Santé / Société

Les «bains de forêts» aident-ils vraiment à se sentir mieux?

Temps de lecture : 2 min

On peut désormais faire des câlins aux arbres avec un guide spirituel. L'industrie du bien-être a-t-elle une limite?

«Vous allez marcher lentement sans aucun but pendant deux heures. Laissez-vous guider par votre corps. Écoutez où il souhaite vous emmener.» | Trent Haaland via Unsplash
«Vous allez marcher lentement sans aucun but pendant deux heures. Laissez-vous guider par votre corps. Écoutez où il souhaite vous emmener.» | Trent Haaland via Unsplash

Après votre bonne nuit de huit heures, votre marche bucolique du samedi après-midi devient elle aussi un business. Le «bain de forêt» ou sylvothérapie (ou plus simplement, déambuler dans les bois en enlaçant quelques arbres au passage) gagne en popularité. S'il est indéniable que cette tradition japonaise –shinrin yoku pour les initié·es– a des bienfaits pour la santé, au point qu'elle est officiellement reconnue par le système de santé du Japon, sa marchandisation par les gourous du bien-être pose un vrai problème social.

Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n'y est pas

À l'origine du bain de forêt, il y a de vrais fondements scientifiques. D'abord, les arbres rejettent des phytoncides, des molécules qui apaisent notre rythme cardiaque. Nous respirons plus lentement, et par là diminuons notre pression artérielle et notre stress. Sébastien Bohler, journaliste scientifique pour le magazine Cerveau & Psycho, ajoute qu'il y a aussi des effets bénéfiques pour notre cerveau. Lorsque nous marchons en forêt, il a tendance à baisser l'activité «des structures cérébrales qui sont souvent hyperactives quand on est dépressif, qui font qu'on n'arrête pas de ressasser des problèmes, qu'on n'arrive pas à atteindre un état de relâchement». Des résultats tangibles, qui ne sont peut-être pas sans lien avec la somme dépensée par les autorités japonaises pour la recherche dédiée à la sylvothérapie: 4 millions de dollars.

Pratiquer le bain de forêt, ce n'est pas nager dans un océan de feuilles séchées. «Nous nous déplaçons tout doucement, nous touchons les arbres, observons les motifs et les couleurs de la forêt, respirons profondément», explique Gary Evans, fondateur de l'Institut des bains en forêt au Royaume-Uni. Plus qu'une simple balade: il faut mettre une intention derrière notre marche, avoir envie de se sentir mieux par ce que nous donne la forêt. «Vous allez marcher lentement sans aucun but pendant deux heures. Laissez-vous guider par votre corps. Écoutez où il souhaite vous emmener», écrit le médecin immunologiste Qing Li, auteur de L'art et la science du bain de forêt. «Peu importe si vous n'arrivez nulle part. Vous n'allez nulle part.» Un problème si des centaines de citadin·es en mal de verdure se mettent à aller nulle part au même endroit, en même temps, comme ça a été le cas à la source de l'Huveaune, près de Marseille.

Un business florissant

Déjà en vigueur depuis 1982 au Japon, le bain de forêt commence à être prescrit par les médecins du Royaume-Uni, dans la veine des «ordonnances sociales», ces ordonnances qui vous envoient faire un jogging ou planter des carottes dans un potager une fois par semaine.

La médecine s'ouvre à d'autres horizons depuis qu'on reconnaît que la surchage de travail et l'isolement propres à la vie moderne et urbaine ont un impact sur la santé. En France, on prescrit déjà le sport sur ordonnance depuis 2017. Aux États-Unis, la start-up Casper verse des primes quand ses employé·es ont passé une bonne nuit de sommeil pour être d'attaque à travailler, ou quand ils font de l'exercice. D'autres entreprises payent quant à elles des stages de bien-être ou des chief happiness officers.

Derrière les bonnes intentions affichées, l'injonction au bien-être peut devenir un impératif moral établi par les entreprises: c'est ce qu'explique Carl Cederström dans Le Syndrome du bien-être. «Loin de constituer un obstacle pour s'occuper de sa santé, le travail devient un espace où il est aussi possible de prendre soin de soi. En parallèle, faire de l'exercice tend à prendre la forme d'un travail nécessaire pour répondre aux normes édictées par l'entreprise.» Mais, rappelle Cederström, «si nous éprouvons du stress parce que nous croulons sous le travail, ou si nous ne sommes pas rassurés quant à l'issue du prochain plan de restructuration de notre entreprise, nous n'avons qu'à chasser toutes nos pensées négatives, respirer profondément, et nous concentrer sur nous-mêmes». Ou bien prendre un bain de forêt.

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