Santé / Sciences

En voulant renforcer leur masculinité, des hommes font baisser leur fertilité

Temps de lecture : 2 min

Les stéroïdes et les médicaments anti-calvitie peuvent affecter la qualité du sperme.

Les stéroïdes anabolisants imitent l'effet de la testostérone et permettent d'améliorer la performance et la croissance musculaire. | Damir Spanic via Unsplash

 
Les stéroïdes anabolisants imitent l'effet de la testostérone et permettent d'améliorer la performance et la croissance musculaire. | Damir Spanic via Unsplash  

Pour plaire à de potentiel·les partenaires, certains hommes s'efforcent de cultiver un corps musculeux ou une crinière de rêve. Quitte à compromettre leur capacité à avoir des enfants. On appelle cela le paradoxe Mossman-Pacey, d'après James Mossman et Allan Pacey, les deux chercheurs américains ayant récemment théorisé ce phénomène contraire aux principes de l'évolution. Selon ces scientifiques, la prise de stéroïdes ou de pilules anti-calvitie endommage la fertilité masculine de manière parfois irréversible.

«J'ai remarqué que certains des hommes qui venaient pour faire tester leur fertilité étaient énormes, relate James Mossman, chercheur à l'Université de Brown aux États-Unis. Ils essaient d'avoir l'air vraiment grands, bodybuildés, de ressembler à des surhommes au sommet de l'évolution, explique-t-il dans un article de la BBC. Mais paradoxalement, ils se rendent complètement inaptes au sens de l'évolution, puisqu'ils n'ont, sans exception, aucun sperme dans leur éjaculation. […] Ils deviennent des ratés de l'évolution.»

La faute aux stéroïdes anabolisants, régulièrement utilisés par les culturistes, qui imitent l'effet de l'hormone mâle, la testostérone, dans l'organisme et permettent d'améliorer la performance et la croissance musculaires.

Revers de la médaille, ils trompent la glande pituitaire du cerveau, responsable de la sécrétion de nombreuses hormones, en lui faisant croire que les testicules sont en surmenage. La glande réagit donc en arrêtant la production de deux hormones, la FSH et la LH, indispensables à la production de sperme, ce qui engendre des risques d'infertilité considérables chez les hommes consommateurs réguliers de stéroïdes.

Dépression, idées suicidaires ou baisse de la libido

Une réalité cynique que souligne le professeur Allan Pacey, de l'Université de Sheffield: «N'est-il pas ironique que ces hommes se rendent à la salle de sport pour avoir l'air séduisants, la plupart dans le but d'attirer les femmes, et qu'ils amenuisent par la même occasion leur fertilité?», interroge-t-il, précisant qu'environ 90% des utilisateurs de stéroïdes anabolisants sont susceptibles de devenir stériles. Un chiffre inquiétant alors que la qualité du sperme des Occidentaux a diminué de 50% en quarante ans.

«Concernant les traitements anti-calvitie, c'est un peu plus aléatoire, mais les ventes atteignent des sommets, ce qui en fait un problème de plus en plus courant», indique Allan Pacey. En France, le Propecia, appellation commerciale du finastéride, un médicament très utilisé pour lutter contre la calvitie car il modifie la façon dont la testostérone est métabolisée dans l'organisme (ce qui limite la chute des cheveux) est prescrit à environ 30.000 hommes chaque année.

Les effets secondaires peuvent inclure la dysfonction érectile et une baisse de la fertilité. D'après les mises en garde des autorités sanitaires, le Propecia peut également engendrer dépression, idées suicidaires ou baisse de la libido.

Pour Allan Pacey, il est urgent de sensibiliser les hommes dès le plus jeune âge aux dangers liés à la consommation de ces médicaments ou stéroïdes. «On en voit de plus en plus dans les cliniques, se désole-t-il. Le message n'est pas entendu, mais il faut que les jeunes hommes comprennent que ces quelques informations pourraient à terme leur éviter beaucoup de chagrin et de détresse.»

Newsletters

Le coronavirus révèle aussi une géopolitique de l'intelligence artificielle

Le coronavirus révèle aussi une géopolitique de l'intelligence artificielle

L'IA a son rôle à jouer en matière de gestion sanitaire. Mais tous les gouvernements n'ont pas les mêmes sensibilités sur la question.

Pollution de l'air: les enfants de demain risquent d'être moins bons en sport

Pollution de l'air: les enfants de demain risquent d'être moins bons en sport

Une étude britannique lie pollution de l'air et retard de croissance des poumons.

Orthorexiques cherchent traitement désespérément

Orthorexiques cherchent traitement désespérément

Mal connue, l'obsession du «manger sain» n'est pas répertoriée parmi les maladies mentales. Faute de diagnostic, la souffrance des patient·es n'est pas toujours identifiée.

Newsletters