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Être manipulé par Facebook n'arrive pas qu'aux autres

Temps de lecture : 4 min

Contrôler et réguler valent toujours mieux pour les autres.

Les membres de Facebook sont victimes d'un biais cognitif. | Simon via Pixabay
Les membres de Facebook sont victimes d'un biais cognitif. | Simon via Pixabay

En dépit des controverses, Facebook affiche des bénéfices record et des milliards de personnes –dont plus des deux tiers de la population adulte aux États-Unis– continuent d'utiliser la version non régulée alors même qu'un certain nombre de personnalités en appellent à une régulation du réseau social, y compris l'un des co-fondateurs de l'entreprise et l'un de ses premiers soutiens financiers.

«Apportons des éclairages au sujet des partenaires de Facebook.»

La majeure partie des critiques porte sur la façon dont les algorithmes du réseau social ciblent les membres à coups de publicités et sur l'effet «caisse de résonance» qu'ils produisent en diffusant un contenu idéologiquement biaisé.

J'étudie les dynamiques sociales à l'œuvre sur internet depuis trente ans et je soupçonne que ces contradictions apparentes sont d'ordre psychologique. Les gens connaissent les problèmes que pose Facebook mais chaque personne s'estime à l'abri de ses effets délétères tout en s'imaginant que les autres risquent d'en subir l'influence. Ce paradoxe aide à comprendre pourquoi les gens continuent à fréquenter le site, qui peut encore se targuer de compter plus de 2 milliards de membres par mois en moyenne. Ironie du sort, la psychologie explique aussi les appels à réguler le géant des réseaux sociaux.

«Biais d'optimisme»

Le biais cognitif à l'origine de cette croyance s'appelle «l'effet troisième personne» ou «biais d'optimisme», c'est-à-dire la croyance selon laquelle les autres se laissent avoir alors que nous, non.

Paradoxalement, cette dynamique peut pousser les gens à approuver le contrôle des médias et les restrictions imposées… aux autres. Si une personne se sent à l'abri de l'influence négative d'un réseau social cela provoque chez elle un phénomène psychologique nommé «influence de l'influence présumée». Elle craint que quelqu'un d'autre soit influencé et protégera autrui même si elle-même estime ne pas avoir besoin de l'être. C'est sans doute la raison pour laquelle beaucoup de membres de Facebook se plaignent de ses dangers pour autrui mais continuent à se connecter au site. Même l'investisseur Roger McNamee, qui a contribué financièrement au lancement de la société et a récemment écrit un livre pour en dénoncer les dérives, semble avoir succombé à ce réflexe paradoxal. Selon le Washington Post: «En dépit […] de son dégoût pour les délits commis par les plateformes de médias sociaux […], M. McNamee est non seulement toujours actionnaire de Facebook […] mais compte toujours parmi les plus de 2 milliards d'utilisateurs du géant des réseaux sociaux. Après tout, reconnaît-il avec un sourire et un haussement d'épaules, “il faut bien que je fasse la promotion de mon livre.”»

Tout le monde ne peut pas sortir du lot

Roger McNamee se croit peut-être insensible aux caisses de résonance et autres influences qui, prévient-il, affectent l'internaute lambda. Mais que faire si cet·te internaute lambda ne se considère pas comme tel·le en se croyant à l'abri de l'influence pernicieuse de Facebook?

J'ai exploré cette éventualité dans une enquête menée auprès de 515 adultes américain·es ayant utilisé le réseau social au moins une fois dans la semaine précédant l'étude. Les participant·es, issu·es des cinquante États du pays avaient en moyenne 39 ans, et ont déclaré passer en moyenne un peu moins de dix heures par semaine sur Facebook, un temps que ces personnes estime similaire à celui de la majorité des autres membres.

Trois types de questions étaient posées. Le premier concernait le degré auquel ces personnes estimaient être influencées par Facebook sur un certain nombre de sujets sociaux et politiques, y compris la construction du mur à la frontière mexicaine, l'expansion ou l'abrogation de l'Obamacare, l'efficacité de Donald Trump et d'autres problématiques majeures pour l'avenir du pays.

Le second visait à déterminer à quel point le réseau influence, selon chacun, l'opinion des autres personnes sur les mêmes sujets. Une question pour comprendre à quel point les médias sociaux affectent l'idée que ces individus se font d'une «personne lambda».

Le troisième groupe était consulté pour explorer les diverses stratégies envisagées pour réguler le géant, y compris des arrêts de la Commission fédérale du commerce (FTC) ou de la Commission fédérale des communications (FCC), le démantèlement du réseau par le biais de lois anti-monopole, la révélation de ses algorithmes, etc.

Protéger les autres

Le panel était persuadé que Facebook affectait davantage les perceptions d'autrui. Plus ces personnes pensaient que les autres étaient vulnérables, plus elles étaient soucieuses que soient instaurés des contrôles sur le réseau.

Les individus qui se croyaient peu influençables imputaient le problème aux caisses de résonance. Ils soutenaient les nouvelles régulations même s'ils risquaient d'être eux-mêmes affectés.

Mieux vaut se protéger soi-même des mauvaises influences que de se mêler des croyances du voisin.

Ces caisses de résonance affectent réellement les perceptions, au point qu'un homme a été jusqu'à ouvrir le feu dans une pizzeria à la suite de fausses allégations diffusées en ligne, selon lesquelles l'établissement servait de façade à un réseau de pédophilie. Toutefois, le rôle de ces caisses est remis en questions par certaines études remettent en question.

Il me semble plus important de faire comprendre aux gens que tout le monde encourt le même risque d'être influencé. La société porte une part de responsabilité, les membres de Facebook aussi. En fin de compte, mieux vaut se protéger soi-même des mauvaises influences que de se mêler des croyances du voisin.

Traduit de l'anglais par Iris Le Guinio.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

Joseph B. Walther

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