Parents & enfants

La façon dont on éduque ses enfants n'a pas tant d'impact que ça

Temps de lecture : 3 min

L'ADN est plus fort que tout.

Quelques sacs en toile de jute, le bonheur assuré | Michael via Flickr CC License by

La revue New Scientist publie une rencontre avec Robert Plomin, spécialiste en génétique basé à King's College, l'une des universités anglaises les plus anciennes et les plus prestigieuses. Ses recherches portent principalement sur l'influence de l'ADN et de l'environnement sur certaines caractéristiques des individus, qu'il s'agisse de leur morphologie, de leur personnalité ou de leur succès aux examens.

La thèse de Robert Plomin, c'est que l'impact de l'ADN sur tous ces facteurs est bien trop négligé, et que ni l'éducation ni la qualité des enseignements reçus n'ont tant d'importance que cela. De quoi remettre en question pas mal de certitudes et enlever un peu de pression à des parents qui pensent souvent être responsables de toutes les réussites et de tous les échecs de leurs enfants.

Dans l'entretien accordé à New Scientist, le scientifique prend l'exemple du surpoids pour illustrer son propos. Robert Plomin explique que sur une échelle de corrélation allant de 0 (indépendance totale des individus) à 1 (dépendance maximale entre eux), quand deux frères et/ou soeurs biologiques grandissent ensemble, leur indice de masse corporelle a un coefficient de corrélation de 0,4. Ce coefficient de corrélation tombe à 0 en ce qui concerne deux enfants adoptifs grandissant dans la même famille mais n'ayant aucun gène commun. En revanche, lorsque deux frères et/ou soeurs biologiques grandissent dans des foyers différents, le coefficient de corrélation est à nouveau de 0,4.

La démonstration est semblable en ce qui concerne les capacités cognitives. Robert Plomin est en revanche plus prudent sur les questions de personnalité, car les études réalisées sont encore insuffisantes. Il rappelle en revanche que des jumeaux homozygotes développent globalement la même personnalité et la même façon de se comporter, qu'ils soient élevés ensemble ou séparément.

Voilà comment Robert Plomin résume les choses: nous serions dirigé·es à 50% par notre ADN et à 50% par notre environnement, soit une part fixe et une autre bien plus aléatoire. Nous avons beau avoir la certitude que l'éducation donnée aux enfants a un impact essentiel sur la personne qu'ils sont en train de devenir, cela reste impossible à démontrer et à quantifier, explique le généticien, pour qui certaines maladies ou certaines rencontres marquantes ont au moins autant d'impact que l'éducation.

Certitudes en berne

Plomin, qui a publié un essai sur le sujet en octobre dernier, donne un autre exemple édifiant: celui de la lecture. On a souvent tendance à penser que des parents qui lisent beaucoup vont grandement influencer l'amour de leurs enfants pour les livres. Mais le scientifique est loin d'en être aussi sûr, expliquant que c'est vrai dans le cas des enfants biologiques, mais pas dans celui des enfants adoptifs, comme l'ont démontré des études. Là encore, les gènes seraient en fait plus forts que tout... sauf que l'immense majorité des familles étant constituée d'enfants biologiques, il est bien difficile d'en prendre conscience.


Le dernier livre de Robert Plomin, paru en octobre 2018

En toute transparence, Robert Plomin explique également que les cas d'enfants maltraités n'ont pas été étudiés, notamment parce que les familles concernées refusent d'être observées. D'autres types de familles, comme celles où les parents se muent en coachs en espérant transformer leurs enfants en génies des maths ou du tennis, n'ont pas encore été passées au crible, si bien qu'il est encore impossible d'évaluer le degré d'influence de ces parents sur la personnalité et les résultats de leurs enfants. Mais pour Robert Plomin, si des parents obsédés par la réussite ont des enfants qui réussissent plus souvent que la moyenne, c'est peut-être tout simplement parce que les uns et les autres partagent dans leurs gènes une même volonté de réussir coûte que coûte.

L'ensemble de ces réflexions ne signifie pas que les parents peuvent démissionner et laisser leurs enfants s'élever seuls, ajoute le scientifique. On peut leur donner les meilleures conditions de vie possibles, les aider à faire leurs devoirs, leur offrir l'accès aux activités sportives et culturelles qu'on estime bonnes pour eux, mais rien de tout cela ne changera intrinsèquement leur personnalité ou leur degré d'intelligence. Il s'agit juste de leur donner un terreau qui soit propice au développement de caractéristiques innées chez eux.

Pour finir, Robert Plomin évoque un sujet troublant: il explique que selon certaines études extrêmement fiables, on peut prédire les chances de réussite des individus aux examens en étudiant leur ADN, avec un degré de certitude tout à fait satisfaisant. Tenir compte des gènes des enfants afin de leur offrir des enseignements personnalisés, et ce dès le plus jeune âge, est une option actuellement à l'étude. Reste à déterminer si ce genre de méthode ne ressemblerait pas à de l'eugénisme, ce dont le scientifique se défend évidemment.

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