Michel Charasse, l'histoire d'un mec... (MàJ)
Fidèle de Mitterrand, ami de Sarkozy et d'Hortefeux, l'ancien ministre socialiste est aussi inclassable que faux débonnaire.
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Les nominations cette semaine par Nicolas Sarkozy de Didier Migaud à la Cour des comptes et plus encore de Michel Charasse, sénateur du Puy-de-Dôme et gardien de la mémoire de François Mitterrand au Conseil constitutionnel, restent en travers de la gorge de la gauche comme de la droite. La désignation de M. Charasse suscite des réserves de tous bords, tant l'ancien ministre socialiste et secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand, exclu du PS, en 2008, apparaît «incontrôlable». «C'est du poil à gratter. Qu'est-ce que ça fait du bien d'en être débarrassé», avouait un haut responsable de l'UMP au Palais du Luxembourg, ajoutant : «On promet bien du plaisir à Jean-Louis Debré», le président du Conseil constitutionnel. Le personnage Charasse est en effet hors du commun.
Ainsi, après la mort de Coluche, il a donné l'impression d'être son légataire. Ou comme chez les indiens Navajo, d'avoir avalé son âme. Il s'est mis à parler comme lui, et à avoir ses poses. Mimétisme étrange. Dérangeant. Faux débonnaire, comme lui; marrant, mais à la différence de l'humoriste, surtout aux dépends de la galerie. Des yeux malins, mais plus froids.
Coluche disparu, laissant derrière lui un chagrin d'ampleur nationale, on attendait plutôt Jacques Attali dans le rôle du gardien de mémoire. En raison de leur amitié. Ou l'Abbé Pierre, devenu son «pote», après la création des Restos du cœur. Mais, curieusement, la fonction est revenue à Michel Charasse. On voyait celui-ci au côté de Véronique Colucci, l'ex-femme de Coluche.
On le savait soucieux de la pérennité des Restos, et quand il est devenu ministre délégué au Budget, en 1988, il a été le premier défenseur de «l'amendement Coluche» permettant le dégrèvement des œuvres d'intérêt public. C'est là aussi, dans le même contexte, qu'est née la rumeur d'un Michel Charasse agitant à tout bout de champ la menace d'un contrôle fiscal.
Charasse la menace
«Vous allez entendre parler de moi.» La phrase est restée. Elle a longtemps fait sa réputation. Redresseur d'impôts. L'homme des poursuites, décidées dans l'instant, et parfois annoncées en public à l'intéressé. A travers lui, petit, rond et volubile, les foudres de la République, de l'Etat, du droit... François Mitterrand savait ce qu'il faisait en le nommant du Budget.
Il connaissait son irritation du parisianisme et des élites sans accent, de ces bourgeoisies qui consentent à prêter au service de l'Etat l'un de leurs rejetons, passé par Sciences Po', en échange du maintien de leurs prébendes. Il savait quelles humiliations secrètes hantaient ce «petit Chose», monté d'Auvergne pour faire son droit et, justement, Sciences-Po, et sa colère préservée, savamment entretenue, malgré un mandat de sénateur, dès 1981, et sa fonction de conseiller pour les affaires constitutionnelles, à l'Elysée.
Aujourd'hui, au bout d'une carrière, Michel Charasse demeure l'un des hommes politiques les moins bien cernés. Il faut dire qu'il a beaucoup surchargé son masque. Terrible ministre, jusqu'à la fin du second septennat mitterrandien. «L'affreux, le méchant du gouvernement, celui qui vous taille un budget en pièces, l'avare, le rapiat», notait Jean-Yves Lhomeau, dans Le Monde (daté des 16-17 octobre 1988). Et puis souvent en boule, odieux, même, pour certains. Misogyne, selon quelques femmes, et réfractaire à la presse. Le trait volontiers assassin, sous un physique de comique bon vivant et un tempérament trop accueillant à la galéjade.
Le droit et les bretelles
A côté de personnage qui a longtemps détonnée, rendu possible par l'amitié que François Mitterrand lui portait, il y a l'autre Charasse, avec une passion tout autant gloutonne pour les complexités du Budget, du droit constitutionnel et de la législation des collectivités locales. Et un sens de la pédagogie, même énervée, qui peu à peu l'a privé d'adversaires politiques en Auvergne. La droite locale n'a pas attendu son exclusion du parti socialiste, en 2008, à la suite d'un conflit sur le choix de la tête de liste au conseil général du Puy-de-Dôme, pour en faire un compagnon et un conseilleur impartial.
A l'Association des maires du Puy-de-Dôme, qu'il a animée, puis présidée, il était apprécié pour son explication du droit. «Ce n'est qu'après, dans la suite de son discours, qu'il reprenait ses grosses bretelles de clown, démagogique et populiste», explique un observateur de la vie politique auvergnate. Incapable, par exemple, de résister au plaisir de moquer les fonctionnaires, et plus encore les fonctionnaires parisiens, devant son auditoire d'élus ruraux. Mais seulement le travail sérieux achevé.
Dans sa chronique du 24 février sur France Culture, Olivier Duhamel regrettait l'absence, désormais, de grands professeurs de droit au Conseil constitutionnel. «A-t-on oublié ce qu'un Georges Vedel, ce qu'un Robert Badinter ont apporté au Conseil?», s'est-il étonné. C'est vrai. L'Elysée lui répondrait pourtant que Michel Charasse pourra remplir ce rôle. Charasse, mauvais coucheur, mais compétent, intègre et juste. Et quant à classer ce nouveau membre du Conseil entre droite et gauche, bien malin qui saurait se prononcer, maintenant.
Trahison et amitié
Pour beaucoup, le sénateur du Puy-de-Dôme a cessé de s'intéresser au PS après la mort de Mitterrand. Il n'a pas épousé les dogmes de la majorité pour autant. Sa proximité avec Brice Hortefeux et Nicolas Sarkozy tient, dit-on, plus à l'amitié. A ces liens d'hommes, à table, tissés par la plaisanterie et l'estime réciproque.
En pleine campagne de 2007, Michel Charasse avait reçu le candidat Sarkozy en sa mairie de Puy-Guillaume, et le PS avait déjà crié à la trahison. Trois plus tard, c'est de son mandat local qu'il démissionne, après 33 ans de gestion. L'aventure avec Nicolas Sarkozy, elle, continue, sans que le nouveau membre du Conseil constitutionnel s'abaisse à indiquer son camp d'appartenance. Chacun choisira. Il laissera dire. Et prendra, comme Coluche, le parti d'en rire.
Philippe Boggio
Image de une: Décembre 1996, ouverture de la 12e saison des Restos. JACKY NAEGELEN/REUTERS
Mis à jour le 27/02/2010 à 9h02










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Sarko a fait un truc bien - et croyez-moi, c'est pas facile à écrire... En donnant du boulot à tous ces valets de haut rang, il a crevé la baudruche. Toutes ces histoires de combats, de courants, de convictions pour des idées, de don de soi, etc., ça n'existe pas - ou plus. Ces gens sont des professionnels de la profession, des hommes et des femmes d'appareil et ces appareils ne sont plus des partis mais les institutions elles-mêmes. Ils ou elles vont là où il y a de la place. Lui, ça lui permet d'annihiler toute possible union de l'opposition, eux ça les sort de l'ombre et de toute façon, ça ne change rien... L'hégémonie de l'économie a mis le relativisme sur le trône, tous se valent. Le pouvoir est une affaire de professionnels centristes, tous bords confondus.
Encore un politique qui se permettait de menacer ses contradicteurs avec exécution de ses menaces, comme le contrôle fiscal du Puy du Fou. Ce genre de personnage qui abuse de son pouvoir pour arriver à ses fins ou interdire toute contradiction (M. Sarkozy n°2) n'est certainement pas digne de rentrer au service de la constitution.
Pour ce qui est de ses compétences comme ministre du budget, je ne crois que le règne d'un autre monarque, avec son équipe de bras cassés des écoutes téléphoniques et donc un peu parano M.Mitterrand, est été une époque mémoorable sur les réussites économiques de l'Etat pourriez-vous nous remettre en mémoire le défict sous M.Charasse
Il faut cesser de trouver à tout nos politiciens des qualités qu'ils n'ont pas. Ne pas confondre grande g..... et compétence et encore mins au service du pays.
Il paraît mais à vérifier qu'il ne respecte pas la loi sur les fumeurs si cela s'avère exact comment un homme peut-il être nommé à ce poste, il faudra l'expliquer
L'article est bon. Très bon même. M. CHARASSE a été exlcu du PS pour avoir soutenu l'actuel président du conseil général du Puy-de-Dôme alors que le PS voulait soutenir Michèle André, Sénateur. Une histoire de clocher me direz-vous à part que M. GOUTTEBEL a été élu ! Alors les exclusions en masse du PS, le peuple s'en moque. Le cas va se reproduire, contre toute attente, en languedoc-Roussillon...
Cependant,il y a deux ans, une page entière était consacrée sur la "Montagne" à ces exclus, si M. CHARASSE le prenait avec sa "philosophie" d'homme ayant côtoyé les hautes sphères du pouvoir, certains élus étaient choqués, très choqués, et j'ai même vu aux actualités de France 3 une élue au bord des larmes. Elle s'était souvent battue dans les élections pour le PS et le PS venait de l'exclure. Cela peut faire très mal la politique.
Alors on dira que M. CHARASSE a vendu son "âme", peut-être.... mais il choisit de sièger au conseil constitutionnel. Même si le personnage est contestable, même si il ne fait pas l'unanimité, on ne peut pas douter de ses compétences juridiques.