Politique / Monde

Les femmes présidentes plus sévèrement jugées que leurs homologues masculins

Temps de lecture : 2 min

Les compétences des cheffes d'État sont inlassablement remises en cause.

La présidente de Géorgie, Salomé Zourabichvili, lors de son investiture le 16 décembre 2018. | Capture d'écran via Youtube
La présidente de Géorgie, Salomé Zourabichvili, lors de son investiture le 16 décembre 2018. | Capture d'écran via Youtube

De Salomé Zourabichvili en Géorgie à Kolinda Grabar-Kitarović en Croatie, en passant par Sahle-Work Zewde en Éthiopie ou Tsai Ing-wen à Taïwan, petit à petit, de plus en plus de pays élisent une femme pour cheffe d’État, même s'il faudra encore une bonne cinquantaine d'années avant une parité totale à l'échelle mondiale.

Mais, une fois élues, les ennuis commencent: ces présidentes doivent affronter des stéréotypes de genre particulièrement tenaces. «En moyenne, les dirigeantes entrent en fonction avec moins de soutien que les dirigeants masculins et leurs soutiens s'érodent plus rapidement. Le public peut retirer rapidement et fortement son appui aux femmes dirigeantes à la suite de l'échec des politiques en matière de sécurité et de corruption publique», confie Ryan Carlin, professeur agrégé de sciences politiques à l’université de Géorgie aux États-Unis, auteur d’un rapport sur le sujet.

Son étude a examiné les données, provenant d'instituts de sondage publics et privés, de dix-huit démocraties d'Amérique latine et d'Asie de l'Est, entre 1992 et 2016. Les pays ayant eu des premières ministres ou des chancelières de sexe féminin, comme le Royaume-Uni et les pays scandinaves, n'ont pas été pris en compte dans l'étude.

«En mesurant la popularité des responsables politiques dans ces pays, nous avons réalisé que les présidentes étaient moins populaires et jugées plus sévèrement que leurs homologues masculins, en partie à cause des stéréotypes sexistes de longue date qui prévalaient dans toutes les cultures», explique Ryan Carlin qui souligne qu’un leadership politique efficace est généralement associé à l'agressivité, à l'ambition, à la force, à l'autosuffisance, à la confiance en soi.

Des qualités généralement attribuées aux hommes. «La plupart des gens associent les femmes à des vertus telles que l'affection, la compassion, la gentillesse, l'obligeance et la douceur, note-t-il. Ces stéréotypes sexistes sont remarquablement répandus et durables et donnent à beaucoup l'impression que les femmes présidentes n'ont pas les qualités de leadership requises.»

Jugées moins compétentes

Les stéréotypes sexistes alimentent un scepticisme supplémentaire: les femmes sont soumises à un examen plus attentif et à des exigences plus strictes que leurs collègues masculins. «Elles doivent surpasser les hommes pour être considérées comme aussi compétentes», assure Ryan Carlin. De quoi donner raison à Françoise Giroud qui affirmait que «la femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente».

Ainsi, leurs facultés de présidentes sont remises en cause. «Le succès des femmes dans des rôles de gestion est plus souvent attribué à la chance ou à l'effort qu'à la capacité. Pourtant, leurs échecs tendent à être attribués à un manque de compétences. Pour les hommes, la logique est inversée, explique Ryan Carlin. Quand les hommes réussissent, on l'attribue à leurs capacités, mais quand ils échouent, c'est la malchance ou le manque d'efforts.» Une logique qui se vérifie déjà sur les bancs de l’école où les petites filles sont saluées pour leur concentration et leur travail tandis qu’on loue l’intelligence ou les capacités des petits garçons.

Si les femmes présidentes sont en première ligne, ces stéréotypes genrés touchent toutes les élues ou militantes politiques. En plus d’une délégitimation institutionnalisée, les femmes politiques luttent en permanence contre un sexisme ordinaire, des insultes sexistes subies au sein même des lieux de démocratie, aux critiques sur la voix ou le style vestimentaire, en passant par l'usage infantilisant de leurs prénoms.

Slate.fr

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