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JO: Lindsey Vonn sait aussi jouer du bikini

Hanna Rosin, mis à jour le 20.02.2010 à 13 h 29

Au moins, la championne olympique n'est pas une princesse des glaces en mini jupette.

On ne se risque pas trop à dire que la skieuse olympique Lindsey Vonn a accru son audience masculine grâce à sa présence appuyée dans le dernier numéro de Sport Illustrated sur les maillots de bain. [Mise à jour du 17 février: lors de sa première course des Jeux Olympiques d'hiver, Vonn a remporté la médaille d'or de la descente féminine].

Avec les 45 photos postées sur SI.com, Vonn offre un large éventail fantasmatique de maîtresse des neiges et joue les allumeuses à travers tous les poncifs du bikini: le bikini dans la neige, le bikini au lit, le bikini à côté d'une grosse machine vrombissant, le bikini (oups!) qui glisse, le bikini dans le sauna, les jambes légèrement écartées, etc... C'est épouvantable, vraiment, que le comportement de la mascotte de l'équipe olympique américaine, une femme qu'on allait bientôt comparer à Michael Phelps, s'apparente aux yeux du monde à celui d'un lapin Playboy. Ou c'est épouvantable tant qu'on ne pense pas à l'autre choix qu'a une femme aux J.O. D'hiver: un rôle de fée clochette dont le concept de séduction implique un costume à paillettes et du fard à paupières bleu.

Depuis plusieurs jeux d'hiver, les patineurs sont les chouchous des médias qui couvrent l'équipe olympique américaine. Ces dix dernières années, il a beaucoup été question de Michelle Kwan, qui avait fait son entrée aux JO à l'âge vulnérable de 13 ans. Au milieu des années 1990, Tonya Harding et Nancy Kerrigan avaient pompé toute l'attention de la patinoire, au large de leurs mélodrames hystériques dans les vestiaires. En regardant les couples de patineurs ces derniers soirs, je me suis souvenu du sujet narratif réel du patinage artistique: de jeunes et tendres petits faons glissant sur une musique larmoyante, faisant des pirouettes et atterrissant sur leur frêles chevilles. Plus dans la veine de Virgin Suicide que dans celle d'une sport de haut niveau et donc, d'un point de vue apprenez-la-vie-à-vos-filles, assez problématique.

Cette année, pour plusieurs raisons, les États-Unis n'ont pas une unique figure patinante qui pourrait captiver le cœur des médias. Les Japonais et les Coréens du Sud dominent la compétition, avec les Chinois et les Russes non loin derrière. En revanche, les médias américains se sont fixés sur Vonn, cette joviale blonde de 25 ans dont les jambes - dans la série de photos sans bikini - semblent facilement pouvoir aider au démarrage en côte d'un camion. Vonn, aussi, a fait preuve d'une certaine vulnérabilité lors de ses rencontres avec la presse d'avant les Jeux. Invitée du Today Show, la semaine dernière, elle confessait «une profonde douleur musculaire» qui lui rendait pénible ne serait-ce que l'enfilage de ses chaussures de ski. Mais ce n'était pas cette vulnérabilité d'opérette, du genre je-me-cache-dans-le-pull-de-mon-partenaire-avec-un-courageux-sourire dont sont friandes les patineuses. Au contraire, c'était ce type d'émotivité honnête que vous pourriez attendre de footballers professionnels s'ils avaient le droit de parler de leurs blessures. Et c'était suffisant pour accroître la légende de Vonn, robuste et brave, capable de skier en souffrant le martyre. (Elle a depuis déclaré qu'elle était bonne pour la compétition.)

Pas de doute que les patineuses s'entraînent avec autant de courage et de détermination que les skieuses. Mais les JO - en particulier les JO vus par des chaînes de télévision - n'ont qu'un nombre limité de tropes et celui qu'on assigne aux skieuses (des gladiateurs femelles) est bien plus préférable que celui des patineuses (des nymphes tragiques), comme l'explique Ellyn Kestnbaum dans Culture on Ice: Figure Skating and Cultural Meaning (Culture sur glace: les figures du patinage et leur signification culturelle).

Dans ce sport, démontre-t-elle, la féminité vaut mieux que le talent, et c'est ainsi que Harding a été préférée à Kerrigan, et que Kerrigan a ensuite dû succomber devant la mignonne Oksana Baiul. Ce sont des héroïnes pleurnichardes, enfermées dans un conte de fées - les princesses des glaces tournoyant pour de l'or. Elles s'habillent comme les ballerines des boîtes à musique, avec des tenues à la fois prudes et niaises. Les règles du patinage artistique interdisent les ventres nus et obligent à ce que «des jupes et des pantalons couvrent les hanches et le postérieur». Les patineuses ont interprété ses règles en remplaçant les «pantalons» par des collants chair, et en portant des jupes qui couvrent les fesses quand elles se tiennent tranquilles mais virevoltent quand elles sautent.

Bien sûr, toutes les patineuses ne jouent pas le jeu. Quand Sarah Hughes avait remporté l'or à 16 ans, en 2002, elle faisait tout simplement son âge. Mais cette esthétique à peine légale est néanmoins omniprésente dans le patinage artistique, et son apogée fut certainement le moment où à 16 ans, dans ce qui est désormais devenu l'image la plus culte du patinage, Michelle Kwan interprétait Salomé aux Championnats du Monde de 1996. L'année précédente, Kwan était arrivée quatrième et s'était demandé ce qui avait bien pu clocher. Le problème, avait-elle décidé, était que les juges voulaient des «championnes femmes», et non pas des petites filles.

Kwan avait donc pris au pied de la lettre son rôle de tentatrice biblique, portant un costume noir avec des breloques dorées pendant par-dessus. Elle avait outrepassé la règle du ventre nu avec une découpe couleur chair dans le tissu au niveau de la taille. Elle avait tiré ses cheveux dans un chignon haut et faisait onduler ses hanches pendant son numéro pour montrer sa «maturité». Le résultat oscillait entre la petite fille trop maquillée et le bordel thaï. Les photos aurait pu être confisquées par le FBI. Aucun doute qu'en matière de sexualité féminine, les photos de Lindsey Vonn - une fille sexy de 25 ans qui en fait 25 -, sont les plus saines des deux. Elle n'a pas à se déguiser en femme; elle en est une.

Il y a eu d'autres Olympiennes sur le modèle de Vonn. Picabo Street, amie de Vonn, a remporté une médaille d'or aux JO d'hiver de 1998. La patineuse de vitesse Bonnie Blair est, avec Apolo Ohno, l'américaine qui a remporté le plus de médailles d'or lors de Jeux Olympiques d'hiver. Hannah Kearney, qui a remporté la médaille d'or en bosses cette semaine, était vraiment très affriolante lors de son interview après la course où elle balance ses chaussures. Mais leur célébrité ne dure pas. Les patineuses ramassent toute la gloire en apparaissant dans des spectacles ou dans des publicités jusqu'à un âge avancé. Dorothy Hamill est toujours un nom connu et vient d'être engagée par Vaseline pour représenter leur dernière crème de jour. Bonnie Blair, malgré ses records, est quasiment tombée dans l'oubli. Street est retirée des pistes et élève ses enfants.

Vonn, par contre, a tout de la graine de star. Elle a déjà signé un contrat juteux avec Red Bull. Elle est un sitcom à elle toute seule, avec son père qui déteste son mari, Thomas Vonn, qui s'avère être aussi son entraîneur. Les détails du roman de sa vie montrent qu'elle est là pour durer: elle fait des pompes sur les ailes des avions, elle écoute «Dead and Gone»  de T.I. pour se mettre en condition avant ses courses  et, en 2006, elle se sentait si mal qu'elle se voyait déjà en chaise roulante et était pourtant debout sur les pistes, à skier, 48 heures plus tard. Elle est belle, mais pas dans le style d'Anna Kournikova: on ne pourra jamais l'accuser d'être une beauté conventionnelle, adulée pour son apparence physique plus que pour ses performances sportives.

Une des raisons pour laquelle les patineuses ont un attrait durable est qu'elles arrivent à montrer leurs corps. Les caméras s'attardent sur leurs expressions théâtrales, leurs dos cambrés, leurs mollets parfaits. On les observe quand elles attendent leurs notes, souriant et pleurant pendant de longues minutes. En face, les skieuses descendent de la montagne si vite qu'on peut à peine les voir. Elles sont aussi couvertes des pieds à la tête, leurs expressions cachées derrière des lunettes. A moins que NBC ne l'invite sur ses plateaux, vous ne pourrez pas voir le visage d'une skieuse avant qu'elle ne monte sur le podium pour recevoir sa médaille. Pour ceux que les photos de Vonn choquent encore, prenez la chose ainsi: en posant en bikini, elle n'a fait que jouer à armes égales.

Hanna Rosin

Traduit par Peggy Sastre

Image de Une: Lindsey Vonn avec sa médaille d'or de la descente Stefano Rellandini / Reuters

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