Santé / Sciences

Se lever trop tôt peut faire de nous des psychopathes

Temps de lecture : 2 min

Contraindre son rythme biologique naturel peut porter atteinte à l'équilibre psychologique.

Le pic de productivité de 14 heures. | Tonny Tran via Unsplash
Le pic de productivité de 14 heures. | Tonny Tran via Unsplash

Faire la grasse mat', c'est moche. Il n'y a qu'à écouter les success stories américaines pour s'en rendre compte: ce n'est pas en se faisant une tartine du Nutella au lit qu'on devient PDG d'Apple. Mais, couche-tard et noctambules, soyez rassuré·es: la fin du règne du réveil a enfin sonné, car se forcer à se lever tôt pourrait entraîner des comportements déviants.

Dictature des alouettes

Qu'on le veuille ou non, nous avons tous une horloge interne. Elle ne fait pas tic-tac, mais nous devrions quand même essayer de l'écouter. C'est elle qui définit notre rythme de sommeil, que l'on appelle scientifiquement le chronotype. Il en existe plusieurs sortes; des tests permettent de découvrir le sien.

Si notre horloge interne dure plus de vingt-quatre heures, nous préférons nous coucher tard; si elle dure moins longtemps, nous sommes des couche-tôt. Ainsi se répartissent les «hiboux» qui vivent la nuit, les «alouettes» qui se réveillent à l'aube et, entre les deux, les «diurnes».

N'est pas alouette qui veut –c'est la biologie qui le dit– et perturber nos cycles naturels pour satisfaire les gourous de la course à pied matinale n'est pas sans conséquences.

Jusqu'à présent, les horaires fixés par l'école ou le monde du travail ont toujours favorisé les alouettes; les autres chronotypes ont dû s'adapter. Forcés de casser leur rythme naturel, ces individus sont moins efficaces et leurs performances générales peuvent être dépréciées par rapport à celles des alouettes.

Il est temps pour les chouettes de se rebeller: c'est ce à quoi a invité la journaliste scientifique Linda Geddes dans son discours au Hay Festival. Selon elle, plutôt que d'exiger d'une personne couche-tard qu'elle soit au pic de sa productivité dès le matin, nous devrions lui donner des horaires flexibles pour qu'elle accomplisse au mieux son potentiel.

«Ce serait un moyen d'égaliser les chances, d'améliorer la productivité de tous et l'humeur de chacun. Une telle approche pourrait créer un cadre de travail plus harmonieux et plus moral», souligne-t-elle.

Variations morales

Le déséquilibre engendré par les horaires standards actuels va au-delà du risque de déficit de productivité: il touche à notre moralité, comme l'a révélé une étude américaine intitulée «La morale des alouettes et des chouettes».

D'après l'équipe de recherche, notre comportement éthique varie en fonction du type de relation entre les deux mécanismes constituant notre horloge interne: l'homéostasie, c'est-à-dire la pression qui nous dit de dormir si on est resté·e trop longtemps éveillé·e, et le cycle circadien, qui régule notre temps de sommeil et d'éveil.

Première situation, les mécanismes s'accordent: la période d'éveil survient quand la pression homéostatique est basse; on se sent en pleine forme. Notre comportement social est alors positivement influencé.

Deuxième situation, les mécanismes s'opposent: on reste éveillé·e alors que l'on a envie de dormir. Cette fois, notre système de moralité est influencé négativement: «Des recherches suggèrent que vous êtes plus enclin à adopter un comportement contraire à l’éthique et déviant, comme être méchant, intimider vos collègues ou falsifier des reçus», précise Linda Geddes.

Pour enfoncer le clou, une autre étude avance que des comportements similaires ont été observés chez des employé·es dormant moins de six heures par nuit, la recherche ayant identifié un lien entre la privation de sommeil et les taux de glucose dans le cortex cérébral, la région du cerveau responsable du contrôle de soi-même.

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