Économie

Trump est bien parti pour être réélu, s'il ne fait pas dérailler l'économie avant

Temps de lecture : 7 min

L'Amérique aime son président. Mais la prospérité dont jouit le pays tiendra-t-elle jusqu'en novembre 2020?

Des supporteurs du président américain le long de la route principale qui mène à l'Amway Center d'Orlando (Floride) le 17 juin 2019 avant l'arrivée de Trump pour le lancement de la campagne en vue de sa réélection en 2020. | Gregg Newton / AFP
Des supporteurs du président américain le long de la route principale qui mène à l'Amway Center d'Orlando (Floride) le 17 juin 2019 avant l'arrivée de Trump pour le lancement de la campagne en vue de sa réélection en 2020. | Gregg Newton / AFP

C'est parti! Donald Trump a lancé en Floride sa campagne pour l'élection présidentielle de 2020 et il a des chances sérieuses de l'emporter pour un deuxième mandat.

Vu de l'extérieur, cela peut paraître incroyable: compte tenu de sa personnalité, de son comportement, de sa médiocrité intellectuelle, de l'incohérence de sa politique, de ses tweets ravageurs qui viennent souvent contredire les tweets précédents, on peut être tenté de penser qu'il n'aurait même pas dû terminer son premier mandat.

Les parlementaires démocrates semblent pourtant avoir renoncé à engager une procédure de destitution contre lui. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants –«Nancy la folle», comme la désigne très élégamment Donald Trump–, préférerait qu'il soit battu aux prochaines élections et aille ensuite en prison. Mais sa défaite en 2020, est loin d'être acquise.

Des chiffres au beau fixe

Si l'on en croit les sondages réalisés par l'institut Gallup, le président américain a vu sa cote de popularité baisser un peu au cours des dernières semaines, mais 40% des personnes interrogées lui seraient encore favorables et 50% approuvent sa politique économique. Si on compare ces chiffres à ceux qui ont été enregistrés par ses prédécesseurs, on constate qu'ils sont incontestablement les plus médiocres mais qu'ils ne s'effondrent pas, alors que George W. Bush, par exemple, après avoir été beaucoup plus populaire, a chuté ensuite nettement plus bas. Autrement dit, Donald Trump n'a jamais fait l'unanimité autour de lui, il a toujours provoqué une forte hostilité dans une large partie de l'opinion américaine, mais ses nombreux partisans lui restent fidèles. Il ne les déçoit pas.

Pourquoi cet électorat serait-il déçu? L'économie va bien: au premier trimestre, la croissance du PIB s'est élevée à 3,1% en rythme annuel, soit le rythme le plus rapide enregistré dans un grand pays industrialisé. Seuls des pays émergents comme la Chine, l'Inde ou l'Indonésie ont fait mieux. En mai, le taux de chômage est resté inchangé à 3,6%; il faut remonter à l'année 1969 pour trouver un taux aussi faible. Sur ce marché du travail très tendu, les entreprises sont bien obligées de lâcher un peu de lest: en douze mois, le salaire horaire moyen a augmenté de 3,1%, alors que la hausse des prix ne s'est établie qu'à 1,8%. Si l'on s'en tient aux résultats économiques actuellement enregistrés, on voit mal pourquoi les personnes qui ont porté Donald Trump à la présidence en 2016 refuseraient de lui renouveler leur confiance l'an prochain.

Le salaire horaire moyen a augmenté de 3,1%, alors que la hausse des prix ne s'est établie qu'à 1,8%

Cependant, la partie n'est pas jouée. D'ici au mois de novembre 2020, la situation peut se dégrader, pour des raisons qui tiennent à Donald Trump lui-même et à sa politique, mais aussi pour d'autres qui ne dépendent pas de lui. Il faut avoir bien conscience du fait que les États-Unis sont en croissance continue depuis dix ans. Si l'on en croit le National Bureau of Economic Research (NBER), qui tient une comptabilité très précise des cycles de croissance et de récession de l'économie américaine, un point bas avait été atteint en juin 2009, après la crise financière de 2007-2008; au mois de juin de cette année, on arrive donc à la fin de la dixième année de croissance. Or, si l'on regarde les statistiques du NBER, on constate que le cycle de croissance le plus long jamais enregistré jusqu'à présent est précisément de dix ans, entre mars 1991 et mars 2001.

En clair, un nouveau record a de fortes chances d'être établi, mais cela veut dire aussi qu'on entre dans une zone dangereuse car malgré les progrès accomplis par la science économique, on ne peut prétendre avoir réussi à trouver le moyen d'effacer complètement le caractère cyclique de l'activité. Plus on avance dans le temps, plus la probabilité d'une récession grandit.

Dominer le monde

La fin de l'année 2018 a été très agitée sur les marchés boursiers, parce que les investisseurs ont pensé que le retournement de la conjoncture était imminent. Donald Trump avait sa part de responsabilité. En baissant les impôts et en augmentant certaines dépenses, dans le domaine militaire notamment, il a creusé le déficit budgétaire. De 4,3% du PIB, le déficit des administrations publiques est monté à 6,6% en 2018 et devrait rester à ce niveau pour l'année fiscale 2019 qui se termine fin septembre. L'activité s'établissant déjà un niveau élevé avant ce coup de pouce budgétaire, la Réserve fédérale a jugé utile de continuer à remonter ses taux directeurs afin d'éviter une surchauffe. Le président le lui a reproché vivement à maintes reprises dans ses tweets et continue à le faire.

Comme par ailleurs il se lançait dans une bataille commerciale contre la Chine, le monde des affaires a commencé à s'inquiéter sérieusement.

En décembre, les responsables politiques chinois et américains ont manifesté leur volonté de calmer le jeu et de négocier. En janvier, la Réserve fédérale a clairement laissé entendre qu'elle allait se montrer «patiente», autrement dit qu'elle allait arrêter de remonter ses taux. La Bourse est repartie de l'avant et l'activité a repris de façon marquée au premier trimestre, mais les inquiétudes sont très vite réapparues. Non seulement il est difficile d'oublier que les États-Unis arrivent à la fin d'un cycle de croissance, mais la politique menée par Donald Trump complique sérieusement ce passage délicat. Les négociations avec la Chine piétinent, la hausse des droits de douane américains provoque des mesures de rétorsion, un nouveau front a été ouvert avec le Mexique puis vite refermé sans que l'on sache si l'accalmie sera durable, la situation reste tendue avec l'Europe. Bref , le climat ne prête pas à l'euphorie.

Donald Trump a effectivement le pouvoir de déstabiliser l'économie mondiale.

Ces différends commerciaux ainsi que l'utilisation des armes économiques à l'encontre d'autres pays (Iran, Venezuela) illustrent un phénomène que l'on avait tendance à oublier ou à minimiser: la domination exercée par les États-Unis sur le reste du monde. Certes, selon les calculs du FMI qui concernent la parité de pouvoir d'achat, leur PIB ne représente plus que 15,2% du PIB mondial contre 18,7% pour la Chine (chiffres 2018), mais il faut tenir compte aussi du rôle de leur monnaie, le dollar, dans les transactions financières et commerciales, de l'utilisation de leurs réseaux de communications et de leurs technologies par l'ensemble des acteurs économiques. Donald Trump a effectivement le pouvoir de déstabiliser l'économie mondiale.

Perspectives pour 2020

C'est ce que soulignent les experts de toutes les institutions internationales. Ainsi dans les Perspectives de l'économie mondiale publiées par le FMI en avril, on peu lire: «Si les perspectives globales restent favorables, de nombreux risques existent. La trêve sur le plan du commerce est fragile: les tensions pourraient reprendre et se propager dans d’autres domaines (tels que l’industrie automobile), avec de fortes perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.»

L'OCDE tire égalemment la sonnette d'alarme dans ses Perspectives économiques publiées en mai: «Il y a un an, l’OCDE avait alerté sur le fait que les incertitudes entourant les échanges mondiaux et l’action publique pouvaient être très préjudiciables à l’économie mondiale et contribuer à creuser un peu plus encore la fracture entre les citoyens. Un an plus tard, la dynamique économique mondiale s’est considérablement essoufflée et la croissance devrait rester en berne, sur fond de persistance des tensions commerciales.»

Si les États-Unis dépendent moins de leur commerce extérieur que d'autres pays grâce à la taille de leur marché intérieur, ils ne peuvent pertuber l'économie mondiale sans en subir eux-mêmes quelques conséquences. La hausse des droits de douane sur les produits importés de Chine en est une bonne illustration: leur premier effet risque en effet de conduire à un renchérissement du coût de la vie pour la population américaine qui consomme ces produits.

Selon la Réserve fédérale de New York, le risque de récession est actuellement le plus élevé qui ait été enregistré depuis dix ans.

Des économistes de la Réserve fédérale de New York ont cherché à chiffrer ce renchérissement. Ils arrivent à un total de 831 dollars par an et par ménage. Rien étonnant puisque la Chine est devenue le premier fournisseur des États-Unis et aussi, et de loin, le pays avec lequel ses échanges de biens et services sont le plus déficitaires: plus de 100 milliards de dollars en 2002, plus de 200 milliards en 2005, plus de 300 milliards en 2014 et enfin 380 milliards en 2018. Il est certain que cela ne pouvait pas continuer, mais il n'est pas sûr que la méthode employée pour résoudre le problème soit la meilleure.

En tout cas, des signes de ralentissement de l'économie américaine commencent à apparaître et le monde de l'entreprise se montre inquiet. Les prévisions sont encore relativement optimistes: selon le FMI, la croissance passerait de 2,9% en 2018 à 2,3% cette année et 1,9% l'an prochain, pour l'OCDE, le ralentissement serait encore plus marqué, à 2,8% cette année et 2,3% l'an prochain. Mais d'autres économistes commencent à parler d'un risque de récession. Pour cela, ils s'apppuient sur des éléments purement techniques, comme l'analyse des taux d'intérêt: selon les courbes publiées par la Réserve fédérale de New York, le risque de récession est actuellement le plus élevé qui ait été enregistré depuis dix ans. Selon les cinquante-trois prévisionnistes qui participent aux travaux de la National Association for Business Economics (Nabe), le risque de récession serait de 15% en 2019 mais monterait à 60% à la fin de 2020.

Gérard Horny Journaliste

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