Société

Discuter avec des inconnus dans la rue fait le plus grand bien

Temps de lecture : 2 min

Votre maman avait tort quand elle vous disait de ne pas parler aux gens que vous ne connaissiez pas.

Un matin de semaine dans toutes les villes du monde. | Eddi Aguirre via Unsplash
Un matin de semaine dans toutes les villes du monde. | Eddi Aguirre via Unsplash

L'être humain moderne est un être humain seul. À Paris, une personne sur quatre vit seule. En janvier 2018, le Royaume-Uni a nommé une ministre de la solitude. Les villes-gratte-ciels s'étendent et se dressent dans un anonymat total. Dans cette vie citadine, les bruyantes solidarités de village disparaissent au profit d'individus silencieux.

On se côtoie sans jamais se parler, à l'image du tableau bien connu d'Edward Hopper, Nighthawks. Pourtant, nous croisons chaque jour des milliers de visages. Dans le métro, dans la rue, nous les heurtons, nous leur tenons la porte, nous nous asseyons à côté d'eux. Et si pour une fois, nous allions leur parler?

Edward Hopper, Nighthawks (1942). | Art Institute of Chicago via Wikimedia Commons

Pourquoi voudrait-on me parler?

Une étude réalisée par des psychologues américain·es en 2014 pose une question fondamentale: si on ne va pas vers les autres dans le métro ou dans la rue, est-ce parce qu'on est vraiment mieux seul·e ou parce qu'on sous-estime les bénéfices des interactions sociales?

Questionner les actifs de Chicago qui prennent chaque jour les transports leur a permis d'ébaucher une réponse. Toutes les personnes interrogées pensent qu'une conversation avec un·e inconnu·e les dérangerait plus que de rester seules et que l'individu d'à côté n'aurait pas envie de parler non plus, mais toutes ou presque ont aimé leur discussion a posteriori.

Ces psychologues font l'hypothèse que ce sont plutôt nos préjugés sur notre propre ressenti (vais-je aimer converser avec cet inconnu qui se tient à quelques centimètres de moi?) et la projection que nous en faisons sur les autres (vais-je le déranger si je lui parle?) qui nous tiennent à l'écart des autres dans la rue. Nos préjugés l'emportent sur les expériences que nous faisons de nos interactions.

Se sentir exister

Parler à quelqu'un qu'on ne connaît pas, c'est mettre une voix, des intérêts, des opinions, des sentiments sur un visage anonyme. C'est situer la personne dans l'espace et le temps, lui donner corps dans notre univers et par là, reconnaître son existence. Symétriquement, nous nous sentons exister à travers elle. Parler de la météo est poétique, puisque c'est sentir que nous vivons ensemble, sous le même ciel.

Dans son TED Talk «Pourquoi vous devriez parler aux inconnus», Kio Stark explique que des petits échanges comme «ça va?» ou «il fait beau» veulent en fait dire «je vous vois». Ces «intimités passagères» sont si belles qu'elles méritent qu'on les laisse arriver. Mais trop souvent, nous voyons les interactions dans la rue comme des marques d'incivilités. L'espace public est rempli de ces règles implicites. C'est ce que le sociologue Erving Goffman appelle «l'inattention civile». Par exemple, ne jamais croiser le regard des passants dans la rue au-delà d'une distance de 2,50 mètres. Pire, nous sommes biberonnés à l'idée que l'inconnu est dangereux et que surtout «il ne faut pas parler pas aux gens que tu ne connais pas». S'il est vrai que nos peurs nous aident à catégoriser, presque comme un instinct de survie, faire parfois confiance permet à «l'horizon prévisible de notre quotidien» de s'ouvrir un peu plus. Et ça fait du bien.

Pour Peter Mangan, le fondateur du Freebird Club (un service qui ressemble à Airbnb pour les seniors), les espaces urbains sont encouragés à fonctionner comme des bulles, des bulles de réseaux, ou des bulles de solitude. Le véritable défi consiste à décloisonner ces espaces. «Il faut implémenter de la joie dans l'espace public et penser des espaces de rencontre favorables.» À commencer par notre propre initiative. À présent, posez ce smartphone et discutez avec votre voisin·e.

Slate.fr

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