Boire & manger / Monde

Bientôt du lait de chamelle dans vos céréales au miel

Temps de lecture : 2 min

Que choisir entre le lait d'amande, de soja ou d'avoine? Oubliez-les tous, le nouveau hit-milk arrive tout droit d'Afrique de l'Est, pour le plus grand plaisir des adeptes des graines de chia.

Le lait de chamelle, énième attrape-hipster? | Omar Elsharawy / Unsplash
Le lait de chamelle, énième attrape-hipster? | Omar Elsharawy / Unsplash

Il existe un dilemme dont on parle peu: celui du lait dont on arrose nos céréales, qui devient pourtant chaque jour un peu plus complexe. Lait de vache? Trop d'impact carbone pour être durable. Lait de soja? Pas durable non plus, ça appauvrit les sols. Pareil pour le lait d'amande qui explose les compteurs en consommation d'eau sans parler du débat relatif à sa teneur en nutriments, calcium, vitamines, protéines... Bref, on s'y perd et on finit par se rabattre sur un paquet de gâteau du distributeur. Heureusement le lait de chamelle, nouvelle alternative venue d'Afrique de l'Est, pourrait mettre fin à la controverse.

Le lait du futur?

Sur le site du producteur de lait de chamelle Kenyan Nuug, on peut lire le percutant slogan (un peu effrayant si l'on considère que la savane est l'ultime refuge de la vie sauvage): «De la savane à vos frigos!». S'ensuit une liste des mérites du lait de chamelle: riche en nutriments, éco-responsable, bio, équitable... On se croirait dans une pub pour le café Malongo flanquée de la paysannerie colombienne pour illustrer ses petits paquets verts. Cette nouvelle boisson est même qualifiée de «superaliment», à l'image de ces baies, graines et autres algues dont la valeur nutritionnelle serait aussi exceptionnelle que la promotion marketing qui les accompagne. Alors, le lait de chamelle: nouveau paradigme du greenwashing ou vraie révolution pour la consommation?

Ses promoteurs en tous cas, ne tarissent pas d'éloge sur ses bienfaits: il serait riche en fer, en vitamine B et C, pauvre en gras. On l'utilise déjà en médecine pour traiter le diabète, certaines allergies et même comme aphrodisiaque. D'ailleurs, la légende ne raconte-t-elle pas que Cléôpatre elle-même se plongeait quotidiennement dans un bain de lait de chamelle? Remplir notre bol du matin d'un lait venu de la nuit des temps, c'est quelque chose. D'autant que les retombées économiques pour une région pauvre comme l'Afrique de l'Est seraient suffisamment importantes pour l'envisager comme un nouvel «or blanc».

C'est surtout dans un contexte de changement climatique que le lait de chamelle pourrait représenter une denrée précieuse. À l'échelle régionale, ses nutriments pourraient pallier l'impact des récentes sécheresses sur les récoltes et, plus globalement, le problème de la rareté de l'eau. Au vu des sombres pespectives d'un rapport de 2012 du CAS –un réchauffement de 1,5 degrés à l’horizon 2030 conduirait à une réduction de 40% des surfaces cultivées en maïs– le lait de chamelle n'apparaît pas seulement comme une alternative trendy pour nos frappuccinos.

Un développement encore hésitant

Au niveau local, le lait de chamelle commence à faire ses preuves. En Égypte, des kefirs, yaourts et fromages sont déjà distribués par Tayyiba Farms, une marque régionale qui se revendique bio et équitable. Au Tchad, des «milk bars» promeuvent sur leurs cartes des laits de brousse, dont celui de chamelle. À une encore plus petite échelle, il se vend sur tous les marchés.

Mais à l'international, il y a du chemin à parcourir. Si quelques coups de com' nous sont parvenus, tels que la campagne pour le chocolat au lait de chamelle ou, plus récemment, un café de Glasgow qui a lancé ses «camelccinos», le produit reste largement méconnu. Notre alimentation (surtout celle du bobo-bio) a pourtant déjà intégré des aliments du même genre: millet, farine de teff ou fonio sont ainsi passés de la corbeille en wax au panier Naturalia en quelques années. Il n'est pas exclu que le même sort soit réservé au lait de chamelle.

On n'est cependant pas prêt de voir débarquer les Chocopops au lait de chamelle. D'ici là, il faudra se résigner à débattre encore sur les intérêts respectifs des laits végétaux ou animaux. Ou passer aux tartines beurrées.

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