Société

Les Juifs sont des Noirs comme les autres, et vice versa

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Chère Christine Angot, il n'y a pas de hit-parade de la souffrance, juste des cris qui se perdent dans la nuit des siècles.

Christine Angot, Charles Consigny et Franz-Olivier Giesbert sur le plateau de l'émission «On est pas couché», samedi 2 juin 2019. | Capture d'écran via France Télévisions
Christine Angot, Charles Consigny et Franz-Olivier Giesbert sur le plateau de l'émission «On est pas couché», samedi 2 juin 2019. | Capture d'écran via France Télévisions

Ah qu'on eût préféré que Christine Angot se taise l'autre soir. Qu'elle ne vienne pas alimenter avec ses propos profondément ineptes cette antique et vaine concurrence des mémoires dont on se serait volontiers passé. Abjection des comparaisons, des douleurs, des ressentis dont personne n'a le droit de détenir l'exclusivité ou l'apanage.

Comment peut-on en arriver à débiter de telles sornettes, à se fourvoyer de la sorte dans une sorte de guerre mémorielle dont personne ne peut sortir vainqueur, si ce ne sont les auteurs des atrocités commises?

Il n'y a pas de hit-parade de la souffrance, juste des cris qui se perdent dans la nuit des siècles. Aux morts exterminés dans les chambres à gaz répondent les morts tombés au milieu des champs de coton, lors des transports d'esclaves, tués par leurs propriétaires. Tous scandent l'innommable opprobre dont ils ont été victimes.

Il est bien évident que la Shoah, par son caractère industriel, les méthodes employées, les buts fixés, représente dans son fonctionnement intime, dans ses visées génocidaires, une sorte d'apogée de la barbarie humaine portée à son incandescence la plus absolue. Mais une fois dit cela, dans le détachement glacial de l'observateur contempteur des misères humaines, c'est comme si on n'avait rien dit.

L'asservissement continu des populations noires, conçu à la fois comme un aboutissement philosophique et une nécessité économique, procède de la même logique: celle de nier le droit à un être humain de vivre sa vie sans être jugé autrement que sur la valeur de ses actes.

Il ne peut exister une souffrance supérieure à une autre, ou alors c'est à considérer les êtres humains dans une approche quantitative ou qualitative qui viendrait à nier à chacune des victimes et à leurs descendants leur singularité propre.

Il faut fuir ce débat avec toute la force dont on est capable. Ne pas rentrer dans cette logique mortifère où chacune des communautés porteraient le poids des souffrances endurées comme une sorte de talisman dont on viendrait à comparer les tailles pour prétendre à une exclusivité, à une supériorité qui ne peut, qui ne doit exister. Ni aujourd'hui, ni demain. Sans quoi, c'est tomber dans un piège mortel où naîtraient des rivalités, des jalousies, des rancœurs en tous points indignes au regard des morts passées, des souffrances endurées.

Ces souffrances, les humiliations, les massacres commis furent de nature et d'intensité différentes, mais toutes scandent leur poids d'injustice, de chagrin et d'ignominie où à chaque fois, c'est l'être humain dans son ensemble qui se trouvait dégradé, nié, réduit à servir de faire-valoir à des populations versées dans des pratiques barbares et iniques, toutes misérables, toutes honteuses, toutes marqués du sceau de l'infamie.

Trop de ressentis, de brûlures encore vives des douleurs subies, de traumatismes véhiculés interdisent de se lancer dans cette concurrence mémorielle dont on ne dira jamais assez le caractère foncièrement absurde, dangereusement pervers, intrinsèquement inepte.

Un mort est un mort, qu'il fût gazé ou fouetté jusqu'au sang. Et si les conditions de sa mise à mort sont différentes, pour ceux qui doivent vivre avec son souvenir, l'intensité de l'absence, le ressenti du manque, l'amertumé née de l'indifférence du monde face aux atrocités commises naguère demeurent rigoureusement les mêmes.

Ceux-là sont frères de malheur et sont destinés à le rester.

Envers et contre tout.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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