Monde

Les ânes africains sont massacrés pour fournir la médecine traditionnelle chinoise

Temps de lecture : 2 min

La mixture obtenue à partie de la peau de ces animaux est un ingrédient très utilisé.

Environ 4 millions de peaux d'ânes sont nécessaires chaque année pour produire suffisamment d'ejiao pour le marché chinois. | Tim Mossholder via Unsplash
Environ 4 millions de peaux d'ânes sont nécessaires chaque année pour produire suffisamment d'ejiao pour le marché chinois. | Tim Mossholder via Unsplash

Après les tigres traqués pour leurs os aux vertus supposément aphrodisiaques et les rhinocéros mutilés en raison de leur corne qui soignerait le cancer, c'est au tour des ânes de voir leur population menacée par les croyances de la médecine traditionnelle chinoise.

Des milliers de spécimens sont massacrés à travers le monde pour subvenir à la demande en ejiao, une mixture obtenue à partir de la peau de ces équidés, utilisée en médecine traditionnelle chinoise pour traiter l'anémie, les problèmes de reproduction et l'insomnie. Également employé dans des cosmétiques, l'ejiao est un marché à plusieurs millions de dollars.

Pour obtenir l'ejiao, il faut faire bouillir la peau des ânes pour en extraire la gélatine, substance principale de ce remède, dont l'efficacité n'est pas prouvée. Selon un rapport publié en 2016 par l'agence de presse publique chinoise Xinhua, environ quatre millions de peaux d'ânes sont nécessaires chaque année pour produire suffisamment d'ejiao pour le marché chinois. La Chine, dont la population d'ânes ne dépasse pas les deux millions de bêtes, se tourne donc vers des pays en développement en Afrique ou en Amérique du Sud, pour importer des peaux à bon prix.

L'abattage à échelle industrielle de ces mammifères préoccupe aujourd'hui de nombreuses associations de protection des animaux. «Le taux de déclin auquel nous assistons dans les populations d'ânes de certains pays africains est dramatique et insoutenable», déclare Geoffrey Dennis, directeur général de SPANA, une organisation caritative qui cherche à améliorer le bien-être des animaux de travail dans les communautés pauvres. Alors que le braconnage décime déjà la faune sauvage africaine, le commerce de peaux d'ânes est à l'origine de massacres sans précédent pour ces animaux domestiqués par les êtres humains il y a plus de 5.000 ans.

Des ravages en Afrique

Parmi les pays les plus touchés: le Burkina Faso, le Mali, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Kenya, le Nigeria, l'Afrique du Sud, la Tanzanie et le Botswana, où la population des équidés a chuté de 39%, passant de 229.000 animaux en 2014 à 142.000 en 2016, selon SPANA. Au Mali, environ 2.000 ânes sont vendus pour l'abattage chaque semaine dans les sept principaux marchés de bétail du pays.

Un chiffre affolant auquel il faut ajouter celui des ânes volés à leurs propriétaires. Au Kenya, 705 ânes ont été dérobés dans le comté de Kajiado, entre décembre 2016 et mars 2017, selon Brooke East Africa, association de défense des animaux. Des bêtes qui finissent souvent dans de petits abattoirs clandestins, où ils sont tués dans des conditions inhumaines. Un drame pour la faune, mais également pour l'économie régionale, puisque retirer leurs ânes aux populations locales peut gravement amoindrir leurs moyens de subsistance.

Face à la demande croissante de peaux, les associations et les autorités tentent d'endiguer le phénomène. L'association de protection des ânes Donkey Sanctuary, qui en décembre 2017 était parvenue à convaincre le géant du commerce en ligne eBay de cesser la vente d'ejiao, fait donc pression sur les gouvernements africains pour qu'ils appliquent les restrictions existantes sur le commerce de la peau.

Un travail de longue haleine qui commence à porter ses fruits puisqu'en 2017, le Botswana et la Tanzanie ont suivi l'exemple du Niger, qui interdit les exportations et restreint le commerce des peaux d'ânes depuis 2016.

Slate.fr

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