D'ailleurs, même l'histoire le dit: selon le livre Hockey: A people's history, au moins quatre joueurs sont morts sur un terrain de hockey pour la seule année 1904 au Canada suite à des bagarres ou à des coups de crosse.

Si la violence est punie comme dans les autres sports collectifs, le hockey est en revanche le seul où elle est institutionnalisée et où deux joueurs se battant à mains nus ne sont pas immédiatement séparés et automatiquement exclus du match. Du moins en NHL, la ligue la plus riche et la plus suivie au monde... et aussi la plus «physique».

Les règles

Le règlement de la NHL contient huit pages dédiées exclusivement aux règles encadrant les «combats» entre joueurs. Quand une bagarre est déclenchée, les joueurs doivent lâcher leurs crosses et leurs gants (qui contiennent du cuir et du plastique et peuvent donc être dangereux) et obéir à l'arbitre si celui décrète la fin du combat (en cas de déséquilibre manifeste entre protagonistes par exemple).

Le règlement précise que les arbitres ont une grande liberté dans les pénalités infligées pour «leur permettre de différencier les degrés de responsabilité des participants.» Ultra-détaillé, il prévoit notamment des punitions différentes pour l'agresseur, l'instigateur, le joueur qui n'obéit pas lorsque l'arbitre ordonne la fin d'un combat, celui qui se bat en dehors de la patinoire... Un joueur qui déclenche une bagarre alors qu'il porte une protection faciale (le gardien de but par exemple) écope d'une amende supplémentaire pour «comportement antisportif». Mais le simple fait de participer à un combat n'est puni que d'une «major penalty», soit une expulsion de cinq minutes.

Le durcissement des règles depuis les années 1970 fait que le nombre de combats et autres bagarres a plutôt tendance à baisser. «C'est dommage, explique Thierry Adam, qui commente la discipline à Vancouver pour France Télévisions. Les bagarres font partie du hockey, un match de hockey sans bagarre n'est pas un match de hockey, déplore-t-il. Ce n'est pas un hasard si les stades de hockey en France sont plus remplis que ceux de basket ou de volley. C'est un sport "d'hommes", qui plaît d'ailleurs beaucoup à la gente féminine.»

Les passionnés de hockey ne manquent pas d'arguments pour justifier les combats: cela permet d'éviter des coups plus violents (notamment avec des crosses), permet de protéger les joueurs stars, ou encore créée une vraie solidarité entre  coéquipiers.

Solidarité qui est selon eux illustrée dans le rôle particulier joué par les «policiers». Chaque équipe de hockey professionnel de NHL compte dans son effectif un ou deux joueurs, appelés «goon» ou «policiers» au Canada, qui doivent faire respecter leur équipe. Le «boulot»  de ces castagneurs est de chercher des noises aux joueurs adverses et de protéger leurs propres coéquipiers, notamment les meilleurs joueurs de l'effectif, des attaques physiques adverses. Egalement appelées «exécuteurs» ou «fighters», ils sont adorés par les fans et touchent des sommes astronomiques pour accomplir leurs basses œuvres.

Un autre rôle spécifique aux joueurs de hockey est celui de «pest», joueur dont le boulot est de faire craquer ses adversaires, sans forcément utiliser la violence, pour que ceux-ci «sortent de leur match» par déconcentration ou alors commettent des fautes. Donner des coups dans le dos de l'arbitre ou encore entraîner un joueur dans une bagarre à mains nues puis s'en retirer pour provoquer l'expulsion de l'adversaire font notamment partie de la panoplie du bon «pest». Un rôle dans lequel aurait excellé Marco Materazzi.

Bagarres générales

En termes de «générales», le hockey a une place de choix dans les sports collectifs. Si l'empoignade générale du championnat russe est spectaculaire, elle n'est pas si rare que cela. L'une des bagarres les plus fameuses de l'histoire a eu lieu lors des championnats du monde juniors de 1987 entre les Russes, encore eux, et le Canada. Face au chaos général, qui a duré 20 minutes, les arbitres ont tenté de quitter le terrain, puis ont même fait éteindre les lumières de l'enceinte sportive, sans succès.  Les deux équipes furent exclues du tournoi.

Mais dans ce domaine, difficile de stigmatiser le hockey. Le football, le rugby, le baseball, le football américain ou encore le basketball ont tous vu des scènes comparables sur les terrains à travers le monde.

Folklorisées et appréciées des fans, ces chamailleries ne font pas l'unanimité. Dans un rapport de 1988 sur la violence et les blessures dans le hockey sur glace, l'Académie canadienne de médecine du sport déplorait que «l'usage de tactiques déloyales et de la violence est perçu comme un moyen technique de gagner et qu'on l'enseigne comme tel». Le laxisme des règles de la NFL fait débat en Amérique du nord de puis de nombreuses années. Mais les partisans de la conservation de la dimension «physique» de la ligue ont jusqu'à présent réussi à pérpétuer la tradition.

Un des arguments qui joue en la faveur de ces derniers est que, étonnement, le hockey n'est pas un sport où les joueurs se blessent beaucoup. «Le hockey n'est pas à haut risques», confirme Jean Le Blond, membre de la commission médicale de la Fédération française de hockey sur glace (FFHS). «Il y a même moins de blessures que dans la plupart des sports collectifs, notamment le football ou le rugby», explique ce médecin. Ainsi, les blessures aux ligaments du genou, que l'on retrouve souvent dans ces sports, sont quasi-inexistantes. Les plus fréquentes sont  les plaies et lacérations, notamment au visage, dues à des coups de crosse. Suivent les contusions musculaires aux membres inférieurs (béquilles) et les blessures aux chevilles.

Alors le hockey, sport viril mais correct? En 2007, le patron de la NHL, la ligue de hockey nord-américaine, déclarait après une succession de bagarres sanglantes dans le championnat: «La bagarre a toujours eu une place dans le sport et le nombre de bagarres est déterminé par la manière dont il est joué.» On imagine mal Frédéric Thiriez nous expliquer la même chose pour le football.

Grégoire Fleurot

Image de Une: Une bagarre dans le championnat de NHL, REUTERS/Mike Segar

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