Santé / Économie

Faut-il laisser les pilotes d'avion faire une sieste en plein vol?

Temps de lecture : 2 min

Quand on voit que le personnel navigant a plus de valises sous les yeux qu'à la main, la question peut se poser.

«On dort dans le cockpit durant le vol, même si nous n'avons pas le droit de le faire», a confié un pilote de Ryanair à Libération. | Blake Guidry / Unsplash
«On dort dans le cockpit durant le vol, même si nous n'avons pas le droit de le faire», a confié un pilote de Ryanair à Libération. | Blake Guidry / Unsplash

«Mesdames et messieurs, ici votre commandant de bord, je vous souhaite la bienvenue.» Ce message, vous ne l'entendez qu'une fois, mais les pilotes peuvent le répéter quatre ou cinq fois par jour. Depuis l'expansion des vols low cost, la course à la compétivité des prix règne et les compagnies aériennes cherchent à optimiser leurs coûts, notamment en augmentant les heures de vol des pilotes. Quand on sait que la sécurité de 200 à 500 passagè·res dépend du personnel navigant, le tabou de la sieste en cours de trajet mérite d'être levé.

La fatigue chronique, plus redoutable qu'un cumulonimbus

Peu d'incidents ont été directement imputés à l'endormissement des pilotes (si ce n'est la cocasse histoire de ceux qui ont manqué l'arrêt à Hawaï parce qu'ils étaient en train de pioncer au moment de l'atterrissage), mais nous n'avons en réalité aucun moyen de savoir quel rôle joue vraiment la fatigue dans les accidents d'avion. Pourtant, un sondage réalisé par la Balpa, l'association des pilotes britanniques, montre que près de la moitié des pilotes de ligne pensent que la fatigue est la principale menace pour la sécurité des passagè·res, trois fois plus que toute autre menace. En 2017, une expertise de HOP!, la filiale régionale d'Air France, assurait que 43% des pilotes de la compagnie s'étaient déjà sentis à bout de forces.

Pire, certaines compagnies payent désormais au temps de vol. Dans une interview accordée à Libération, une employée de Ryanair relate: «Une journée classique commence par un réveil à 4 heures. Je dois être à l’aéroport à 5h35 pour le briefing d’avant vol. Nous sommes opérationnels à 6 heures et nous avons alors vingt-cinq minutes pour embarquer 189 passagers. Les moteurs commencent à tourner à 6h30 et ce n’est qu'à partir de ce moment que nous commençons à être payés. Deux allers-retours dans la journée, cela représente quatre vols et douze heures de travail, pour lesquelles nous ne serons payés que huit heures et demi.»

Micro-sieste aux commandes

Conséquence de cette fatigue, les pilotes s'endormiraient de plus en plus en vol. «Dès le quatrième jour, on est fatigué. Résultat, on dort dans le cockpit durant le vol, même si nous n'avons pas le droit de le faire quand le temps de trajet est inférieur à deux heures et vingt-cinq minutes», racontent encore des pilotes de Ryanair à Libération.

Si les pilotes ont le droit et même l'obligation de dormir sur les vols de plus de huit heures, les siestes sur les courts et moyens courriers sont gérées à la discrétion de chaque compagnie. Aux États-Unis, elles sont interdites par la Federal Aviation Administration. En Europe, le sujet est plutôt tabou. Il n'y a qu'à voir le démenti de Ryanair dans un article de l'Express pour s'en convaincre: «Aucun pilote ne dort dans le cockpit, aucun pilote Ryanair n'ayant jamais eu besoin de dormir lorsqu'il ou elle vole seulement dix-huit par semaine avec quatre jours de repos tous les cinq jours de travail.» Toujours selon l'Express, il existerait des statistiques confidentielles sur les siestes de courte durée, mais aucune règle générale.

Standardiser des temps de repos même de courte durée pour l'ensemble des pilotes serait donc une première solution à apporter au problème. D'autant qu'il existe déjà le CRIP, pour controlled rest in position, une autre manière de dire sieste réglementée, en vertu duquel le ou la pilote peut dormir quarante minutes maximum, à condition de se réveiller une demi-heure avant le décollage ou l'atterrissage et qu'un·e seul·e des deux pilotes s'y adonne à la fois. D'après une étude menée par le journal international de l'aviation, 70% des pilotes jugent cette mesure bénéfique, d'autant que les moyens technologiques actuels rendent le pilotage automatique performant.

Attention cependant à l'effet pervers du CRIP, puisque des compagnies aériennes pourraient l'utiliser pour augmenter encore les horaires de leurs personnels.

Slate.fr

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