Santé / Sciences

On connaît désormais les limites ultimes de l'endurance humaine

Temps de lecture : 3 min

Elles ne sont pas que dans la tête.

Quel est le point commun entre une femme enceinte et Killian Jornet? | Braden Collum via Unsplash
Quel est le point commun entre une femme enceinte et Killian Jornet? | Braden Collum via Unsplash

L'endurance, c'est dans la tête. Vous vous le répétez quand vous suez pendant votre jogging du dimanche. Eh bien sachez que vous avez tort: on vient de découvrir que les êtres humains ne peuvent pas se pousser physiquement au-delà d'un certain seuil. C'est vrai y compris pour les plus entraîné·es, n'en déplaise à Kilian Jornet et ses deux ascensions de l'Everest en une semaine.

4.000 calories, pas une de plus

Jusque-là, on pensait que les limites de notre endurance pouvaient être repoussées par l'entraînement et le mental: un ultra-marathonien qui court 5.000 kilomètres sur plusieurs mois pourrait, en théorie, utiliser chaque jour autant d'énergie qu'il en brûle le premier, tant qu'il mange suffisamment et régule sa température.

Une étude de la Duke University sortie ce jeudi dément cette hypothèse. Sur un effort de longue durée (supérieur à une semaine, comme un trek, le Tour de France ou un ultra-marathon), il est impossible de soutenir un niveau de dépense en énergie aussi élevé, même en mangeant quotidiennement deux biftecks et trois paquets de fruits secs. Arrive un moment où notre dépense énergétique trouve un point d'équilibre entre ce que le corps absorbe et ce qu'il consomme. Cet équilibre, c'est 2,5 fois le métabolisme de base par jour (MB), c'est-à-dire 2,5 fois la dépense d'énergie minimum qu'il nous faut pour survivre (faire battre notre cœur, faire fonctionner notre cerveau) tout en maintenant, en plus, un niveau d'effort élevé. Pour un individu moyen, cette dépense en énergie est compensée par la consommation de 4.000 calories journalières. Ces deux nombres, 2,5 MB et 4.000 calories représentent donc les limites ultimes de l'endurance humaine. Au-delà, l'effort est insoutenable sur une longue durée.

Pour établir un véritable plafond à l'endurance, il faudrait considérer un individu qui fait un effort constant, une sorte de Forrest Gump qui parcourrait le monde sans s'arrêter. L'équipe de recherche de la Duke University a donc étudié ce qui lui paraissait le plus proche de ce personnage de fiction: les participants de la Race Accross the USA, une course s'étalant sur presque six mois qui consiste grosso modo à parcourir un marathon par jour. Constat: les sportifs accusaient de hautes dépenses énergétiques au début (5 ou 6 MB) qui ont baissé progressivement pour se stabiliser à 2,5 MB, jusqu'à la fin de la course. Existerait-il un mécanisme qui empêche notre corps d'aller au-delà de ce niveau d'effort?

Un bon estomac vaut mieux que des muscles

Tel un cordon de sécurité, notre corps nous empêche de fournir des efforts trop importants sur une trop longue durée, qu'importe la taille de nos muscles ou le nombre de calories que nous avalons. Ce n'est pas en ingurgitant 8.000 calories quotidiennement que l'on pourra augmenter ce plafond –notre système digestif n'étant pas en mesure d'assimiler une quantité aussi importante et de la transformer en énergie. La limite de l'endurance n'est finalement pas dans la tête, mais dans le ventre.

Si pour des efforts courts (un marathon de 42 kilomètres étant considéré comme un effort court, no comment) on peut tenir en brûlant nos propres réserves –de la graisse et/ou de la masse musculaire–, un effort de très longue durée nécessite de faire le plein: «Si on brûle plus de calories qu'on en ingère chaque jour, il est évident que ce n'est pas viable», explique Herman Pontzer, à la tête de la recherche menée à la Duke University.

Tenir le coup sur la durée est donc plus une affaire de limite de l'appareil digestif que de performance physique. C'est pourquoi, quelles que soient les activités (marche, course, vélo) et les muscles sollicités, elles atteignent toutes le même plafond de 2,5 MB par jour sur la longue durée: «La limite, c'est l'apport énergétique», pas les muscles. L'hypothèse de plafond métabolique posée par l'équipe de recherche semble confirmée: les résultats sont similaires qu'il s'agisse des ultra-marathonien·nes ou des femmes enceintes. On se trouve donc vraisemblablement bien en présence d’un plafond général de dépense énergétique quotidienne soutenable à long terme, pas seulement d’un effort musculaire maximal.

Enfin, ça prouve aussi (et surtout) «combien une grossesse est un évènement extrême pour le corps humain», conclut Pontzer. Depuis le temps qu'on le dit.

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