Santé / Sciences

Les tests sur les souris de laboratoire pénalisent les femmes

Temps de lecture : 2 min

Dans la plupart des expériences, seules des souris mâles sont testées.

sibya via Pixabay
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C'est déjà une information en soi, même si elle n'est pas de première fraîcheur: les souris utilisées dans les tests pharmaceutiques sont des mâles. Les scientifiques affirment en effet préférer éviter les souris femelles, dont les variations hormonales tendraient à compliquer l'analyse des résultats. Un argument jugé fallacieux par Rebecca Shansky, neuroscientifique à l'université de Northeastern (Boston). Elle explique en effet que d'après des expériences scientifiques, les hormones et le comportement des rongeurs mâles seraient en fait plus instables que chez les femelles.

Le Guardian rappelle que non seulement ce parti pris est inutile voire erroné, mais qu'en plus il crée déséquilibres et injustices. En se coupant de la population femelle, les scientifiques aboutissent au développement de médicaments beaucoup plus efficaces sur les hommes que sur les femmes, raconte Rebecca Shansky au Guardian.

L'experte prend l'exemple de l'Ambien, le somnifère le plus vendu aux États-Unis. Testé sur des animaux mâles, il est réellement plus efficace sur les hommes parce qu'il est absorbé plus lentement par le corps des femmes. Utiliser aussi des souris femelles aurait pu permettre de modifier la molécule de façon à ce qu'il agisse aussi rapidement sur tous les organismes.

Moins d'efficacité, plus de risques

Qui dit molécule moins efficace dit aussi risque d'overdose, les femmes souffrantes ayant tendance à prendre des médicaments de façon plus régulière afin de compenser leur lenteur d'action. Les effets secondaires sont également bien plus nombreux chez les femmes, puisqu'ils n'ont généralement été étudiés que sur des modèles masculins.

Rebecca Shansky a mené des travaux qui montrent que les expériences pharmaceutiques ont réellement des résultats différents sur des souris femelles ou sur des souris mâles. Par ailleurs, une analyse de 300 études scientifiques menées sur des souris montre que les résultats ne sont pas plus instables chez les femelles que chez les mâles... et que c'est peut-être même le contraire.

Chez les femelles, le cycle reproductif dure quatre à cinq jours, au cours desquels les oestrogènes et la progestérone atteignent le quadruple de leur niveau habituel. Chez les mâles dominants d'un groupe de souris, le niveau de testostérone peut être multiplié par cinq par rapport au niveau habituel... Il n'y a donc pas plus d'instabilité chez les unes que chez les autres.

Rebecca Shansky met aussi en garde contre les méthodes généralement utilisées dans les laboratoires américains, où les tests sont d'abord effectués sur des mâles avant d'être vérifiés sur des femelles. «Cela ne fait que perpétuer cette idée archaïque, sexiste et infondée selon laquelle les cerveaux masculins sont la norme dont les cerveaux féminins constituent une version déformée». Il faut simplement prendre tous les cerveaux en compte. «Il n'y a rien d'anti-féministe dans le fait de dire que, d'un point de vue neurobiologique, le cerveau féminin peut être différent», conclut la scientifique.

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