Société

Deux techniques pour éviter les débats stériles

Temps de lecture : 3 min

La science nous explique comment mettre toutes les chances de son côté afin de faire plier la partie adverse.

Arguing earthworms | soupstance via Flickr CC License by
Arguing earthworms | soupstance via Flickr CC License by

Pour se quereller en évitant les «c'est çui qui dit qui y est», les points Godwin et les insultes faciles, il y a quelques règles d'or à respecter. Le site Vox s'appuie sur la science pour détailler deux lois fondamentales permettant de se débattre de la meilleure façon qui soit, que l'on s'écharpe sur l'affaire Vincent Lambert (débrancher? pas débrancher?), les choix tactiques de Corinne Diacre (4-4-2? 4-2-3-1?) ou la date de démission de Christophe Castaner (immédiatement? le plus vite possible?).

Pour Vox, le principal problème des débats et autres engueulades réside dans le fait qu'il est impossible de convaincre ou d'être convaincu·e par son opposant·e. Et pour cause: notre cerveau a tendance à retenir principalement les informations qui donnent raison à la thèse que nous défendons, et nous avons l'habitude de mépriser ou esquiver les arguments du camp inverse, ce qui peut se produire plus ou moins inconsciemment.

C'est dans cet état d'esprit que le journaliste Brian Resnick a développé dans son article deux stratégies basées sur des études scientifiques, qui peuvent permettre de remporter la bataille sans tomber dans nos habituels travers.

Règle n°1: ne pas marteler, mais trouver les failles

La première règle, c'est qu'exposer en détails ce en quoi vous croyez ne suffira pas à convaincre la personne qui vous fait face, puisqu'elle fera probablement la sourde oreille quoi que vous disiez (et réciproquement). En revanche, si vous parvenez à lui montrer que ses thèses sont en contradiction avec sa morale et ses principes, vous marquerez un point.

L'article cite plusieurs études américaines, dont l'une datant de 2017, et qui consistait à rémunérer des utilisateurs et utilisatrices de Twitter, identifié·es comme appartenant au camp démocrate ou républicain, pour lire un grand nombre de contenus émanant de la partie adverse. La conclusion de l'étude, c'est que non seulement personne ne s'est laissé convaincre par les arguments de l'autre camp, mais qu'au contraire, le groupe républicain avait tendance à devenir de plus en plus conservateur, tandis que la partie démocrate avait glissé vers légèrement plus de libéralisme. Exposer vos idées à l'autre pourrait donc produire un effet inverse de celui escompté.

En revanche, il faut tenter de trouver les contradictions entre les fondamentaux de la pensée de l'autre et les arguments que la personne emploie sur le débat qui est en train d'avoir lieu. Resnick donne l'exemple suivant. Si vous essayez de convaincre une personne conservatrice du fait que mettre un genou à terre pendant l'hymne national est une bonne façon de protester, n'hésitez pas à ajouter que les Pères fondateurs des États-Unis, auxquels le camp conservateur est très attaché, considéraient comme fondamental le fait de protéger notre droit à la protestation sociale. Puis observez le résultat.

Règle n°2: écouter (écouter VRAIMENT)

C'est bête comme chou: puisque vous risquez de sortir furax d'un «débat» au cours duquel l'autre aura monologué sans même tenter de prêter attention à vos arguments, vous comprendrez sans mal que cela puisse également être le cas pour votre opposant·e.

Là, Brian Resnick se base sur l'un de ses propres articles, datant de 2016, qui reprenait une étude scientifique assez dingue. Elle expliquait qu'il était possible de réduire significativement et durablement les préjugés d'une personne intolérante, et ce en dix minutes de conversation. Le secret? Écouter ce que ces gens ont à dire. C'est ce que Dave Fleischer, stratège politique, appelle de la «prospection profonde» («deep canvassing» en version originale). Cela consiste à laisser la majorité du temps de parole à l'autre personne, tout comme une équipe de football déciderait de laisser le ballon à l'autre pour mieux contre-attaquer ensuite.

Le principe est le suivant: pour convaincre un électeur ou une électrice, il s'agit de «poser des questions ouvertes puis d'écouter. Puis de poser de nouvelles questions ouvertes basées sur ce qu'on vient d'entendre». En parlant d'eux et de leur vie, les individus ciblés s'engagent dans une démarche active. «L'idée, c'est que les personnes tirent des enseignements de façon plus durables si elles sont arrivées à la conclusion par elles-mêmes», explique Fleischer.

Le journaliste précise que les effets positifs de la «prospection profonde» n'ont pour l'instant été démontrés que lorsque les débats tournaient autour de l'identité de genre ou de l'orientation sexuelle. Par exemple, dans la vidéo ci-dessous, un militant d'un centre pour la défense des personnes LGBT parvient à faire dire à une habitante de Los Angeles insensible aux questions de transidentité qu'il faut légiférer en faveur des personnes transgenres. Le tout en s'appuyant sur les discriminations qu'elle a pu vivre de son côté en tant que personne racisée, ainsi que son son propre vécu d'homme gay.

Il semble en tout cas assez clair que la vocifération, si elle constitue une façon tout à fait compréhensible de revendiquer, n'est pas une technique adéquate pour convaincre quelqu'un qui n'est pas d'accord avec vous. En revanche, écouter les personnes, les amener à réfléchir à leur propre condition et à leurs propres expériences, puis mettre en lumière leur humanité a davantage de chances de fonctionner.

Slate.fr

Newsletters

Ces types de touristes qui agacent

Ces types de touristes qui agacent

Pour être un ou bonne touriste, il y a des comportements à éviter.

Comment le luxe tente de s'imprimer dans l'esprit des millennials

Comment le luxe tente de s'imprimer dans l'esprit des millennials

L'industrie du luxe ne veut plus seulement faire rêver l'élite bourgeoise.

Le travail du sexe est de plus en plus dangereux

Le travail du sexe est de plus en plus dangereux

Contrairement à ce que prétend une étude, il n'est pas trop tôt pour parler des effets nocifs de la loi de pénalisation des clients.

Newsletters