Santé / Sciences

«Mon collègue a tout pour me plaire, mais je ne sais pratiquement rien à son sujet»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Mathilde, qui se sent attirée par un collègue au sein d'une entreprise où les relations sont strictement professionnelles.

«J'ai énormément d'admiration pour sa manière d'être et de travailler.» | Jörg Schubert via Flickr
«J'ai énormément d'admiration pour sa manière d'être et de travailler.» | Jörg Schubert via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je suis arrivée dans une nouvelle entreprise il y a quelques mois. Notre équipe est assez réduite, nous avons beaucoup à faire et l'ambiance est cordiale, mais surtout très studieuse et très professionnelle –pas de temps pour les conversations off, ni pour les «Tu fais quoi ce week-end?». Je ne sais presque rien de la vie de mes collègues, ce qui est parfois un peu déconcertant.

Je me suis faite à cette atmosphère (qui a évidemment ses avantages), mais pour moi qui suis plutôt d'une nature curieuse et très imaginative, tous ces silences prennent parfois des allures de grands mystères.

Je partage le bureau d'un collègue qui a tout pour me plaire, mais au sujet duquel je ne sais pratiquement rien. J'ai énormément d'admiration pour sa manière d'être et de travailler, je ne vois que ce que nous avons en commun et j'interprète tout ce qu'il dit ou fait à travers un biais de confirmation m'encourageant à croire qu'il est merveilleux et que oui, nous sommes faits pour nous entendre. Sauf que tout se passe dans ma tête et que j'ai du mal à faire la part des choses entre mes fantasmes et la réalité.

Je quitte très prochainement mon poste, mais nous serons encore amenés à travailler ensemble ponctuellement, à distance. Je ne sais pas si je dois tenter ma chance avant mon départ. Mais alors, je ne sais pas du tout comment.

Il est complètement inconcevable de lui proposer d'aller boire un verre: ce serait trop intrusif et assez déplacé, au vu du fonctionnement de notre entreprise que je décrivais plus haut.

Est-ce que je dois plutôt laisser faire le temps et voir comment tout ça évolue avec la distance? Est-ce qu'une fois que je ne le côtoierai plus quotidiennement, tout mon intérêt pour lui se dissipera?

Je suis plutôt partisane de ne rien forcer et de ne rien bouleverser: je pense que les gens qui doivent faire partie de ma vie arrivent d'eux-mêmes et restent sans avoir besoin de forcer le destin. Mais je ne voudrais pas non plus passer à côté d'une belle histoire –ou regretter d'être passive.

Qu'en pensez-vous?

Mathilde.

Chère Mathilde,

En plus de l'ambiance que vous avez pu sentir, vous devriez peut-être vous renseigner discrètement sur les règles tacites qui règnent dans l'entreprise en ce qui concerne les rapprochements entre employé·es. Peut-être y a t-il un précédent? Ou peut-être y a t-il eu des problèmes qui pourraient justifier cette froideur –en plus de la quantité de travail qui laisse peu de temps aux échanges personnels?

Pour ma part, j'exerce un métier très romantisé où il est notoire que les limites entre vie privée et vie professionnelle sont extrêmement faibles –d'où les débordements que l'on connaît désormais.

Je dois confesser avoir moi-même beaucoup de mal à établir ces limites et à les respecter. Je parle de tout sans filtre avec mes collègues, sur notre temps de travail et en dehors. Certain·es le font également en retour. C'est ce qui nous permet de supporter le stress et la pression, j'imagine. Mon univers est donc probablement à l'opposé du vôtre, avec les inconvénients que cela peut comporter.

Comment, alors, dépasser cette barrière mise en place dans votre entreprise dans le but de protéger le personnel?

Je suis convaincue que vous ne ferez rien de mal en respectant les règles simples du consentement et de la bienséance. À chaque étape ou prise de contact, n'excluez pas de rétropédaler si vous sentez un malaise chez votre collègue. Je pense qu'il faut y aller petit pas par petit pas.

Commencez peut-être par engager un tout petit peu plus la conversation, afin de créer une complicité entre vous. Peut-être pouvez-vous également essayer d'échanger de manière un tout petit peu plus personnelle, pourquoi pas en ligne, à des moments de la journée où votre charge de travail n'est pas la plus importante (au moment des pauses ou en fin de journée)?

Ouvrez le dialogue pour lui permettre à lui aussi de s'ouvrir. C'est le maximum que vous puissiez faire, je pense, sans dépasser les limites que vous vous fixez et celles de votre entreprise.

Je suis d'accord que vivre sur ce seul fantasme est confortable, mais également frustrant. Et je vous avoue qu'il me semble peu probable que quelque chose se développe tout seul avec la distance, sans avoir planté quelques graines dans ce sens auparavant.

À l'octobre 2015, un sondage OpinionWay révélait que 25% des salarié·es interrogé·es avaient déjà éprouvé des sentiments pour un·e collègue de travail. Ce chiffre rappelle que le lieu de travail, où nous passons beaucoup de temps, est un lieu de rencontre crucial. Rien n'est donc perdu. Ouvrez la porte, vous verrez bien si l'histoire s'écrit –ou non.

Lucile Bellan Journaliste

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