Politique

À Marseille, les écoles dans un piteux état

Temps de lecture : 6 min

[Épisode 1] Entre problèmes récurrents d'insalubrité et inégalités géographiques flagrantes, les établissements scolaires de la ville sont en piteux état. Bruno Gilles (LR) compte bien y remédier.

Scène de rentrée à l'école primaire Mazargues Beauchêne de Marseille, le 3 septembre 2018. | Christophe Simon / AFP
Scène de rentrée à l'école primaire Mazargues Beauchêne de Marseille, le 3 septembre 2018. | Christophe Simon / AFP

Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille depuis 1995, ne se présente pas pour un cinquième mandat, laissant le jeu électoral plus ouvert que jamais. Qui sera le prochain maire? Revue des candidatures et des problématiques qui rythmeront la campagne pour 2020 dans notre série, La Bataille du Vieux-Port.

Marseille, 8h30 du matin.

Il pleut. La ville est calme. Des enfants jouent et s'enfoncent en courant dans une école aux vitres opaques. On entend des cris, des chants de supporters, des références aux dessins animés. Rien en somme ne distingue cette scène d'une autre, similaire, se déroulant à Paris ou Toulouse. Et pourtant.

La belle allée de graviers conduisant à l'entrée de l'établissement est complètement détrempée. Les parents parlent, le visage inquiet, délivrant des conseils étonnants à leur progéniture: «Lave-toi bien les mains, sois sage avec le maître, ne t'approche pas des animaux, et surtout, ne touche jamais aucun rat.»

Les ratasses à l'assaut

La mémoire marseillaise paraît hantée par la présence de ces gros rongeurs. Depuis des siècles, la cité phocéenne vit avec les rats. Du poison sous forme de pilules parsème les recoins de certaines rues. Les bestioles sortent souvent des égouts, se chamaillent parfois et s'immiscent bruyamment sous les jantes des bagnoles.

Au grand dégoût de tout le monde, ce sont maintenant les écoles maternelles qui connaissent les déambulations de ce que les habitant·es nomment «les ratasses».

En 2016 déjà, l'opinion publique avait été émue par la découverte d'une troupe de rats s'ébrouant dans les classes de l'école Rose Val Plan. La maternelle située dans le XIIIe arrondissement, autrement dit à la limite des quartiers nord, avait été contrainte de fermer ses portes durant plusieurs jours: 146 enfants sur le carreaux, et un scandale sanitaire qui n'en finit pas de durer.

Mai 2018, nouvelle attaque. La cantine de l'école Canet Larousse, dans le XIVe arrondissement, devient la cible des rongeurs.Les déjections se mêlent à la vaisselle; on prévoit en catastrophe des pique-niques et des couverts plastifiés. Les responsabilités sont partagées. Faut-il pointer du doigt les poubelles traînant sur le trottoir, l'action de la Mairie, de la Métropole ou même de la Sodexo?

C'est que l'état de délabrement avancé de certains bâtiments scolaires suscite l'angoisse. Quelques semaines après le drame de la rue d'Aubagne –qui a vu, ne l'oublions pas, l'effondrement de deux immeubles et la mort de huit personnes–, plusieurs établissements, notamment cours Julien ou dans les quartiers nord, ont subi de très importants dégâts: faux plafonds écroulés, bibliothèques inondées, murs qui par pans entiers se gonflent et se déchirent.

Les déboires des écoles de la ville se muent alors en affaire politique, l'éducation républicaine s'invitant rageusement dans la campagne pour les municipales.

Une ville une et indivisible

Les yeux fixés sur la ligne d'horizon, Bruno Gilles, sénateur des Bouches-du-Rhône et premier édile honoraire du IIIe secteur (IVe et Ve arrondissement) réfléchit à voix haute.

Cet ancien visiteur médical, à présent candidat Les Républicains à la mairie de Marseille, semble parfaitement conscient des béances minant inlassablement le système d'éducation phocéen.

Voilà pourquoi Bruno Gilles souhaite, pour la jeunesse et les parents d'élèves, une ville «une et indivisible». Dans sa bouche, la célèbre formule républicaine résonne de façon très particulière. Bien plus qu'une ambition, l'indivisibilité de Marseille –son unicité et son métissage– constitue chez lui une véritable vision du monde.

Volontiers social, ce chiraquien canal historique garde toujours la foi. Son adhésion au RPR en 1979, alors qu'il n'est âgé que de 18 ans, se concrétise au moment précis où l'ensemble de la droite phocéenne tente une ultime restructuration.

Tour à tour délégué des Jeunes RPR du département, soutien à Jean-Claude Gaudin, Jacques Chirac et Renaud Muselier, il sera élu maire de secteur en 1995, député en 2002 et sénateur en 2008 –une carrière que Bruno Gilles doit à ses idéaux.

Réputé bosseur, le sénateur travaille intensément. Trop, peut-être: en 2017, le cœur lâche. L'homme politique doit courageusement affronter la maladie. Catholique convaincu, son espérance et sa tenacité paraissent exemplaires. Transplanté en décembre de la même année, il revient «en forme olympique». Son objectif demeure intact: gagner la Ville pour faire de la jeunesse une priorité.

«Il faut faire respecter plus scrupuleusement la réglementation sur les déchets alimentaires des lieux de restauration.»

Bruno Gilles

La volonté paraît louable, à condition de remettre en état les écoles de Marseille. Le chantier, immense, engage l'avenir de toute une génération. Bruno Gilles ne sourcille pas. La question de l'élimination des rats, celle bien plus dramatique de la vétusté des infrastructures scolaires font partie des points urgents de son programme.

«De manière très concrète et très simple, les rats viennent pour chercher de la nourriture, commence le sénateur. Une des mesures qui permettraient de réduire leur présence serait d'effectuer un ramassage des déchets alimentaires dans le cadre d'une tournée spéciale, très tôt dans l'après-midi, après le repas servi aux enfants. Il faudrait également intensifier la dératisation dans les zones de grands travaux urbains, qui font sortir les rats de leurs cachettes habituelles. De plus, d'une manière générale, il faut faire respecter plus scrupuleusement la réglementation sur les déchets alimentaires des lieux de restauration.»

L'appel de Bruno Gilles est clair. Le personnel municipal, les pouvoirs publics et la population devront lutter ensemble, à la fois contre l'incivilité et un certain laisser-aller typiquement local.

Mais gagner la guerre des rats nécessite d'autres mesures: «Je propose, par exemple, la mise en place de climatisations réversibles, diffusant une chaleur plus régulière et surtout sans présence de tuyaux au ras du sol, qui attirent les rats en produisant des conditions favorables à leur présence.» Ce mode de chauffage pourrait également participer à la disparition de l'humidité dans les locaux et ainsi réduire les nuisances sanitaires et les moisissures.

«Il serait également souhaitable d'équiper les salles de classe de toutes nos écoles, nouvelles ou existantes, de ventilation mécanique et de capteurs de surveillance de la qualité de l'air intérieur, continue Bruno Gilles, afin de déclencher les mesures susceptibles d'éviter les désagréments liés aux moisissures et à la pollution à l'intérieur des classes. Voilà quelques réflexions, simples mais concrètes, qui rendront nos écoles dignes de la jeunesse de la deuxième ville de France.»

Une nécessaire mixité sociale

La dignité des écoles de Marseille devra-t-elle passer par une politique publique plus large, susceptible de remettre à plat certains déséquilibres géographiques?

Sur le territoire phocéen, l'école est à deux vitesses. Les familles aux capitaux sociaux et culturels les plus avantageux sont en mesure de choisir leurs établissements. Stratégie de l'esquive, contournement de la carte scolaire, les pratiques pour éviter les écoles les plus sensibles sont amplement répandues.

La question de l'éducation reste pour Bruno Gilles une affaire de volontarisme et de détermination. «Et je n'en manque pas, croyez-moi», assène-t-il en souriant, avant d'ajouter: «J'ai toujours milité pour une école ouverte, laïque, formant nos enfants et les connectant aux autres cultures. La mixité sociale est pour moi une nécessité et ses effets sont réels.»

«Je ne crois pas que le principal outil pour parvenir à cette mixité soit la contrainte, poursuit le sénateur. L'échec relatif de la carte scolaire appelle à rendre les différents établissements plus attractifs, où qu'ils se trouvent dans Marseille, notamment en rééquilibrant les conditions d'enseignement.»

«Par une action concertée avec les différents acteurs, le rectorat mais également les parents d'élèves, cette mixité doit être au cœur du projet d'établissement de chacune de nos écoles. Le processus de requalification de nos écoles, le développement de structures éducatives nouvelles, le bien-être des élèves comme des enseignants sont la clé de cette réussite. C'est mon projet pour Marseille», insiste Bruno Gilles.

«Je suis marseillais. Je suis né et j'ai grandi à Marseille. J'y travaille. Cette ville, je la ressens.»

Bruno Gilles

Si le projet semble ficelé, une question reste en suspens: Bruno Gilles ira-t-il jusqu'au bout de sa candidature? Ses équipes l'affirment sans ambages: Bruno, comme on l'appelle familièrement, est un battant.

«Je suis marseillais. Je suis né et j'ai grandi à Marseille. J'y travaille, martèle l'intéressé. Cette ville, je la ressens. Ma candidature n'est motivée que par un seul objectif: améliorer la qualité de vie des Marseillaises et des Marseillais. Je souhaite qu'ils puissent s'épanouir dans cette ville qui a tant à offrir et qu'ils se sentent fiers de leur identité, de leur territoire, de leur culture.»

Une droite républicaine rassemblée le soutiendra-t-elle dans son combat? Rien de moins certain, pour l'heure. Martine Vassal, présidente LR de la Métropole et du Conseil départemental, lancera-t-elle sa machine militante à la conquête de l'Hôtel de Ville? Se profile-t-il, en creux, une guerre des droites dont le sort ne sera réglé que par les urnes?

Après tout, les minots de Marseille valent bien une élection municipale.

Raphaël Rubio Écrivain

La bataille du Vieux-Port
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