Santé / Société

L'impossible mort de Vincent Lambert

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Il n'y a pas de coupable dans cette affaire, juste des souffrances qui s'opposent, des points de vue qui s'affrontent.

Vincent Lambert est au monde dans une sorte de soustraction de l'esprit qui nous laisse tous désemparés et démunis. | Trending Topics 2019 via Flickr
Vincent Lambert est au monde dans une sorte de soustraction de l'esprit qui nous laisse tous désemparés et démunis. | Trending Topics 2019 via Flickr

Terrible affaire que celle de Vincent Lambert. Elle a beau nous être familière, à chacune de ses nouvelles péripéties judiciaires, voilà que nous éprouvons comme une sorte de vertige métaphysique face à sa complexité, à ses imbrications qui nous touchent au plus profond de notre intimité, à cette danse avec la mort dont nul ne peut prédire à cette heure quand elle s'achèvera.

Nous voilà sommés de prendre parti entre des parents orphelins d'un fils trop absent pour être vraiment présent, et une épouse meurtrie de voir les désirs de son compagnon autrefois formulés être bafoués, condamné dès lors à vivre une existence où l'ombre étend sa présence jusque dans les derniers replis de sa conscience. Il n'y a pas de coupable dans cette affaire, juste des souffrances qui s'opposent, des points de vue qui s'affrontent, des positionnements idéologiques qui, par leur obstination forcenée, peuvent parfois nous heurter sans pourtant être complètement illégitimes.

Le mystère de la vie, le scandale de la mort, la puissance des symboles, toute cette bataille autour d'une personne dont nul ne peut savoir ce qu'elle ressent, enfermée qu'elle se trouve dans un état de conscience minimale, à la frontière entre les deux aimants de l'existence, sans qu'il nous soit permis de comprendre la nature même de ses pensées.

Vincent Lambert est au monde dans une sorte de soustraction de l'esprit qui nous laisse tous désemparés et démunis. A-t-il seulement conscience de sa condition? Comprend-il la nature de sa situation? À quoi peut bien se résumer sa pensée? Est-elle morceaux de conscience éparpillés dans le labyrinthe de son esprit morcelé, ou a-t-elle conservé un minimum de cohérence; un enchaînement d'idées qui finissent par former le début d'un raisonnement, la naissance d'une volonté, volonté vouée à ne jamais être dite?

Nul ne le sait, nul ne le saura jamais, nous sommes là dans des territoires que l'être humain ne saura jamais appréhender. Nous sommes tellement ignorants quand nous en venons aux choses de l'esprit, à cette chose si étrange et particulière que nous nommons pensée sans être capable de comprendre son essence même, son fonctionnement intime, la naissance de sa source –l'infrangible mystère de l'être humain confronté à son propre étonnement d'être celui qu'il est.

Bien sûr, modernes comme nous sommes, nous désapprouvons a priori l'obstination des parents, cette volonté qui confine à l'absurde de laisser Vincent à cet état minimal qui, s'il n'est pas la mort, n'a pourtant plus l'apparence de la vie. Comment ne pas s'offusquer de laisser cet homme somnambuler de la sorte, perpétuer jour après jour un simulacre de vie, une sorte d'interminable faux plat où son âme doit s'enliser, silencieuse à elle-même, impuissante à vivre, impuissante à mourir, tout juste capable de se surseoir dans une répétition mécanique de faits et de gestes inaudibles au monde extérieur?

De notre point de vue de vivants, nés dans un siècle dominé par l'idée de science et de progrès, nous refusons les termes d'une pareille existence. Et pourtant, aussi incongru que cela puisse nous sembler, dans une stricte approche clinique de son cas, Vincent Lambert est vivant. Il respire, il dort, se réveille, parvient à se nourrir à l'aide d'une machine, demeure conscient sans que nous puissions connaître l'exact contour de ses ruminements intérieurs.

Est-il en colère de ne pas être encore mort? Enrage-t-il de se voir ainsi, démuni, dépendant de la volonté des autres, impuissant à influencer sur le cours de sa destinée? Ou bien n'est-il rien de tout cela, juste une intelligence réduite à sa plus simple expression, si abîmée dans sa désolation intérieure qu'elle flotte dans un état paradoxal où les pensées seraient comme des ronds dans l'eau quand on l'agite avant bien vite de retomber dans ses profondeurs sous-marines?

J'ignore ce qu'il faut faire de Vincent Lambert. Le plus humain serait de le laisser s'en aller, de l'aider à ne plus être, d'en finir avec cette existence plongée dans l'obscurité où plus jamais aucune aube ne viendra le surprendre. Et si imposer la vie à tout prix, dans une sorte de surenchère religieuse où seul importe le respect de la parole sacrée, n'a rien de honteux en soi, c'est pour le moins une attitude singulière, en tout point contraire à l'idée même d'humanité.

Parfois, précipiter la mort c'est respecter cette chose étrange et insensée, grotesque et merveilleuse, qu'on nomme la vie.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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