La deuxième mort des rentiers
Qui paiera la note de la crise? Les épargnants... et les jeunes.
- Investisseur devant le tableau électronique d'un courtier Shanghai / Reuters -
Le XXème siècle - ou plus exactement sa première moitié- a coûté cher aux rentiers, ruinés par l'inflation pendant les deux guerres mondiales et les troubles économiques qui les ont suivies (pour faire court, les lendemains de la seconde guerre mondiale n'ayant rien de commun avec ceux de la première). Mais la nation peut leur en être reconnaissante : ils ont largement contribué à financer la forte croissance de la seconde moitié du siècle.
La même histoire peut elle se répéter au début du XXIème ? Certains commencent à le craindre... ou à l'espérer. Interrogé le 4 mars lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes économiques et financiers sur la question de savoir qui allait payer la note de la crise et des plans de relance, François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'économie de Paris et ancien chef économiste de la Banque mondiale, a répondu en substance : si ce n'est pas l'inflation, l'ajustement sera très long et c'est la population au travail qui en supportera le coût.
Le rythme auquel les lois de finances rectificatives se succèdent dans l'Hexagone, avec des chiffres croissants de déficit et de dette, illustre bien l'ampleur du problème. Encore faut-il souligner que la France ne fait pas partie des pays qui se distinguent le plus par l'ampleur de leurs plans de relance. En moyenne, estime le Fonds monétaire international (FMI), les soldes budgétaires des pays avancés membres du G20 devraient se détériorer de 6 points de pourcentage sur les deux années 2008-2009 et le ratio dette publique sur PIB (Produit Intérieur Brut) devrait augmenter de 14,5 points, l'essentiel de la détérioration devant se produire cette année. Et les déficits budgétaires mettront ensuite du temps à se résorber. En 2014, le rapport dette publique sur PIB de ces pays devrait dépasser de près de 25 points celui qui était enregistré à la fin de 2007.
Bref, la remise à flot de l'économie mondiale coûtera cher, mais il serait encore plus dangereux de ne rien faire. Toute la question est de savoir comment ensuite sera supporté le fardeau de la dette. Alors que le danger le plus menaçant à court terme reste celui de la déflation, des économistes sont de plus en plus nombreux à prévoir un retour de l'inflation, ce qui ne manque pas d'irriter certains de leurs confrères, à commencer par Patrick Artus. Le directeur des études économiques de Natixis remarque, avec raison, que l'inflation ne se décrète pas. Les politiques monétaires expansionnistes ne peuvent la provoquer que si elles réussissent à entraînent une nette reprise du crédit et si des tensions apparaissent au niveau mondial sur les capacités de production et l'emploi. Dans le contexte économique des prochaines années, une telle résurgence paraît peu probable. Si, sous la pression des gouvernements, les banques centrales continuaient à mener des politiques monétaires très accommodantes, elles risqueraient en fait de favoriser la formation de nouvelles bulles sur le prix de certains actifs.
Admettons que l'inflation ne soit pas en théorie pure l'hypothèse la plus probable, il n'empêche qu'elle peut apparaître comme la solution la plus souhaitable. Car quel est l'autre terme de l'alternative ? Une croissance contrainte par les nécessités du désendettement et l'effort d'épargne de tous les acteurs économiques, cet effort pouvant le cas échéant être imposé (dans tous les sens du terme) par une hausse de la fiscalité. La conséquence inévitable en serait un chômage toujours élevé et des difficultés d'insertion sur le marché du travail pour les jeunes.
Cruel dilemme pour nos dirigeants. Ainsi que le résume François Bourguignon, « c'est la génération actuelle qui paiera si c'est l'inflation, ce sera la génération future si les gouvernements honorent leurs créances ». Soyons sûrs que la question ne sera jamais posée publiquement en des termes aussi crus. En apparence, le débat sera purement technique. Mais nos dirigeants auront-ils le choix ? Si les Etats-Unis optent pour la première solution -ce qui ne serait pas vraiment surprenant-, Jean-Claude Trichet et son successeur à la tête de la BCE à partir de novembre 2011 risquent d'avoir beaucoup de mal à maintenir le cap de la stabilité des prix. Et les épargnants pourraient connaître des jours encore plus difficiles. Pour l'éviter, qui osera recommander alors de faire payer les jeunes générations ?
Gérard Horny
Mis à jour le 12/03/2009 à 7h08








































Tous ces bons économistes ne nous expliquent toujours pas par quoi sera remplacé l'endettement des américains qui jusqu'à maintenant entretenait la croissance mondiale. C'est pourtant la seule question qui vaille. Tous semblent penser que nous allons "serrer les fesses" puis que tout reviendra comme avant et que la croissance retrouvée permettra de financer les dettes. Mais on peut très bien être partis pour 10 ans de stagnation comme au Japon il y a pas si longtemps. Mais le Japon pouvait s'appuyer sur le reste du monde qui était alors en croissance. Il vaut quand même mieux se préparer à cela qu'à une dépression passagère. Et alors c'est plutôt de déflation que nous devons nous méfier.
Pour ce qui est des rentiers, je signale à M. Horny que, en attendant l'inflation, l'indice du coût de la construction a augmenté en France de plus de 10% dans la dernière année et que de très nombreux baux qui alimentent les rentiers et qui indexent les loyers sur cet indice augmentent actuellement au rythme de 10% par an. Nous n'allons donc pas vraiment plaindre les rentiers.
Finalement, la génération des baby-boomers aura été le fléau de l'Occident (et non pas la "génération élue" comme elle le pense).
Avec une révolution sexuelle des années 70 et un féminisme qui a coupé la natalité de moitié, cette génération a mal assuré ses arrières, à savoir, des enfants pour payer les retraites.
Sachant que cette génération d'après-guerre a tout eu, tout pris et tout gardé, elle a inventé des services sociaux généreux à crédit, un état providence sur le dos des autres (à venir ou étrangers) et s'est imaginée une retraite par la spéculation et l'arnachage éhonté des pays émergents, par la mondialisation.
Et maintenant que le montage financier s'est révélé instable et s'est écroulé, voila que ces mêmes baby-boomers tirent encore la couverture à eux, avec cette arrogance qui ne se justifie que par le nombre de leurs représentants dans les sphères des décideurs.
Et à qui sera refilée la facture de leur "bien-être" et "fin de vie"? A ceux qu'ils ont toujours méprisé: les jeunes et les étrangers des pays émergents.
A moins que ceux-là ne les laissent pas faire. Ce qui pourrait arriver plus vite et violemment que les élus le croient.
En cas de retour de l'inflation dans quelques années (scénario hautement probable pour résorber la dette), et avec la crise actuelle, les détenteurs d'actions et obligation paieront les pots cassés. Les personnes agées ayant une retraite par capitalisation seront sacrifitées Les biens immobiliers en revanche échappent en partie à l'inflation, et même si leur rentabilité instantanée va baisser, la valeur propre des actifs montera au même rythme que l'inflation, voire plus car il s'agit d'une valeur refuge.