Sciences / Économie

Défiez la gravité en vous offrant un vol habité

Temps de lecture : 7 min

Le tourisme spatial est balbutiant mais il devrait bientôt exister. Si vous êtes (très) riche, en bonne santé et que vous n'avez pas peur de vieillir, c'est le moment de vous envoyer en l'air.

L'offre qui se dessine pour se payer un vol dans l'espace ira de 250.000 dollars (environ 224.000 euros) à plus de 80 millions de dollars (quasi 72.000 millions d'euros). | Yuri_B via Pixabay
L'offre qui se dessine pour se payer un vol dans l'espace ira de 250.000 dollars (environ 224.000 euros) à plus de 80 millions de dollars (quasi 72.000 millions d'euros). | Yuri_B via Pixabay

À l’occasion du «Big Bang», Festival de l'air et de l'espace de Saint-Médard-en-Jalles, Francis Rocard, astrophysicien, responsable des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (Cnes), livre quelques conseils pour aller voyager dans l’espace.

Depuis le temps que, prenant le relais de la Nasa, Jeff Bezos et Elon Musk nous vendent du rêve, on avait presque oublié qu’ils étaient avant tout des tour operators. Il est donc temps de faire le tour des vacances de rêve spatial. L’avenir du tourisme spatial paraît «plutôt serein pour ce qui concerne la haute atmosphère. En revanche, il me semble encore peu probable pour les stations orbitales, encore moins vers la Lune ou Mars», explique le responsable des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales. Qui détaille les différents types de séjours accessibles (tout est relatif) aujourd’hui: Airbus zéro G, «ballon» entre 30 et 40 kilomètres au-dessus de la Terre, saut de puce dans l’espace (aux alentours de 100 kilomètres), station orbitale.

1. Le plus accessible: zéro G

Il n’est pas besoin d’aller très haut pour éprouver la sensation de l’apesanteur. Il suffit de réserver un vol en zéro G. «Des Airbus basés à Bordeaux effectuent des voyages en zéro G, avec des paraboles de 22 secondes, où vous êtes en apesanteur. Durant ces vols, il y a trente-et-une paraboles, ce qui représente donc 5 minutes d’apesanteur.» Il s’agit plutôt d’un «outil de travail», réservé à la profession, mais quelques tickets sont vendus aux particuliers. Coût: 6.000 euros.

Il y a quelques vols par an, la liste d’attente est donc assez longue... On peut réserver en ligne son vol chez Air ZéroG, filiale du Cnes. Le touriste zéro G devra passer une visite médicale préalable obligatoire. La société donne les coordonnées de médecins aéronautiques agréés.

Francis Rocard a testé un de ces vols. Mieux vaut «se shooter à la scopolamine pour ne pas vomir», conseille-t-il. Mais l’expérience en vol est vraiment extraordinaire. Et promet un souvenir inoubliable. À la sortie, on a «la bouche pâteuse et on est un peu dans le cirage». Par prudence, on évitera de s’amuser, au risque de se faire (vraiment) très mal en tombant. «C’est un avion Airbus: on a la sensation de l’apesanteur mais pas la vision de la haute altitude.»

2. Le plus Jules Verne: 5 heures en ballon

Plusieurs sociétés prévoient d’expédier des capsules pressurisées, tractées par des... ballons à l’hélium, dans la stratosphère, entre 30 et 45 kilomètres de haut. Là encore, il suffira d’une visite médicale afin de vérifier que vous n’avez pas de problèmes cardiaques, mais c’est à peu près tout. La montée se fait doucement puis, lorsque la capsule est lâchée, l'équipage éprouve une sensation d’apesanteur jusqu’à ouverture du parachute. «C’est assez équivalent à un vol en zéro G mais vous volez pendant 5 minutes.»

À cette hauteur, «le ciel noir est noir et on commence à voir la rotondité de la Terre» ce qui, en soi, justifie le déplacement. Ces voyages s’adressent à un public «relativement argenté». Ainsi, Bloon (Zero 2 Infinity) entend facturer environ 110.000 euros le voyage pour vous envoyer à 36 kilomètres d’altitude. À Tucson, World View commercialisera ses vols un peu moins cher (entre 50.000 et 75.000 euros) mais il faudra se contenter d'une altitude de 30 kilomètres «seulement».

Visant le même créneau, Car Space Expedition, «a fait faillite. On voit que ce n’est pas gagné pour le moment...» Prévoir un plan B dans le Périgord.

Capsule. | World View

3. Les plus hype: Virgin Galactics et Blue Origin

On monte d’un cran dans la stratosphère et le portefeuille. «Avec les petites fusées sondes, on montera jusqu’à environ 100 kilomètres d’altitude, avant de rester environ 5 minutes en apesanteur. Là, c’est le fun total. Puis on redescend en chute libre.»

Virgin Galactics a ouvert la commercialisation de son Spaceship en 2014 et les 800 places ont été rapidement réservées, par des stars comme Lady Gaga ou Leonardo DiCaprio. Le prix est de 250.000 dollars à peine (soit 224.000 euros). Malheureusement, un accident en octobre cette même année a fait «un mort et un blessé grave. Un autre test est attendu. À mon avis, ça va se faire. Ce n’est pas très onéreux et il y a marché.» Huit places seront disponibles dans chaque vol. «En comptant les deux pilotes, il reste six places par vol.» Les départs s’effectueront depuis Spaceport America (Nouveau-Mexique), le premier port spatial commercial spécialement conçu à cet effet. En février, un nouveau vol préparatoire a été mené avec à son bord Beth Moses, première femme astronaute à voyager dans l’espace dans le cadre d’un vol commercial.

Portée par Jeff Bezos, Blue Origin développe un concept similaire. Sa petite fusée New Shepard devrait monter entre 100 et 150 kilomètres d’altitude, avant de redescendre en chute libre. «Elle sera d’abord portée par un avion avant d’être lâchée. C’est ce qu’on appelle un vol balistique.» Là aussi, une capsule de six places est prévue, avec un ticket d’entrée à 300.000 dollars. «Jeff Bezos est plus prudent qu’Elon Musk dans ses annonces. On ne sait pas si c’est prévu pour cette année ou celle qui suit.» Pour ce type de vols, «il y a une demande réelle». Mais il ne suffit pas forcément de payer pour boire le champage au plus haut. «On sait que Madonna a été refoulée pour un vol touristique sur un Soyouz russe mais on ignore pourquoi. Des raisons médicales peut-être?»

4. Le plus surbooké: l'ISS

À l’étage vraiment supérieur, on peut essayer de se payer une semaine en orbite en station spatiale internationale. À condition de pouvoir y aller. Les seuls vols disponibles sont ceux en Soyouz et «il n’y a plus de place car les États-Unis achètent tous les vols disponibles aux Russes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le vol, vendu initialement à 20 millions de dollars, est aujourd’hui cédé 80 millions [pas loin de 72 millions d'euros], soit le quadruple».

Pardon?

«20 ou 80 millions de dollars, ça peut vous sembler faramineux mais, dans le spatial, tout est cher.»

Euh, pardon, pardon: les Russes ont le monopole du voyage vers l’ISS?

«Depuis l’explosion de la navette Columbia en 2003, le Congrès n’autorise plus la Nasa à lancer des vols habités. Ils achètent donc des places aux Russes...» Évidemment, c’est un peu humiliant mais dans l’espace, personne ne vous entend grogner. «Pour les Russes, c’est une commercialisation très intéressante. Le Soyouz est presque le même modèle que celui qui a envoyé Gagarine dans l’espace. Il ne reste que les coûts marginaux, les autres étant largement amortis. C’est en fait plutôt bon marché.»

Il vous manque 20 millions? Aucun regret. «Il n’y a aucun vol pour touristes prévu pour le moment.»

5. Le plus lunaire: Starship

Dernière étape du voyage: le tourisme en orbite lunaire. C’est le projet d’Elon Musk, baptisé Starship (anciennement Big Falcon Rocket ou Big Fucking’ Rocket pour les initié·es). Composée de trois parties (premier étage Super Heavy, véhicule spatial Starship équipé de son module d’insertion lunaire), la fusée est en phase de développement, pour un coût estimé entre 2 et 10 milliards de dollars. «Elle n’est pas encore construite et il semble y avoir pas mal d’aléas.» Néanmoins, les premiers passagers sont connus. Au moins un en tout cas: le milliardaire japonais, Yusaku Maezawa, «a acheté tous les billets disponibles à un prix non dévoilé. Il va sans doute inviter ses copains.»

Ou plutôt des artistes, ainsi qu’il l’a annoncé. En se demandant ce qui se serait passé si Coco Chanel, Pablo Picasso ou Jean-Michel Basquiat avaient pu voir la Lune de près... Mais depuis on a appris que Maezawa était fauché

Si vous connaissez un·e milliardaire japonais·e (solvable), il vous faudra, le détail a son importance, accepter de vieillir. «Avec les radiations, on s’expose à un vieillissement accéléré. D'autant plus pour les jeunes car les effets se mesurent durant trente à quarante ans. Un bébé y serait donc bien plus sensibles qu’un quinquagénaire. Trente ans après son vol, il serait âgé de 80 ans. Mais tout le monde n’est pas égal devant les radiations, certains réparent mieux leur ADN que d’autres...»

«La demande est modeste mais elle existe –de même que des touristes qui ont les moyens pour se payer de tels voyages.»

Francis Rocard, astrophysicien

Une étude du National Reseach Council US (Pathways to Exploration) recommande d’ailleurs de faire voler des hommes de 50 ans. Et les femmes? «Le rapport du NRC affirme qu’elles sont 1,7 fois plus sensibles que les hommes aux radiations –solaires ou galactiques. Et plus susceptibles de développer un cancer du sein. C’est pourquoi le groupe de travail recommande de faire voler des hommes plutôt âgés.»

Ballon, fusée sonde, orbite lunaire...: quel est l’avenir de tels vols commerciaux? S’agissant de la haute atmosphère et au-dessus, Francis Rocard est plutôt optimiste. «Néanmoins la question de leur pérennité se posera le jour où il y aura le premier accident mortel avec des touristes. À ce moment-là, l’administration des États-Unis renforcera les règles de sécurité. Les prix de vente augmenteront en conséquence, ce qui imposera sans doute de revoir le business plan. Mais je crois à l’avenir de ce tourisme relativement «low cost». La demande est modeste mais elle existe –de même que des touristes qui peuvent se payer de tels voyages.» Et le tourisme lunaire? «Je suis moins optimiste. Cela pourrait peut-être concerner quelques touristes très riches, mais inutile de rêver à du tourisme de masse.»

Si vous avez des économies et passé les tests médicaux, vous ne devriez plus avoir longtemps à attendre. Les vols de Blue Origin et SpaceShipTwo sont attendus fin 2019 ou en 2020. Celui de Starship pas avant 2023. Vous pouvez aussi attendre (longtemps) les vols vers Mars. Ou retourner, comme chaque été, à Palavas-les-Flots.

Jean-Marc Proust Journaliste

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