Société

«Les “je t'aime” sont devenus mécaniques»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Julia, qui réalise que ses sentiments pour le père de sa fille se sont émoussés.

«La libido est aux abonnées absentes et je peine à lui faire part de sentiments forts.» | Matthew G via Flickr
«La libido est aux abonnées absentes et je peine à lui faire part de sentiments forts.» | Matthew G via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je m'appelle Julia, je suis en couple depuis dix ans et j'ai un bébé qui n'a pas 2 ans.

Depuis un moment, une voire deux années, je me pose des questions de manière exponentielle sur mon couple et sa raison d'être. Les «je t'aime» sont devenus mécaniques, les caresses monotones, la libido est aux abonnées absentes et je peine à lui faire part de sentiments forts. J'ai mis ça sur le compte de ma grossesse, espérant peut-être donner une raison à un problème pas encore clairement identifié. Mais les mois passent et rien ne change, ni dans mon corps ni dans ma tête. Je fantasme de plus en plus sur des jeux de séduction avec des connaissance ou des inconnus, sur un retour vers ces moments où j'avais des papillons dans le ventre.

J'adore ma vie de famille, mais je n'arrive pas à faire face à une situation de couple devenue routine. Je n'arrive surtout pas à conclure sur la notion de phase: est-ce une phase ou bien suis-je arrivée à un moment ou je dois admettre que je dois laisser tomber au détriment de ma famille?

Je n'arrive peut-être pas à accepter une réalité qui, je sais, pourrais nuire à ma famille si j'admettais clairement cela auprès de mon conjoint.

Je ne cherche pas de réponse toute faite. Peut-être juste un peu de clarté.

Julia

Chère Julia,

Même en prenant votre mal en patience, vous sentez de plus en plus que quelque chose ne va plus dans votre modèle de vie. Je crois que vous devriez avoir cette discussion que vous semblez tant redouter avant d'être obligée de demander la rupture pure et simple. Soit vous avez encore au fond de vous du désir pour votre compagnon, soit vous n'en avez plus.

Si vous avez encore du désir pour lui, vous avez juste besoin de trouver l'interrupteur, c'est-à-dire le moment, le geste, la situation qui réveillera à nouveau ce désir. Si j'en crois votre message, cela pourrait impliquer d'autres personnes. Il n'y a aucune honte à ça et vous essayer au libertinage à deux pourrait très bien resserrer les liens. C'est juste une aventure dans laquelle il ne faut se lancer que parce qu'on en a vraiment envie, et où il ne faut pas hésiter à donner une large place au dialogue.

Si vous n'avez plus de désir pour ce compagnon de dix ans, je ne pense pas qu'il faille espérer que celui-ci se réveille de lui-même. C'est rarement le cas. Vous avez besoin de discuter avec votre compagnon pour découvrir quel est son sentiment à lui. Peut-être partage-t-il ce manque de désir et de tendresse? Peut-être a-t-il lui aussi envie et besoin d'autre chose?

Ce dont vous avez besoin en premier lieu, c'est d'établir un plan de bataille à partager avec votre compagnon. C'est un combat que vous allez mener à deux. Vous devez connaître la situation, l'accepter et réagir en conséquence. Dans chaque cas, plusieurs options se présenteront à vous. Mais vous devez savoir que le fait d'avoir un enfant avec cet homme et d'avoir partagé ces dix années ensemble vous donne une responsabilité: celle de composer avec ce compagnon. Et donc de dialoguer avec lui.

Si une rupture doit advenir, dialoguer en amont vous permettra de vous donner les meilleures chances pour l'avenir de réussir à coparenter en toute sérénité et dans le respect. Je crois au dialogue et je crois à l'honnêteté. Vos sentiments sont légitimes et méritent d'être entendus. Ceux de votre compagnon aussi. Quand vous aurez toutes les cartes en main, il sera bien temps de décider ensemble de quoi sera fait votre avenir. Ayez la certitude, en tout cas, que de nombreux schémas de couples et de familles existent hors de la norme.

Lucile Bellan Journaliste

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