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«On enjambait ce cadavre»: des alpinistes racontent leur ascension de l'Everest

Temps de lecture : 2 min

Ces dernières semaines, le toit du monde était noyé sous une marée humaine.

Ça ressemble à Voyage au bout de l'enfer, et c'est le rêve de l'Everest. | Mari Partyka via Unsplash
Ça ressemble à Voyage au bout de l'enfer, et c'est le rêve de l'Everest. | Mari Partyka via Unsplash

Il semble loin le temps où le silence des cimes était seulement brisé par les cris de joie de quelques explorateurs aguerris. Avec plus de 820 alpinistes cette année, l'ascension de l'Everest est devenue une jungle humaine. Des alpinistes racontent leur expérience.

«Plus de 200 personnes devant nous»

«Comme des escargots qui se croiseraient»: c'est l'image utilisée par Chad Gaston pour décrire les mouvements de foule sur les crêtes de l'Everest. À la queue leu leu, les alpinistes piétinent, se doublent et se bousculent.

«Quand on se retrouve pris au piège dans la file, à 8.700 mètres d'altitude, qu'il fait froid, que la personne de devant est épuisée et susceptible de faire des erreurs, ça fait très peur», raconte Elia Saikaly, réalisateur d'un documentaire sur l'ascension du plus haut sommet du monde, dans une interview à CNN.

L'expérience particulièrement effrayante quand la foule se masse sur le ressaut Hillary, juste avant le pic, où l'oxygène se raréfie au point que l'on parle de «zone de la mort». «Quand on est partis pour l'ascension finale et qu'on s'est retrouvés face à plus de 200 personnes devant nous, on ne s'est posé qu'une seule question: “Comment est-ce qu'on va pouvoir tous arriver là-haut et redescendre en sécurité?”» Réponse donnée à Saikaly: tout le monde n'y arrivera pas.

«Je n'ai jamais vu ses yeux s'ouvrir»

On dénombre onze morts depuis le début de la saison sur l'Everest, et de nombreuses personnes sont régulièrement redescendues en urgence par les sherpas, les guides qui les accompagnent.

Au milieu de la débâcle, les autres avancent. Saikaly explique: «On a une lampe torche sur la tête, un masque sur le visage, il fait noir.» Ça ressemble à Voyage au bout de l'enfer, et c'est le rêve de l'Everest.

«La première chose que je vois, vingt minutes après être sorti du camp IV [le dernier avant le sommet, ndlr], c'est un corps descendu par deux hommes. Au début, je ne comprends pas, puis tout à coup, je réalise: c'est un mort, et nous n'en sommes qu'à vingt minutes de grimpe.»

Dès lors, que faire? S'arrêter? «Quand on est à 8.000 mètres dans une “zone de la mort”, on peut à peine penser... Avec une file qui nous bouscule, il n'y a rien d'autre qu'on puisse faire. Il n'y a pas d'autre choix que de continuer.»

Sauf que «45 minutes plus tard, un alpiniste en plein délire est redescendu». Chad Gaston, un peu plus haut dans l'ascension, le croise également. Il décrit «ses yeux roulants, sa confusion». Encore un autre, plus loin, «emmitouflé comme une momie dans des cordes». «Je n'ai jamais vu ses yeux s'ouvrir», précise-t-il.

Mais la pire épreuve pour l'équipe se situe presque au sommet. «Il était minuit, ça faisait trois heures qu'on grimpait. Et il y avait cet alpiniste qui était tombé. Il s'est tué. Il était encore accroché à la ligne de vie. Alors chaque personne qui voulait continuer l'ascension devait l'enjamber, devait enjamber ce cadavre.»

Au-delà des photos qui ont fait sensation ces derniers jours, les récits des alpinistes révèlent un véritable danger à faire de la plus haute montagne du monde un Everestland touristique. «J’ai les plus grandes craintes pour l’avenir. Il faut s’attendre à des catastrophes humaines encore plus graves que celles de cette année, met en garde Saikaly. C'est terrifiant.»

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