Culture

Les chansons pop sont de plus en plus tristes, et ce n'est pas un hasard

Temps de lecture : 2 min

Deux études révèlent que les sentiment de tristesse, de colère ou de peur prédominent désormais dans les titres à succès.

Le ton de la musique est moins joyeux depuis 1985 mais, paradoxalement, les chansons deviennent de plus en plus entraînantes. | Capture d'écran via YouTube

 
Le ton de la musique est moins joyeux depuis 1985 mais, paradoxalement, les chansons deviennent de plus en plus entraînantes. | Capture d'écran via YouTube  

D’après un récent rapport sur l’état émotionnel des êtres humains, nous n’avons jamais été aussi tristes, fatalistes et en colère. Une déprime générale qui se ressent dans nos chansons. «Someone like you» d’Adèle, «Back to black» d’Amy Winehouse ou «Summertime Sadness» de Lana Del Rey... de nombreux succès pop de ces dernières années sont des chansons tristes, à fort potentiel dépressif.

Étonné par le succès de ces titres larmoyants, Lior Shamir, chercheur à l'université de Lawrence, dans le Michigan aux États-Unis, a étudié les paroles de 6.150 chansons classées au Billboard Hot 100, le Top 50 américain, de 1951 à 2016. Il les a ensuite transmises à un logiciel formé pour identifier les marqueurs linguistiques de différents états émotionnels et traits de personnalité comme la tristesse, la peur, le dégoût, la joie ou l'extraversion.

Comme le relève un article de la BBC, signé David Robson, le logiciel a correctement identifié que l'émotion dominante dans le succès de Bonnie Tyler, «Total Eclipse of the Heart», par exemple, était la tristesse, que pour «YMCA» des Village People, c'était la joie, tandis que «We Will Rock You» de Queen était clairement un titre appelant à l'extraversion.

Grâce à cette méthode, Lior Shamir a observé que les expressions de colère et de dégoût dans les chansons pop ont environ doublé au cours de ces soixante-cinq dernières années. De même pour la peur. La tristesse, quant à elle, est restée stable jusqu'aux années 1980, puis a régulièrement augmenté jusqu'au début des années 2010, tandis que les chansons sur la joie, la confiance, l’amour ou l’ouverture aux autres ont petit à petit décliné.

«On observe un changement très clair, les paroles deviennent plus colériques, plus craintives, plus tristes et moins joyeuses. Il y a des différences très importantes entre les paroles de la fin des années 1950 et celles de 2015 et 2016», assure Lio Shamir qui fait référence à des chansons comme «All Shook Up» d'Elvis Presley ou «Long Tall Sally» de Little Richard, deux grands succès commerciaux et critiques dont la tonalité majeure est la joie.

Les chansons reflètent la société

Du côté des hits récents, ce sont en revanche la peur, la colère et la tristesse qui prédominent, avec des titres comme «Bad Blood» de Taylor Swift, «Wrecking Ball» de Miley Cyrus et «Sorry» de Justin Bieber, tous parmi les plus grands succès de ces six dernières années. Des résultats confirmés par l’étude de la scientifique Natalia Komarova. Tandis que Lior Shamir fondait ses recherches sur les paroles des chansons, Natalia Komarova et son équipe se sont concentrées sur les caractéristiques rythmiques des morceaux.

En parcourant un demi-million de titres parus au Royaume-Uni entre 1985 et 2015, elles ont constaté que le ton de la musique était moins joyeux depuis 1985 mais que, paradoxalement, les chansons devenaient de plus en plus entraînantes. Alors que les chansons sont de plus en plus négatives, l’envie de danser, mesurée selon les caractéristiques du rythme, augmente. Natalia Komarova cite en exemple les albums Lemonade de Beyoncé et le Pop 2 de Charlie XCX, emplis de morceaux sombres mais dansants.

Si Lior Shamir comme Natalia Komarova restent prudents sur les raisons de cette vague de pop triste, pour Mike Batt, producteur de disques, chanteur et auteur-compositeur, les causes sont principalement sociales. «Les chansons ont tendance, délibérément ou non, à tenir un miroir face à la société, ou sont au moins affectées par ce qui se passe dans le monde, explique-t-il. La génération des médias sociaux subit quotidiennement un stress énorme. Les agressions politiques et les tensions religieuses et raciales ne sont pas plus fortes aujourd'hui qu'elles ne l'ont toujours été, mais elles sont jetées plus souvent et plus directement au visage des gens. Cela se reflète forcément dans nos chansons.»

Évidemment, si la tendance est à la pop morose, il subsiste de nombreuses exceptions, à l’image des titres «Diamonds» de Rihanna, «Uptown Funk» de Bruno Mars ou encore «Happy» de Pharrell Williams.

Slate.fr

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