Monde

L'histoire cachée de la Fialka, machine à chiffrer du KGB

Temps de lecture : 3 min

Les service secrets soviétiques ont inventé un code impossible à décrypter.

La machine était dotée de dix rouleaux de lettres, contre trois ou quatre pour Enigma, son pendant germanique, lui conférant une meilleure sécurité de chiffrement. | Détail de la Fialka, exposée en 2018 au musée d'histoire militaire de Vienne (Heeresgeschichtliches Museum). | Fichtenspargel / Wikipedia
La machine était dotée de dix rouleaux de lettres, contre trois ou quatre pour Enigma, son pendant germanique, lui conférant une meilleure sécurité de chiffrement. | Détail de la Fialka, exposée en 2018 au musée d'histoire militaire de Vienne (Heeresgeschichtliches Museum). | Fichtenspargel / Wikipedia

Au tout début de la Guerre froide, l'Union soviétique dut se doter d'un moyen infaillible de chiffrer les messages qu'elle envoyait à ses alliés. C'était une tâche colossale: la clé du précédent chef-d'œuvre de la cryptographie, la machine à chiffrer allemande Enigma, avait été trouvée. Non seulement tout nouveau système de communication se devait d'être inviolable, mais il devait en outre pouvoir fonctionner dans des langues aussi diverses que le polonais, le hongrois, l'allemand, le roumain, l'espagnol et, bien entendu, le russe. L'Union soviétique avait besoin d'une merveille technologique.

Est alors arrivée la machine Fialka («violette» en russe). Créé à la fin de la Seconde Guerre mondiale et introduit en 1956, ce système de chiffrement remplaça l'Albatross, une machine de chiffrement soviétique qui était elle-même plus complexe que l'Enigma. Dès les années 1970, les machines de chiffrement Fialka avaient été largement adoptées par les pays signataires du pacte de Varsovie et d'autres pays communistes. Elles restèrent en service jusqu'au début des années 1990.

500 billions de codes

Pourtant, l'existence de la Fialka demeura des plus secrètes. La Russie ne déclassifia pas l'information à propos de cette machine avant 2005 et, aujourd'hui encore, récupérer des renseignements sur cet appareil relève du parcours du combattant. Cependant, le public américain peut enfin voir l'une de ces machines: un modèle est exposé depuis cette année au nouveau KGB Espionage Museum [Musée de l'espionnage du KGB], à New York. Cet exemplaire est l'un des premiers jamais présentés au monde.

Les rouleaux de la Fialka, 14 février 2005. | Matt Crypto / Wikipedia

Les méthodes de chiffrement de la Fialka étaient avancées, mais la technologie de base était ancienne. À l'instar de l'Enigma, c'était une machine de chiffrement électromécanique fonctionnant avec des rouleaux. Son clavier ressemblait à celui d'une machine à écrire, mais son corps avait plus l'aspect d'une machine à calculer très perfectionnée, équipée d'une série de rotors qui remplaçaient toute lettre par une autre à mesure que le message était tapé. La machine chiffrait un message puis un commutateur, sorte d'interrupteur électrique, mélangeait encore plus les lettres. Le message sortait ensuite sous forme d'une bande de téléscripteur percée de nombreux trous, que l'on devait par la suite glisser dans un autre exemplaire de la machine pour qu'il soit rapidement déchiffré. Essentiellement utilisée par les militaires, la Fialka était un secret si jalousement gardé que la soldatesque formée pour l'utiliser aurait été obligée de signer des contrats spéciaux précisant que ses membres ne devaient pas voyager à l'étranger pendant deux ans.

La Fialka comblait les lacunes de l'Enigma: comme elle fonctionnait avec dix rouleaux de lettres, contre trois ou quatre pour l'Enigma, le chiffrement sur la machine russe était mieux sécurisé. Chaque rotation des rouleaux permettait à la Fialka de chiffrer chaque lettre individuellement. La machine pouvait produire plus de 500 billions de codes.

Le code parfait

Selon l'auteur de Code Warriors [Les guerriers du code], Stephen Budiansky, qui s'est intéressé aux travaux de la National Security Agency (NSA) pour déchiffrer les codes secrets soviétiques, le chiffrement était si perfectionné qu'il n'aurait pu être découvert que par erreur humaine, par vol ou par trahison. «Il a toujours été plus facile de créer un bon code que de déchiffrer un bon code, explique-t-il. Les avancées importantes que [les États-Unis] et l'Union soviétique ont faites, tout au long de la guerre froide, dans le déchiffrement des codes secrets de leur ennemi ont été obtenues soit par des moyens “directs” [comme le vol de listes clés de combinaisons] ou à cause d'erreurs dans les procédures ayant éventé des détails essentiels sur les schémas de chiffrement internes du système de chiffrement.»

Bien que les appareils comme la Fialka soient aujourd'hui obsolètes, devenus l'apanage des sites internet de passionné·es qui collectionnent tout ce qui a trait à l'espionnage, les communications secrètes ont encore de beaux jours devant elles. La paranoïa est aujourd'hui de plus en plus présente au Kremlin et, plutôt que d'accepter son histoire et de se préparer à l'avenir, le gouvernement russe actuel préfère célébrer une époque révolue, durant laquelle les autorités réprimaient la population, avaient le culte du secret et entretenaient la peur.

De nos jours, l'art du secret a évolué. Les chiffrements de l'époque ont été dépassés par un appareil beaucoup plus puissant que tout ce que les personnes qui ont combattu pendant la guerre froide auraient pu imaginer: le smartphone.

Cet article a initialement été publié sur le site Foreign Policy.

Anna Borshchevskaya Chercheuse au Washington Institute for Near East Policy

Foreign Policy

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