Fonds: il n'y a pas qu'Haïti
A la suite du séisme, les ONG américaines s'inquiètent des coupes de budget pour leurs autres actions humanitaires.
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Quelque 200 millions de dollars des fonds d'urgence de l'OFDA (le Bureau américain d'aide et de secours en cas de catastrophe à l'étranger de l'Usaid, l'Agence des Etats-Unis pour le développement international) ont été d'ores et déjà déviés vers Haïti, et ce n'est qu'un début. Ces fonds, qui représentent environ un quart du budget de l'aide internationale du Bureau, pourraient être renfloués dans les mois qui viennent. Mais en attendant, les associations humanitaires qui oeuvrent pour d'autres crises se préparent à travailler avec l'argent qu'elles ont. En conséquence, elles pensent déjà à diminuer leur personnel et à limiter leurs nouveaux programmes.
«Il nous faut faire des choix très difficiles, comme décider de soutenir les victimes du séisme haïtien ou de garder ces fonds pour aider d'autres victimes, par exemple en Somalie», explique Susan Reichle, qui coordonne les opérations en Haïti à l'Usaid.
Du mal à joindre les deux bouts
«La priorité actuelle de l'OFDA, c'est Haïti, et tout son budget s'en trouve impacté», indique le Bureau dans un email rejetant une proposition de projet. «En Amérique Latine et dans les Caraïbes, la programmation d'ensemble et certains budgets ont été modifiés», poursuit ce mail, que s'est procuré The Cable. «Tout cela pourrait changer dans les semaines ou les mois qui viennent, selon l'évolution de la situation.»
Todd Shelton, directeur de la communication d'Interaction, la plus vaste coalition d'ONG humanitaires basées aux Etats-Unis, affirme que ses membres ont du mal à joindre les deux bouts.
«Dans les programmes de l'OFDA, ils prennent à Pierre pour donner à Paul», explique-t-il. «Nous avons eu vent de cela par plusieurs de nos membres dans des endroits comme le Sud-Soudan, la Somalie et l'Ethiopie.» Une ONG s'est vu refuser une proposition de programme de nutrition en Ethiopie, selon Todd Shelton, et la mission de l'Usaid en Somalie a indiqué à une autre organisation qu'un programme d'eau, d'assainissement et d'hygiène en discussion ne serait examiné que plus tard dans l'année, si des fonds supplémentaires arrivent.
«Ce projet aurait bénéficié à 40.000 personnes et devait commencer quasi tout de suite», déplore Todd Shelton. «Quand il s'agit d'eau potable, on ne peut revenir en arrière et remettre l'eau en question dans la bouche des enfants dans le besoin.»
Des répercussions à court terme
«Nous soutenons Haïti, mais nous sommes inquiets pour le reste du monde», résume Lisa Kuennen-Asfaw, du Secours catholique américain, une association qui dépend des financements de l'Usaid. «Oui, il y a des effets négatifs, parce que même si les comptes finissent par être complètement renfloués, certains besoins urgents devront attendre et certains programmes ne seront pas financés car d'autres seront considérés comme plus pressés, une fois l'argent arrivé.»
En République démocratique du Congo par exemple, l'Usaid a annoncé aux groupes du Secours catholique que leurs 32 millions de dollars de budget pour 2010 seraient revus à la baisse, de 40% en tout. Le Secours catholique explique qu'on lui a annoncé des coupes de 30 à 50% dans ses programmes en Ethiopie, en Somalie et dans le Sud-Soudan.
«Impossible d'étendre à d'autres besoins» un programme visant à aider les familles congolaises en matière d'hygiène et d'installations sanitaires, regrette Lisa Kuennen-Asfaw. D'autres programmes non entamés ont été rejetés, avec Haïti pour motif.
Interrogée par The Cable, Susan Reichle répond que non, les associations humanitaires n'ont pas été sommées de réduire de 40% leurs programmes existants, contrairement à ce que certaines avancent. Elle admet toutefois que les fonds d'aide internationale envoyés en Haïti ont des répercussions à court terme sur les nouveaux projets et sur les extensions de programmes déjà existants.
«Ce que nous attendons, ce sont des fonds supplémentaires pour renflouer les comptes, tout dépendra de la somme, et de quand elle arrivera», ajoute-t-elle. «Impossible de financer de nouveaux programmes tant que nous ne connaissons pas notre budget.»
L'OFDA devrait décider de financer ou non un programme en fonction de la qualité de la proposition, pas en fonction des fonds qui partent en Haïti, estime-t-elle. Mais jusqu'à ce que le Congrès en décide autrement, les fonds sont limités et doivent être distribués selon les priorités. «C'est un choix difficile.»
De l'aide en route?
Alors que les fonds diminuent, le département d'Etat et la Maison blanche tentent de déterminer ce dont Haïti aura besoin. Le Capitole s'attend à recevoir rapidement une nouvelle demande de fonds, mais aucune décision n'a été prise concernant le montant qui sera requis.
Selon un conseiller au Sénat proche du dossier, le Congrès a demandé à rencontrer l'Usaid pour discuter de la façon dont l'aide envoyée en Haïti affecte les autres programmes. Cette source estime que même si les associations humanitaires tirent la sonnette d'alarme un peu prématurément, les effets sont palpables.
«Je crois qu'aucune d'entre elles n'a pour l'instant subi de coupe de budget parce qu'elles n'ont pas encore fait de nouvelles propositions, mais il est clair que l'OFDA réaffecte des fonds qui auraient sinon été utilisés pour d'autres pays qu'Haïti.»
Une nouvelle demande de l'administration est attendue sous peu et inclura des fonds pour renflouer les comptes; l'impact de la réaffectation de l'argent dépendra du temps que le Congrès mettra pour agir. «Tant que les ONG n'auront pas vraiment l'argent, elles s'inquièteront», poursuit le conseiller. «Je pense qu'elles l'auront, mais on ne sait pas dire quand.»
La députée démocrate de New York Nita Lowey a déclaré à The Cable que le Congrès étudierait très sérieusement les conséquences de l'aide à Haïti sur les autres programmes, au moment où les élus analyseront les nouvelles demandes de financement.
«Il y a tant d'endroits dans le monde qui ont besoin de notre aide», estime-t-elle. «Lorsque vous financez un programme à partir de l'argent d'autres projets, les décisions sont toujours prises de manière à faire le moins de mal possible. C'est pourquoi je pense que pour déterminer le montant qui sera donné à l'avenir, notamment pour la reconstruction, il faut tenir compte des autres besoins cruciaux du reste du monde.»
Par Josh Rogin
Traduit par Aurélie Blondel
Image de une: un petit garçon en juin 2009 en Ethiopie. REUTERS/Irada Humbatova
Mis à jour le 26/02/2010 à 10h04













































Félicitation à Slate de soulever ce sujet des plus pertinents, et rarement abordé dans les médias.
David Rieff dans son ouvrage A Bed for the Night: Humanitarianism in Crisis (Simon & Schuster, 2003), décrivait déjà précisément comment la guerre en Bosnie avait provoqué un transfert des ressources de l'aide humanitaire de certains pays dAfrique vers les Balkans. Trois raisons principales :
1/ Les bailleurs gouvernementaux ventilent leurs budgets par pays selon des critères souvent trop politiques et pas assez selon des statistiques médicales (Ex : l'UE avait plus d'intérêts en Yougoslavie qu'en Angola et privilégiait donc un pays par rapport à l'autre en dépit de taux de mortalités plus élevés en Angola qu'en Yougoslavie à l'époque). Or les bailleurs gouvernementaux sont la principale source de financement de la plupart des ONG (sauf Médecins Sans Frontières qui reste indépendante).
2/ Les ressources en personnel expérimenté dans les ONG sont très limitées (chirurgie, médecine d'urgence, logistique, ingénieur spécialisé dans l'eau...). Il est facile de trouver des volontaires inexpérimentés pour partir, il en revanche très difficile de trouver des personnes dont l'humanitaire est le métier. Ainsi une ONG, en cas de catastrophe importante dans un pays, est obligée de trouver les ressources compétentes où elles se trouvent (i.e. dans d'autres pays en difficulté) et de les transférer.
3/ Les donateurs affectent leurs dons à un pays précis (par exemple Haiti), sous l'influence d'un choc émotionnel provoqué par une tragédie spectaculaire, alors qu'il leur est difficile de comparer objectivement les différences de besoins d'un pays à l'autre.
bonne continuation à slate ! !