Société / Économie

Votre portefeuille peut continuer à préférer le train

Temps de lecture : 5 min

Nous avons comparé: pour une même période, l'avion reste plus onéreux que le train. Il pollue surtout cinquante fois plus.

Selon nos comparaisons, sur quarante-deux trajets, trente-neuf sont plus abordables par le train du 5 au 12 août. | skeeze et hpgruesen / Pixabay
Selon nos comparaisons, sur quarante-deux trajets, trente-neuf sont plus abordables par le train du 5 au 12 août. | skeeze et hpgruesen / Pixabay

Depuis que François Ruffin porte une proposition de loi visant à interdire les vols intérieurs «substituables par un trajet en train, sans correspondance, lorsque l’avion ne fait pas gagner beaucoup de temps, ce que nous quantifions à la durée du vol plus de deux heures trente», un contre-argument revient souvent sur la table: celui du prix.

Il serait moins cher, pour certain·es, de prendre l’avion que le train. Cécile Duflot en a fait un thread sur Twitter, où elle évoque le problème du prix. Pour elle, un Paris-Marseille en train, «c’est trois fois [le prix] de l’avion».

Comme chez l’ancienne secrétaire d’Europe Écologie-Les Verts, cet argument sort de la bouche de personnes pourtant favorables à la proposition de loi du député de la Somme. Dans un thread, qui a eu un certain succès, le premier contre-argument évoqué est également celui du prix, et l’auteur originel ne peut qu’admettre qu’il y a un problème de ce côté-là.

Troisième exemple parmi tant d’autres, la question du prix du billet de train est à nouveau avancé lors du JT national de France 3 du 2 juin dernier.

Seuls 173 vols concernés

Non, tous les vols intérieurs ne sont pas concernés. Un Paris-Toulouse, par exemple, serait maintenu, de même qu’un trajet de Nice vers la capitale. Plusieurs médias parlent de «72 vols concernés» (ici, ici, ou ). Difficile de connaître l’origine de ce chiffre. Les rares articles qui le sourcent évoquent le site de François Ruffin. En effet, le député a publié une liste de vols qui pourraient être interdits, ainsi que ceux qui pourraient être maintenus.

Pourtant, cette liste «non-exhaustive», que nous avons consultée, ne concerne pas soixante-douze vols. Selon cette liste –qui comporte par ailleurs des doublons que nous n’avons pas pris en compte–, 25 trajets et 173 vols seraient concernés par cette interdiction. Sachant que le député prend en compte les Paris-Marseille, mais pas les Marseille-Paris, il faudrait donc doubler ces chiffres: ce sont ainsi 50 trajets et plus de 300 vols par jour qui seraient supprimés.

Quelques incongruités à souligner tout de même: Nice-Monte-Carlo, un trajet en hélicoptère présent dans la liste, Brest-Rennes, un trajet aérien qui n’existe pas sans correspondance et enfin le trajet Paris-Bruxelles dont la suppression est listée alors que ce n'est pas un vol intérieur.

Le train plus abordable

Pour savoir si les prix du billet d’avion sont plus abordables que ceux du billet du train, reste à comparer ces trajets. Il suffit d'une simulation d'un achat aller-retour à deux mois du départ, à une période où l’offre et la demande se rencontrent: les billets de train sont disponibles quatre-vingt-dix jours à l’avance et les billets d’avion parfois bien plus longtemps en amont, sauf dans certains vols intérieurs gérés uniquement par des sociétés spécialisées dans ces trajets courts, qui n’affichent ces tarifs que le mois précédant le décollage.

Revenons à Cécile Duflot quand elle évoque un Paris-Marseille trois fois plus cher en train qu’en avion: pour partir du 5 au 12 août dans le sud de la France, le TGV vous en coûtera 98 euros aller-retour, quand le vol est à 126 euros aller-retour (les Ouigo, offre low cost, ont été exclus de la recherche pour comparer deux situations de conforts – bagages, temps d’attente, gares disponibles– similaires).

Seuls Paris-Béziers (137 euros par les rails, 88 par les airs) et Paris-Montpellier (90 contre 68) sont plus chers en train qu’en avion

Pour un voyage préparé à l’avance –avec une certaine flexibilité sur l’horaire de départ et d’arrivée– le train est plus abordable sur trente-neuf des quarante-deux trajets testés. Seuls Paris-Béziers (137 euros par les rails, 88 par les airs), Béziers-Paris (110 euros contre 63) et Paris-Montpellier (90 contre 68) sont plus chers en train qu’en avion. Cependant, ces trois destinations sont assurées par des compagnies low cost.

Depuis Paris, quinze destinations sont concernées et listées par la proposition de loi: Marseille, Brest, Montpellier, Mulhouse, Béziers, Agen, Clermont, Lorient, Limoges, Quimper, La Rochelle, Lyon, Nantes, Bordeaux, et Rennes. Le prix moyen du billet de train aller-retour est de 80 euros, alors que celui de l’avion est de 125 euros. Même chose pour des allers-retours en sens inverse, à destination de la capitale: par les rails, cela coûte 81 euros, contre 129 euros par les airs.

Les vols entre grandes villes –sans passer par Paris– qui rentrent dans les critères exposés par François Ruffin sont logés à la même enseigne: pas une seule fois où, dans nos simulations, le train se révèle plus cher.

Partir à la dernière minute

Imaginons que vous soyez pris par une urgence professionnelle ou personnelle. Vous devez partir le mardi 11 juin, tôt, et rentrer le vendredi 14 en fin de journée [ces simulations ont été effectuées le jeudi 6 juin, nda]. Là, oui, le train peut souffrir de la comparaison avec son concurrent ailé. Pour le comprendre, nous avons comparé des axes qui nous semblent significatifs, entre de grandes villes économiques (Paris-Marseille, Paris-Lyon, Paris-Bordeaux), d’une ville de province vers Paris (Nantes-Paris), et entre grandes villes hors de la capitale (Lyon-Lille). À noter que plusieurs trajets, tels que Paris-Strasbourg, Lille-Paris, Paris-Rennes, Lyon-Strasbourg ou encore Marseille-Strasbourg ne peuvent se faire en avion –sans escale– sur ces créneaux horaires.

Même à la dernière minute, seuls Paris-Marseille aller-retour est plus économique par les airs (142 euros, contre 199 euros avec la SNCF), et, à 4 euros près, Paris-Bordeaux (145 contre 149 euros). Le prix est ensuite soit équivalent (140 euros le Paris-Lyon, quel que soit le moyen de transport), soit à l’avantage du train (140 euros le Paris-Nantes assuré par la SNCF contre 185 pour Air France, 232 le Lille-Lyon par voie ferrée contre 379 par voie aérienne).

Difficile de mesurer quel impact aurait la disparition d’un concurrent sur le prix des billets de train

Ce constat factuel n’empêche pas que des politiques d’accessibilité doivent être mises en place, alors que le nombre de trains baisse en même temps que les prix enflent. Difficile également de mesurer quel impact aurait la disparition d’un concurrent sur le prix des billets de train. Mais face à l’argument écologique (alors que la baisse d’émission de CO2 est un objectif majeur, les voyages en avion polluent cinquante fois plus –par passager–qu’un voyage en train), celui de l’argent ne devrait plus être posé.

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