Parents & enfants

Depuis l'introduction du congé paternité, les Espagnols veulent moins d'enfants

Temps de lecture : 2 min

Les femmes espagnoles, elles, semblent plus enclines à fonder des familles nombreuses.

Si c'est une coïncidence, elle est troublante | conorwithonen via Flickr CC License by

C'est en 2007 que le gouvernement espagnol a introduit le congé paternité, avec deux semaines garanties sans perte de salaire. La mesure a connu un certain succès, puisque dès l'année qui a suivi, 55% des hommes concernés ont pris la totalité du congé en question. Depuis, la durée maximale autorisée est progressivement passée de 2 à 5 semaines, et ce n'est qu'un début: comme l'explique El Pais, elle sera de 16 semaines en 2021.

Les économistes ont évidemment étudié les conséquences éventuelles de l'introduction du congé paternité en Espagne. Quartz, qui s'intéresse au sujet, dresse un premier bilan plutôt rassurant. Non seulement les premiers hommes ayant pu bénéficier de ce congé ont continué à s'impliquer davantage dans la prise en charge et l'éducation de leur enfant que les pères d'avant 2007, mais en plus, le nombre de jeunes mères ayant renoué avec le monde professionnel a augmenté.

Depuis 2007, d'autres éléments ont changé. D'après les économistes Lídia Farré (Université de Barcelone) et Libertad González (Université de Pompeu Fabra), dans les familles ayant pu profiter du congé paternité, le désir d'avoir un nouvel enfant se fait moins fort. Plus précisément, deux ans après la naissance du dernier enfant en date, la probabilité d'avoir un autre enfant était de 7 à 15% plus faible chez les parents ayant pris le congé que chez ceux qui, ayant eu un enfant juste avant l'adoption de la loi, n'avaient pas pu y prétendre. L'étude précise que si la différence tend à s'estomper avec le temps, elle reste bel et bien observable y compris six ans après la dernière naissance.

Pour expliquer ces résultats, Lídia Farré et Libertad González se basent sur les résultats de statistiques sur le désir d'enfant, établies entre 2001 et 2010. Si les chiffres n'ont pas cessé de baisser chez les hommes, ils ont connu un rebond chez les femmes aux alentours de 2006, ce qui semble coïncider avec le lancement du congé paternité.

Moyenne du nombre d'enfants désirés par adulte (21 à 40 ans) en Espagne - la flèche indique l'introduction du congé paternité

La raison pour laquelle les courbes se croisent ainsi serait relativement simple: moins débordées au sein de leur foyer, certaines femmes auraient par conséquent envie d'une famille plus fournie, tandis que certains hommes, plus conscients que précédemment de la charge que représente un enfant, auraient plutôt envie de lever le pied.

Ça bouge

Quartz fait aussi remarquer que le pourcentage de pères prenant un congé parental est de plus en plus élevé, à tel point qu'il se rapproche fortement du chiffre concernant les mères.

Taux de parents prenant un congé parental en Espagne - la flèche indique l'introduction du congé paternité

Pour autant, les deux autrices de l'étude (publiée dans le Journal of Public Economics) tiennent à rester prudentes, rappelant la différence entre corrélation et causalité. Si les courbes correspondant au désir d'enfant n'ont pas évolué de la même façon depuis l'adoption du congé paternité, rien ne vient prouver que cette mesure en soit la principale responsable. La crise financière qui a secoué l'Espagne vers 2008 peut par exemple avoir influé sur les décisions des Espagnol·es. L'économiste David Evans rappelle quant à lui le profil singulier du pays, où les hommes ont longtemps voulu plus d'enfants que les femmes, «ce qui n'est pas le cas dans un grand nombre de pays européens». Il devient donc fondamental d'étudier si des phénomènes similaires se produisent dans d'autres pays. Et de ne pas se limiter aux couples hétérosexuels.

Slate.fr

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