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Avec Grumpy Cat s'éteint la première génération de mèmes

Temps de lecture : 2 min

Ringards mais cultes.

Grumpy Cat prend la pose au musée Madame Tussauds à Washington en 2016. | Larry French / AFP
Grumpy Cat prend la pose au musée Madame Tussauds à Washington en 2016. | Larry French / AFP

Depuis vendredi 17 mai, internet fait le deuil de Grumpy Cat, l'une de ses plus illustres figures. De son vrai nom Tardar Sauce, cette chatte à qui une petite malformation donnait un air sans cesse grognon reste l'un des mèmes les plus populaires de l'histoire d'internet.

Tellement populaire que son succès a largement débordé du web, pour s'inviter dans des émissions de télé, couvertures de magazines prestigieux, festivals, cérémonies et même dans un film. À tel point que sa valeur était estimée à un million de dollars. Souvenir d'une époque ou le monde s'extasiait encore que des millions de personnes puissent s'amuser de quelque chose d'aussi trivial qu'un chat grimaçant.

Pourtant, Grumpy Cat est un mème assez monodimensionnel: il est drôle parce qu'il est grognon, c'est tout. Il est en cela assez représentatif des mèmes des années 2010, quand cette forme d'humour entrait réellement dans le mainstream. Une image sur laquelle sont apposées deux ligne de texte, toujours avec la même police d'écriture.

À l'époque, les grandes originalités des mèmes sont leur mode de fabrication et de propagation, qui montrait à quel point internet pouvait être démocratique. N'importe qui peut très facilement créer son propre mème et le partager avec la terre entière. Ils se propagent ensuite très vite, se multiplient et mutent au fur et à mesure.

Évolution ringardisante

Sur le fond par contre, l'humour n'est pas spécialement typique d'internet. Les thèmes des plaisanteries tournent parfois autour de la culture internet mais ce sont finalement des blagues assez basiques.

D'ailleurs, comme l'observe Caroline Haskins sur Motherboard, Grumpy Cat n'est finalement que peu de chose de plus que Garfield, un personnage créé en 1978 par Jim Davis. Plutôt qu'un JPEG, les blagues s'étirent sur trois cases mais tournent toutes autour du même principe: on y voit ce que pense un chat grognon. L'Instagram officiel de Garfield lui-même s'en rend compte.

RIP Grumpy Cat. @realgrumpycat

Une publication partagée par Garfield (@garfield) le

«Au revoir, mon vieil ami»

Aujourd'hui, internet produit peu de templates aussi populaires que Grumpy Cat. Les mèmes sont partagés par millions en quelques jours puis repartent aussi vite qu'ils sont apparus. Il en existe des centaines de catégories et sous-catégories qui s'entrecroisent les unes avec les autres. Certains ne vivent que sur un obscur subreddit ou dans un groupe Facebook de niche, d'autres percent plus largement sur Twitter, mais rarement pour longtemps.

À force de muter et de s'auto-référencer, beaucoup de mèmes sont incompréhensibles par quiconque ne baigne pas dans leur culture. À cela s'ajoutent la fraîcheur et la nouveauté entretenues par un turnover très rapide.

Cette évolution a ringardisé les mèmes aussi simplistes que Grumpy Cat, qui paraissent désormais très désuets et rappellent l'époque où l'on parlait de lolcats. Au contraire des êtres humains, c'est la consanguinité qui maintient la vivacité d'un mème: ceux qui restent simples vieillissent et meurent, incapables de se réinventer.

Les mèmes ont neuf vies

Mais tout n'est pas perdu pour Grumpy Cat, car l'humour basique peut connaître une seconde vie. Et le meilleur exemple est encore une fois Garfield. En plus de détester les lundis et d'aimer les lasagnes, le chat orange est l'un des personnages préférés d'internet.

Pour le coup, ses mèmes n'ont rien de ringard, au contraire. Les internautes se sont réapproprié Garfield, le détachant de ses comics d'origine et le transformant en personnages de shitpost tout ce qu'il y a de plus actuel. Pour preuve, je défie quiconque qui n'a pas été biberonné à la culture mème de comprendre une seule des images postées sur les pages Facebook, Instagram ou Tumblr dédiées au personnage. Avec un peu de chance, Grumpy Cat connaîtra le même destin.

Barthélemy Dont

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