France

Copé: le politique doit s'emparer des faits de société

Jean-François Copé, mis à jour le 20.02.2010 à 8 h 56

Il faut sortir des débats stéréotypés entre «les modernes» et les «ringards», les «généreux» et «les sans-cœur».

A la fin de l'année 2008, la majorité présidentielle a été confrontée à un débat de fond sur la question du travail dominical. Quand certains abordaient cette question sous l'angle technique - un aménagement des dérogations à la fermeture des commerces le dimanche -, d'autres mettaient en avant les enjeux de société qui étaient alors en question.

J'ai voulu saisir cette occasion pour lancer au sein de ma famille politique une réflexion approfondie sur le rôle du législateur face aux «questions de société», ces sujets qui lient le public et l'intime et où la décision politique a de fortes répercussions, symboliques comme pratiques, sur l'organisation de notre société et la vie de nos concitoyens. En bref, ces débats où se posent de façon particulièrement aiguë les questions: «quelle France voulons-nous, pour nous et pour nos enfants?», «quelle place pour l'homme dans notre société?»

Depuis plusieurs années, la droite n'osait pas vraiment aborder ces questions de front. Avec la mondialisation, la financiarisation de l'économie, les révolutions technologiques, l'économie avait pris le pas sur le politique, le manager sur l'élu.... On avait bien fait comprendre aux responsables politiques qu'ils devaient se faire «les plus petits possible». A tel point qu'on avait presque fini par les réduire à des techniciens de la gestion publique. Ce retrait a pu convenir à certains, particulièrement dans ma famille politique où l'on se méfie à juste titre des idéologies et où l'on revendique le pragmatisme. Bien souvent, la droite répugne à défendre un «modèle» qui s'imposerait à tous et préfère affirmer sa confiance dans l'individu. Ce faisant, elle se positionne parfois sur un registre «gestionnaire» et laisse le champ libre à d'autres qui n'hésitent pas à défendre leurs convictions ou leurs intérêts.

Ainsi, sur les questions de société, la droite se condamne souvent à suivre un agenda politique imposé par la gauche. Car la gauche, elle, a investi à fond ce champ des questions de société ! En panne d'idées sur le plan économique où les fondements de son idéologie ont failli, elle se rabat par défaut sur le terrain sociétal, en évoquant souvent un supposé «sens de l'histoire». Or, il n'y a pas de sens de l'histoire. Sinon, à quoi bon s'engager en politique?

Nicolas Sarkozy a commencé à changer la donne pendant la campagne présidentielle de 2007, notamment en affirmant la modernité des valeurs du travail et du mérite que d'autres disaient dépassées. Je souhaite que ma famille politique continue ce mouvement.

Je parle bien de mouvement. Car il ne s'agit surtout pas de s'enfermer dans une logique de statu-quo ou de conservatisme! Nous devons être sans cesse une force de propositions. Il ne s'agit pas de dire «non» aux propositions des autres. Il s'agit d'apporter nos propres réponses et d'ouvrir nous-mêmes les chantiers qui nous paraissent vraiment prioritaires pour les Français. J'ai la conviction qu'ainsi, il est possible de concilier la promotion de valeurs fortes et la prise en compte des évolutions du corps social!

C'est par exemple ce que fait la proposition de loi adoptée cette semaine à l'Assemblée nationale qui instaure un congé d'accompagnement de fin de vie, à l'initiative de Jean Leonetti.

Plutôt qu'une légalisation de l'euthanasie, en contradiction avec des valeurs essentielles de notre société, les députés de droite et de gauche ont pris le temps d'un long travail d'évaluation, d'audition, de réflexion. Ensemble, ils ont montré que derrière les demandes d'euthanasie se cachaient une peur de la souffrance et une peur de la solitude dans les derniers instants de la vie.

Après le vote d'une première loi Leonetti qui avait permis de mettre l'accélération sur les soins palliatifs, cette loi instaure un congé indemnisé qui permet de se rendre disponible auprès de nos proches en fin de vie. C'est une belle démarche pleine d'humanisme qui œuvre véritablement pour la dignité de chacun, et plus particulièrement des plus vulnérables.

Sur les questions de société, l'un des rôles majeurs du politique est de faire vivre le débat en profondeur. Il s'agit de prendre le temps de se former, d'apporter aux citoyens des éclairages sur les enjeux essentiels et de leur donner l'occasion de formuler des positions réfléchies. Sur des sujets sensibles, il est indispensable d'échapper à la pression de l'instant et à l'emportement de l'émotion. Pour écouter et respecter l'autre. Pour sortir des oppositions systématiques auxquelles se réduit trop souvent notre débat public: «les modernes» contre les «ringards», les «généreux» contre «les sans-cœur»...

Là encore, notre Assemblée a avancé des propositions. Nous avons adopté en première lecture une proposition de loi de Jean Leonetti prévoyant une phase de débat public, avec des conférences de citoyens, en amont de toute réforme portant sur des problèmes éthiques et questions de société, à l'instar de ce qui a été fait pendant les Etats généraux de la bioéthique. Bien mené, sans même aboutir à des consensus, le débat en lui-même peut contribuer à renforcer des principes partagés, essentiels au vivre-ensemble.

Mais le politique ne doit pas s'en tenir au débat. Comme législateur, nous devons aussi assumer pour le bien commun des décisions courageuses. Parfois même des interdictions. La loi n'est pas qu'une règle technique, elle exprime aussi une part de notre civilisation.

C'est par exemple le sens de la proposition de loi que j'ai déposée pour proscrire le voile intégral et qui a été cosignée par 220 députés de la majorité. Après une phase très nourrie de discussion et d'auditions, je considère que le temps de la décision politique arrive et je plaide pour une interdiction générale dans l'espace public. Certains nous reprochent d'attenter à la liberté individuelle. C'est souvent l'enjeu sur les débats de société. Dans ce cas précis, la liberté individuelle, conçue comme un absolu sans limites, se heurte aux exigences de la vie en société, à commencer par la sécurité ou la dignité des femmes.

Enfin, les questions de société nous invitent en permanence à relever le défi de la transmission et de l'éducation. On ne peut pas réguler une société uniquement par la loi et la contrainte. Si les valeurs sur lesquelles repose une norme ne sont pas comprises, celle-ci perd peu à peu son sens et sa légitimité. Cela invite à une réflexion de fond sur le rôle que peut jouer le politique par rapport au premier maillon de la transmission entre les générations: la famille. Comment aider les parents à jouer ce rôle de transmission sans les déresponsabiliser?

Jean-François Copé

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