Égalités / Parents & enfants

Augmenter les congés paternité donnerait-il moins envie de faire des enfants?

Temps de lecture : 2 min

La situation espagnole pose la question.

L'impact de cette mesure paritaire pourrait avoir des effets inattendus. | PublicDomainPictures via Pixabay
L'impact de cette mesure paritaire pourrait avoir des effets inattendus. | PublicDomainPictures via Pixabay

Il y a deux semaines, Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique aux élections européennes, blâmait Emmanuel Macron pour son opposition au projet d'harmonisation de la Comission européenne sur les congés paternité.

La revendication principale? Un congé parental qui tendrait vers la parité, avec huit mois de congés payés pour l'ensemble du foyer, quatre pour chaque parent. Selon Glucksmann, cette mesure permettrait aux femmes de mieux réintégrer le milieu professionnel après une grossesse. À l'échelle européenne, cette disposition représenterait un premier pas vers un véritable «socle européen des droits sociaux», dixit le texte de la Commission. Dans ce débat, l'Espagne, qui a instauré des congés parentaux de plus en plus paritaires depuis 2007, fait office de modèle. Paradoxe donc, pour une équipe de recherche espagnole, de constater une baisse de la natalité à la suite de l'augmentation des congés paternité?

7 à 15% des familles ayant profité des congés paternité n'ont plus d'enfant après

Dans leur étude du Journal of Public Economics, Lídia Farré (Université de Barcelone) et Libertad González (Université de Pompeu Fabra) brandissent des chiffres qui peuvent paraître alarmants. Les couples qui ont utilisé leur droit au congé paternité semblent bien moins enclins à avoir de nouveau des enfants que ceux qui ne l'ont pas utilisé. Mais l'hypothèse tentante de la causalité est à modérer.

Tout d'abord, les facteurs qui expliqueraient ce lien de cause à effet restent flous. D'un côté, il pourrait y avoir une prise de conscience pour le père de la charge que représente l'éducation d'un enfant, et par là, un désir de se concentrer sur l'enfant déjà là plutôt que d'en avoir un de plus. Du côté de la mère, sa réinsertion rapide dans le monde du travail la mènerait à mieux équilibrer sa vie professionnelle et sa vie familiale, ce qui retarderait le désir de rompre l'équilibre et donc de faire d'autres enfants. Enfin, en raison de la singularité de l'Espagne, en particulier son histoire économique compliquée depuis 2008, les chercheuses ont des réserves sur la généralisation de leur étude en Europe.

Mieux vaut donc ne pas tirer tout suite la sonnette d'alarme. Le visage malthusien qu'a pris cette mesure paritaire n'est peut-être qu'un masque politique à manier précautionneusement.

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