Santé / Société

Il ne reste que quatre studios porno gays américains fidèles aux préservatifs

Temps de lecture : 4 min

L'industrie porno gay californienne est toujours en retard d'un train.

L'absence de capote ne semble pas changer grand-chose au contenu pornographique de ces grands studios. | Charles via Unsplash
L'absence de capote ne semble pas changer grand-chose au contenu pornographique de ces grands studios. | Charles via Unsplash

Dans une industrie porno gay américaine toujours plus morcelée par l'influence des petits studios novateurs, les grands studios classiques ont désormais fusionné dans un super groupe qui rassemble Falcon Studios, Raging Stallion, Hot House et Naked Sword. Au début des années 2000, ces studios ont traversé le débat traumatisant sur le bareback (le fait d'avoir des rapports sexuels non protégés) en produisant leurs meilleurs films safe. La première décennie du XXIe siècle a été celle de leur apogée, avant que le marché du porno évolue et grignote leur influence.

Aujourd'hui, les acteurs de ces studios ont perdu leur hégémonie sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Tumblr, symboles d'un public moins fidèle qui demande toujours plus de nouveaux visages, plus proches de la réalité. Le look formaté de ces acteurs n'est plus forcément à la mode, bousculé par la multitude de nouvelles stars, plus jeunes, qui trustent le site OnlyFans.

Surtout, en 2019, le bareback a perdu une grande partie de sa signification contestataire. Le sans-capote est encouragé par les avancées médicales sur le VIH telles que le traitement comme prévention (TasP) et la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Le 3 mai, les résultats complets de l'étude européenne Partner2 ont montré que les hommes séropositifs sous traitement ne contaminent pas leurs partenaires séronégatifs. En prenant bien leurs traitements, les personnes séropositives ont une charge virale indétectable, ce qui les empêche de transmettre le virus du VIH. Et depuis quelques années, les programmes d'accès à la PrEP se multiplient, offrant ainsi aux personnes séronégatives la possibilité de se protéger lors de rapports à risque.

Le sans-capote est devenu la règle

Résultat: l'écrasante majorité des scènes avec et pour les jeunes (on les appelle les Twinkies) ne sont plus protégées. GayRoom est le seul studio qui s'adresse à eux et qui reste fidèle à la capote. Le dernier venu des studios ethniquement mixtes, Noir Male, est aussi protégé. Avec Men.com et Pride Studios, cela fait quatre studios où il y a toujours des préservatifs. Les films transgenres gardent aussi une orthodoxie de la capote, conséquence d'années de prise de conscience et de militantisme. Au mieux, on pourrait ajouter Titan et Colt qui restent safe, mais ces studios sont pratiquement en sommeil car ils ne produisent presque plus de nouveaux films.

Alors, si le sans-capote s'est généralisé, pourquoi les grands studios américains n'ont pas communiqué sur leur changement de position? Contacté à plusieurs reprises pour cet article, le service de presse du conglomérat Falcon / Hot House / Raging Stallion / Naked Sword n'a pas répondu à cette question. Il n'y a pas eu de communiqué de presse ni de déclaration pour expliquer leur motivation. La seule explication du studio a été recueillie par le blog Str8UpGayPorn à l'occasion du tournage du premier film bareback de Raging Stallion, Raw Power. Et elle fut laconique: «Nous n'avons pas défini le programme ou la fréquence du bareback chez Raging Stallion, mais ce sera notre introduction dans la production sans capote de la marque Raging Stallion.» Au mois de septembre 2018, ce fut au tour de Falcon et Hot House de sortir leur premier film non protégé, Exposed.

Un basculement fait en douce

En fait, ces studios ont progressivement glissé vers le bareback au milieu de l'année dernière comme s'ils voulaient tester leur nouvelle orientation sans faire de vagues. Du côté de Hot House, la production de films a été mise en suspens pendant plusieurs mois, signe que les affaires ne vont pas très bien. Le motif caché de ce profil bas réside dans l'idée qu'il ne faut pas envoyer le mauvais message. C'est-à-dire: le sida est oublié, faites ce que vous voulez. Le rationnel scientifique de la réduction des risques chez les gays existe pourtant, il suffisait de l'assumer et d'en faire un outil de promotion des nouvelles règles de la prévention.

Hélas, ce basculement vers le sans-capote survient tardivement pour une industrie mainstream gay qui a évolué trop tard, trop sournoisement. L'absence de capote ne semble pas changer grand-chose au contenu pornographique de ces grands studios. Ce sont les mêmes acteurs, avec le même déroulé prévisible, les mêmes positions sexuelles rabâchées. La seule chose qui change est que la capote n'est plus là. Ce qui aurait dû susciter de nouveaux jeux sexuels, ou tout simplement une nouvelle ambiance, ne s'est pas réalisé. Croyant s'adapter à la sexualité d'aujourd'hui, ou rattraper le temps perdu, les studios mastodontes californiens sont incapables de suivre le rythme soutenu et les performances sexuelles des studios européens comme TimTales –et ne parlons pas des orgies du studio afro-américain Breed It Raw et des innovations d'angle de vue de Harlem Hookups.

Sur la prévention, l'industrie porno gay californienne a finalement toujours été en retard d'un train. Il aura fallu attendre la fin des années 1980 pour qu'elle adopte complètement le préservatif: presque dix ans de retard après les premiers cas de sida. Dans les années 2000, elle a été la gardienne de l'orthodoxie du safe sex quand le studio Treasure Island Media (également basé à San Francisco) a créé le scandale avec des vidéos de contamination volontaire. Mais les grands studios ont évolué trop tard et son basculement vers le sans-capote ne lui a pas apporté de nouveau souffle. Ce sont désormais les petits studios indépendants qui font la mode. C'est un des rares domaines où les géants corporate se cassent la figure, ce qui, après tout, est une bonne nouvelle.

Reste le problème réel des IST et des hépatites, que seuls les dépistages réguliers peuvent déceler et traiter le plus rapidement possible. En France, le nombre des nouvelles contaminations demeure une question majeure. Ce niveau stable de l'épidémie, alors qu'elle décroît dans les pays voisins –comme le Royaume-Uni– nourrit une inquiétude pour les hommes fidèles à la capote, qui ont l'impression d'être de plus en plus cernés par une pratique non protégée désormais dominante.

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