Copé: le politique doit s'emparer des faits de société
Il faut sortir des débats stéréotypés entre «les modernes» et les «ringards», les «généreux» et «les sans-cœur».
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A la fin de l'année 2008, la majorité présidentielle a été confrontée à un débat de fond sur la question du travail dominical. Quand certains abordaient cette question sous l'angle technique - un aménagement des dérogations à la fermeture des commerces le dimanche -, d'autres mettaient en avant les enjeux de société qui étaient alors en question.
J'ai voulu saisir cette occasion pour lancer au sein de ma famille politique une réflexion approfondie sur le rôle du législateur face aux «questions de société», ces sujets qui lient le public et l'intime et où la décision politique a de fortes répercussions, symboliques comme pratiques, sur l'organisation de notre société et la vie de nos concitoyens. En bref, ces débats où se posent de façon particulièrement aiguë les questions: «quelle France voulons-nous, pour nous et pour nos enfants?», «quelle place pour l'homme dans notre société?»
Depuis plusieurs années, la droite n'osait pas vraiment aborder ces questions de front. Avec la mondialisation, la financiarisation de l'économie, les révolutions technologiques, l'économie avait pris le pas sur le politique, le manager sur l'élu.... On avait bien fait comprendre aux responsables politiques qu'ils devaient se faire «les plus petits possible». A tel point qu'on avait presque fini par les réduire à des techniciens de la gestion publique. Ce retrait a pu convenir à certains, particulièrement dans ma famille politique où l'on se méfie à juste titre des idéologies et où l'on revendique le pragmatisme. Bien souvent, la droite répugne à défendre un «modèle» qui s'imposerait à tous et préfère affirmer sa confiance dans l'individu. Ce faisant, elle se positionne parfois sur un registre «gestionnaire» et laisse le champ libre à d'autres qui n'hésitent pas à défendre leurs convictions ou leurs intérêts.
Ainsi, sur les questions de société, la droite se condamne souvent à suivre un agenda politique imposé par la gauche. Car la gauche, elle, a investi à fond ce champ des questions de société ! En panne d'idées sur le plan économique où les fondements de son idéologie ont failli, elle se rabat par défaut sur le terrain sociétal, en évoquant souvent un supposé «sens de l'histoire». Or, il n'y a pas de sens de l'histoire. Sinon, à quoi bon s'engager en politique?
Nicolas Sarkozy a commencé à changer la donne pendant la campagne présidentielle de 2007, notamment en affirmant la modernité des valeurs du travail et du mérite que d'autres disaient dépassées. Je souhaite que ma famille politique continue ce mouvement.
Je parle bien de mouvement. Car il ne s'agit surtout pas de s'enfermer dans une logique de statu-quo ou de conservatisme! Nous devons être sans cesse une force de propositions. Il ne s'agit pas de dire «non» aux propositions des autres. Il s'agit d'apporter nos propres réponses et d'ouvrir nous-mêmes les chantiers qui nous paraissent vraiment prioritaires pour les Français. J'ai la conviction qu'ainsi, il est possible de concilier la promotion de valeurs fortes et la prise en compte des évolutions du corps social!
C'est par exemple ce que fait la proposition de loi adoptée cette semaine à l'Assemblée nationale qui instaure un congé d'accompagnement de fin de vie, à l'initiative de Jean Leonetti.
Plutôt qu'une légalisation de l'euthanasie, en contradiction avec des valeurs essentielles de notre société, les députés de droite et de gauche ont pris le temps d'un long travail d'évaluation, d'audition, de réflexion. Ensemble, ils ont montré que derrière les demandes d'euthanasie se cachaient une peur de la souffrance et une peur de la solitude dans les derniers instants de la vie.
Après le vote d'une première loi Leonetti qui avait permis de mettre l'accélération sur les soins palliatifs, cette loi instaure un congé indemnisé qui permet de se rendre disponible auprès de nos proches en fin de vie. C'est une belle démarche pleine d'humanisme qui œuvre véritablement pour la dignité de chacun, et plus particulièrement des plus vulnérables.
Sur les questions de société, l'un des rôles majeurs du politique est de faire vivre le débat en profondeur. Il s'agit de prendre le temps de se former, d'apporter aux citoyens des éclairages sur les enjeux essentiels et de leur donner l'occasion de formuler des positions réfléchies. Sur des sujets sensibles, il est indispensable d'échapper à la pression de l'instant et à l'emportement de l'émotion. Pour écouter et respecter l'autre. Pour sortir des oppositions systématiques auxquelles se réduit trop souvent notre débat public: «les modernes» contre les «ringards», les «généreux» contre «les sans-cœur»...
Là encore, notre Assemblée a avancé des propositions. Nous avons adopté en première lecture une proposition de loi de Jean Leonetti prévoyant une phase de débat public, avec des conférences de citoyens, en amont de toute réforme portant sur des problèmes éthiques et questions de société, à l'instar de ce qui a été fait pendant les Etats généraux de la bioéthique. Bien mené, sans même aboutir à des consensus, le débat en lui-même peut contribuer à renforcer des principes partagés, essentiels au vivre-ensemble.
Mais le politique ne doit pas s'en tenir au débat. Comme législateur, nous devons aussi assumer pour le bien commun des décisions courageuses. Parfois même des interdictions. La loi n'est pas qu'une règle technique, elle exprime aussi une part de notre civilisation.
C'est par exemple le sens de la proposition de loi que j'ai déposée pour proscrire le voile intégral et qui a été cosignée par 220 députés de la majorité. Après une phase très nourrie de discussion et d'auditions, je considère que le temps de la décision politique arrive et je plaide pour une interdiction générale dans l'espace public. Certains nous reprochent d'attenter à la liberté individuelle. C'est souvent l'enjeu sur les débats de société. Dans ce cas précis, la liberté individuelle, conçue comme un absolu sans limites, se heurte aux exigences de la vie en société, à commencer par la sécurité ou la dignité des femmes.
Enfin, les questions de société nous invitent en permanence à relever le défi de la transmission et de l'éducation. On ne peut pas réguler une société uniquement par la loi et la contrainte. Si les valeurs sur lesquelles repose une norme ne sont pas comprises, celle-ci perd peu à peu son sens et sa légitimité. Cela invite à une réflexion de fond sur le rôle que peut jouer le politique par rapport au premier maillon de la transmission entre les générations: la famille. Comment aider les parents à jouer ce rôle de transmission sans les déresponsabiliser?
Jean-François Copé
LIRE EGALEMENT SUR LE MEME SUJET: Burqa: le temps de la décision politique est venu, Soins palliatifs: un système pervers et
Image de Une: REUTERS/Vasily Fedosenko, novembre 2009; personnel médical face à un patient atteint de pneumonie, Ukraine
Mis à jour le 20/02/2010 à 8h56










































"derrière les demandes d'euthanasie se cachaient une peur de la souffrance et une peur de la solitude dans les derniers instants de la vie"
ceci est faux, bien évidemment: faux en général, même si c'est parfois vrai
non, les demandes d'euthanasie (mort douce) sont le fait de personnes qui souffrent moralement et parfois physiquement (on ne peut pas supprimer toutes les douleurs sauf à supprimer la vie, c'est un fait que la Médecine qui se veut toute puissante peine à reconnaîter, mais pourtant c'est ainsi!), mais elles sont aussi le fait de personnes qui ont appris à gérer leur vie et veulent gérer leur fin de vie donc leur mort aussi, en toute autonomie et conscience.
ensuite, dire qu'avec des "soins" (sous-entedus palliatifs... c'est tellement bien que çà n'est accessible qu'à 15% de ceux qui ont auraient besoin, et la pénurie dure, l'argent dédié à cela étatn régulièrement détourné ailleurs, faute de crédits dans les hôpitaux...), plus personne ne veut mourir est une aberration!
on prend vraiment les gens pour des "c..."!
lorsqu'on va mourir, que la vie se termine, la personne le sait, dans ses entrailles, qu'elle le dise ou non
alors à quoi sert de "survivre", ce n'est pas l'amour qui aide alors à vivre, seul l'amour peut aider à mourir
Les débats de société ont-ils jamais été interdits au(x) politique(s) ?
Quoi d'étonnant à ce qu'ils se concluent souvent sur des positions tranchées
à l'image de celles de la société qui les produit et qu'ils caractérisent ?
Il est plutôt sympathique, en semblant les redécouvrir, de proposer
de leur inventer une espèce de solution universelle du bon sens.
Tous les gars du monde et toutes les filles seront d'accord ;
jusqu'à ce qu'ils comparent leurs contributions respectives
à l'amélioration des conditions de vie discutée.
Ne croyez-vous pas qu'alors ressortiront les stéréotypes ?
N'est-ce pas là, précisément, que commence la fonction du politique
en confisquant à la vie civile les grenades à retardement qui risquent sinon
d'en fracturer la cohésion au-delà du minimum nécessaire à la concitoyenneté ?
Tavail dominical, fin de vie, certes, humanistes et gestionnaires, dont le tri
est moins aisé qu'il n'y paraît, et s'il ne s'agissait en fait que de rejouer
le couplet du "monopole du coeur" ? Pourquoi soudain ce soupçon ?
Parce que vous-mêmes rappelez le débat actuel sur les libertés individuelles,
qui déborde largement et urgemment de la question du port du voile intégral
et que vous revenez discrètement au sujet de la semaine dernière :
éducation et société. Quand la famille défaille, la société
soit se resserre solidairement, soit se replie frileusement.
Un alternative qui démarque souvent, il est vrai, la gauche de la droite.
Où la crise est humaine, envisager que la solution puisse l'être aussi
est-il donc si révolutionnaire ?
Spolidairitiquement.
Comment comprendre votre article si nous ne savons pas précisément de quelles valeurs essentielles de notre société, vous parlez.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, humanité, tolérance ou quoi d'autre ? Egoïsme, indifférence, favoritisme, magouilles, mépris, cupidité, etc.
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Quelles sont les valeurs de notre société mises en exergue dans les faits énumérés ci-dessous ?
- Condamner à perpétuité sans espoir de réinsertion ou de rachat.
- Condamner à X années de prisons, toujours sans accompagnement vers la réinsertion. Difficile de réinsérer les taulards de surcroit psychotiques, quand notre société fabrique déjà exclusion et paupérisation.
- Laisser mourir les SDF, abandonner les clochards, sans parler des salariés mal logés ou sans logis alors que d'autres ont des salaires indécents.
- Laisser pourrir les situations des familles vivant, au quotidien, la peur au ventre, avec des malades mentaux impossibles à gérer et imprévisibles et s'apitoyer quand le drame survient alors que votre famille politique a fermé ou ferme encore les centres totalement adaptés qu'il leur fallait.
- Laisser l'intégrisme religieux de tout bord envahir notre espace quotidien, alors que nous sommes sensés vivre dans une société républicaine et laïque qui renvoie tous les dieux à l'intime et au privé.
- Laisser un capitalisme égoïste et inhumain se développer, détruire des vies, virer les vieux (vieux à 50 ans !), laisser s'opérer des licenciements par des groupes rentables qui gagnent toujours plus, au nom de la rentabilité, la compétitivité.
Les 3 points ci-dessous, est-ce pragmatique ?
Investir dans des techniques de fécondation plutôt que favoriser les adoptions de tous les orphelins de la terre. Ca rendrait des gosses heureux. Heureux ? Lire plus loin.
Réserver des wagons pour femmes seules plutôt que réduire le nombre de wagons la nuit. Ecologie de façade.
Créer des établissements scolaires par classe plutôt que par quartier, plutôt qu'inculquer dès le plus jeune âge, la tolérance, la compréhension, la réflexion, le respect de la vie, le respect des gens et des choses. (ouh, c'est ringard)
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Débats stéréotypés ?
Travail dominical. Etrange. Vacances à la carte, restaurant à la carte, loisirs à la carte, beaucoup de choses à la carte et un cadre rigide dans le monde du travail. Pourquoi pas le travail à la carte aussi ? Certains " alcooliques du labeur " s'échineront 7 jours sur 7, et d'autres, 1, 2 voire 3 jours, juste de quoi vivre car leur passion est ailleurs et foin du pouvoir, de la richesse, de la puissance, de la possession. Délicat à gérer mais on est tellement efficace et rentable quand on travaille heureux. Heureux ? Ca ne va pas, non ! Pour mémoire, une très jolie phrase à méditer, si, si, cherchez bien : les gens heureux n'ont pas de droits.
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La place de l'homme et la confiance dans l'individu, la modernité et le mérite dans la valeur travail ? Et le copinage (voir l'Epad) et la rentabilité avant tout, alors ! Dernier exemple : la suppression des caissiers dans les piscines parisiennes, rentabilité oblige, par des gens de Gauche en plus. C'est vrai que leurs salaires de smicards plombent les comptes.
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Les politiques, techniciens de la gestion publique ? Allons, allons, simples gestionnaires de leur carrière, de leur maintien et de leur cumul de postes.
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Les valeurs de notre société ne sont pas celles de politiques, les préoccupations non plus sinon cela ferait longtemps que le fossé entre électeurs et politiques se serait comblé au lieu de se creuser d'avantage.
Mr Copé, vous maniez le sophisme avec une grande dextérité.
[Nicolas Sarkozy a commencé à changer la donne pendant la campagne présidentielle de 2007, notamment en affirmant la modernité des valeurs du travail et du mérite que d'autres disaient dépassées. Je souhaite que ma famille politique continue ce mouvement.]
Affirmer que la valeur travail est le signe d’une modernité avancé n’engage que vous. Faire de « la valeur travail » votre préférence au détriment de celle de la famille et de l’éducation amenée à former les individus de demain vous regarde. Vous nous promettez au mieux de devenir des moutons de panurge au pire des fourmis. Ce qui compte n’est pas le travail, ni sa valeur, mais de savoir quel sens on peut donner au travail (en général) ou à son travail.
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[Sur des sujets sensibles, il est indispensable d'échapper à la pression de l'instant et à l'emportement de l'émotion. ]
Ce n’est pas ce que donne la réalité de la politique en générale et du « débat » politique quand il a lieu !
Vous êtes bien placé pour le savoir ! Votre empressement/emportement à proposer une loi interdisant la burqa dans l’ensemble de l’espace public avant que la commission présidée par André Gérin ne rende ses conclusions constitue un bel exemple de ce, auquel vous tentez d’échapper. Mais peut être qu’à ce moment là, vous étiez dans un autre registre, celui de l’auto promotion qui montre à quel point la formulation de vos positions apparaissent comme réfléchies. Surtout lorsqu’elles servent vos ambitions, quitte à desservir « les enjeux essentiels ».
Vous avez bien raison Jen Sairien ce n'est pas le travail qui a de la valeur en soi pas plus que la démocratie ou même les "valeurs républicaines" c'est le Sens qu'on leur donne, si j'ai bien compris Roger Nifle.
Sans cela c'est au mieux pures incantations ou au pire pur cynisme ou simplement habitudes aveugles.
Le Sens donné est aussi bien dans la conception, dans les comportements et pratiques et dans la référence aux biens communs communautaires.
Pour ce qui est du Sens du travail je vous conseille un article éclairant toujours d'actualité. http://journal.coherences.com/article191.html