Santé / Société

Regardons la réalité en face: le vagin se déchire pendant l'accouchement

Temps de lecture : 5 min

Un accouchement par voie basse est très souvent synonyme de déchirure périnéale. Et personne n’a envie que vous en parliez.

Une amatrice d'art contemporain admire un tableau de Lucio Fontana, le 17 mars 2016 au Palazzo Strozzi de Florence. | Vincenzo Pinto / AFP
Une amatrice d'art contemporain admire un tableau de Lucio Fontana, le 17 mars 2016 au Palazzo Strozzi de Florence. | Vincenzo Pinto / AFP

Quand j'ai commencé la fac, plusieurs années avant d'envisager d'avoir des enfants, l'une de mes amies proches a eu un bébé. Une semaine après la naissance, je suis allée chez elle pour leur apporter un cadeau.

La vérité n'est sans doute pas aussi extrême que dans mon souvenir, mais je me rappelle avoir vu mon amie ouvrir la porte et, alors que je me tenais dans l'entrée de sa maison, l'avoir entendue m'annoncer qu'elle avait une déchirure périnéale de degré quatre du vagin à l'anus. À ce moment-là, je me suis demandée si c'était une bonne idée de suggérer de nous asseoir.

Avant d'avoir des enfants, j'avais déjà le vague pressentiment qu'il devait exister certains traumatismes associés à l'accouchement. Seulement, je n'avais absolument pas réfléchi aux détails.

Omission problématique

Dire qu'apprendre l'existence de la déchirure vaginale du quatrième degré de mon amie a été une surprise tiendrait de la litote. Le choc s'expliquait en partie parce que je n'en étais pas arrivée à ce stade de ma vie, mais aussi parce qu'à l'exception de quelques amies bien aimables, les femmes ne parlent quasiment pas de ce qu'il se passe dans leur corps après leur accouchement.

Il existe une foule de livres qui vous disent à quoi vous attendre avec votre nouveau bébé –je viens d'en écrire un. Et un tas de bouquins sur la grossesse, qui détaillent tout ce qui vous arrive pendant cette période –j'en ai aussi écrit un. Les ouvrages sur ce qu'il se passe physiquement chez la maman après l'arrivée du bébé, eux, sont étrangement rares. Avant, vous êtes un réceptacle qu'il faut chérir et protéger. Après, vous êtes un accessoire à moutard à orientation lactifère.

Cette omission est problématique, dans la mesure où elle laisse les femmes dans l'ignorance de ce qui les attend après la grossesse. Le rétablissement physique après l'accouchement n'est pas toujours facile, et même quand ça se passe au mieux, il n'a rien d'évident.

Cela se produit dans la majorité des cas au moins un tout petit peu, notamment au premier accouchement.

Si vous avez eu une césarienne, votre médecin recoudra l'incision et la pansera. C'est normalement une procédure simple, similaire pour toutes les femmes. Avec une naissance par voie basse, les variations sont plus nombreuses, en général à cause de la différence de degré de déchirement vaginal. La plupart du temps, la déchirure survient au niveau du périnée, la zone comprise entre le vagin et l'anus, mais il est également possible qu'elle parte vers le clitoris.

Ce degré varie considérablement d'une femme à l'autre. Certaines n'ont même pas la moindre déchirure –bien que cela se produise dans la majorité des cas au moins un tout petit peu, notamment au premier accouchement.

Quatre degrés de gravité

Le degré de déchirure est classé de un à quatre [les classifications française et anglo-saxonne diffèrent légèrement quant à la gravité des déchirures, ndt].

Le premier degré, ou déchirure périnéale simple, se guérit tout seul et ne nécessite pas de points. Le second degré implique que les muscles du périnée ont été touchés, mais que la déchirure ne va pas jusqu'à l'anus.

Les déchirures de troisième et quatrième degrés vont du vagin à l'anus, et c'est la profondeur qui diffère: la déchirure au quatrième degré touche le rectum. Ces deux dernières doivent être suturées avec des points, qui se résorbent au bout de quelques semaines.

La plupart des déchirures sont mineures, mais entre 1% et 5% des femmes subissent des déchirures plus graves, de troisième ou quatrième degré. Celles-ci se produisent le plus souvent lorsque le recours à des instruments a été nécessaire (forceps ou ventouses), lors d'un premier accouchement ou quand le bébé est très gros.

Vous vous demandez sans doute quoi faire pour éviter ça. La réponse est pas grand-chose, bien qu'il existe quelques preuves selon lesquelles appliquer des compresses chaudes sur le périnée pendant l'expulsion peut éviter les déchirures les plus graves.

Notons que le traumatisme vaginal est bien plus courant en cas d'épisiotomie, c'est-à-dire d'incision du vagin pour aider l'expulsion du bébé. Autrefois très courante, elle n'est plus pratiquée systématiquement et est fortement déconseillée par la plupart des spécialistes.

Retour à la normale

Imaginons que, comme nous, vous ayez une déchirure vaginale. L'une de vos premières angoisses sera sans doute: est-ce que ça ne va pas me faire mal de faire pipi et caca? La réponse est si, à un degré plus ou moins intense.

Même si ça s'est très bien passé, votre vagin a explosé et ça va piquer de faire pipi. Ce sera pire si vous êtes déshydratée, car votre urine sera plus concentrée. Dans de nombreux hôpitaux, on vous donne un vaporisateur d'eau à utiliser sur vos parties génitales pendant la miction, pour que l'urine ainsi diluée soit moins douloureuse. Ça marche assez bien, mais –conseil de pro– assurez-vous surtout que l'eau n'est pas trop froide.

Pour la grosse commission, encore une fois, cela va dépendre de la manière dont s'est déroulé votre accouchement. Ou, dans le cas d'une césarienne, comme avec toute chirurgie abdominale, cela dépendra du temps que votre abdomen mettra à se réveiller de l'anesthésie.

Il est assez courant de donner aux femmes des laxatifs ou des émollients fécaux pour faciliter le passage des premières selles post-partum. Parfois, il faut attendre deux jours avant que le premier caca ne se pointe, ce qui vous donne un peu de temps pour cicatriser. Et ce n'est pas forcément aussi horrible qu'on pourrait le craindre.

Ce n'est plus ce vagin que vous connaissiez si bien. Ça se soigne, mais cela prend du temps.

Deux semaines plus tard, vous voilà rentrée à la maison et vous commencez peut-être à vous demander: quand est-ce que tout va redevenir comme avant? Est-ce que ça va arriver un jour? Un accouchement par voie basse comporte des conséquences durables et importantes pour votre vagin. Comme l'exprime délicatement cette description médicale, «après l'accouchement, le vagin a une grande contenance».

Les choses ne seront pas exactement comme avant. Vous aurez encore peut-être des points de suture; toute la zone sera douloureuse et un peu... éteinte. Ce n'est plus ce vagin que vous connaissiez si bien. Ça se soigne, mais cela prend du temps et pour la plupart des femmes, les choses ne redeviennent pas tout à fait comme avant.

Cela ne veut pas nécessairement dire que ce sera pire –juste différent. Et un retour à la normalité prend des mois, pas des semaines. Vous avez mis quarante semaines à fabriquer un bébé; accordez-vous un peu de temps pour vous en remettre.

Vous n'êtes pas seule

Le retour à la santé physique post-accouchement, c'est compliqué (tout comme pour la santé mentale, qui est tout aussi importante, mais j'écrirai dessus une autre fois), et d'autant plus qu'il s'agit d'une réalité difficile à partager. Vous avez un bébé tout neuf: est-ce que vous n'avez pas toutes les raisons du monde d'être heureuse et de vous sentir super bien?

Quand les gens vous demandent comment vous allez, c'est: «Le bébé est merveilleux! Nous sommes tellement heureux!» que tout le monde veut entendre, et sûrement pas: «Je suis en train de gérer une déchirure périnéale de troisième degré et l'idée persistante que mon vagin ne sera plus jamais comme avant.»

Le fait que l'on ne parle pas de ces choses donne à nombre d'entre nous l'impression que nous sommes les seules à les vivre ou qu'il suffit de passer à autre chose. Ce n'est tout simplement pas vrai.

Je ne suis pas en train de suggérer que nous nous mettions toutes à tweeter sur les détails de notre guérison vaginale –bien que ça ne me poserait aucun problème–, mais plus on en parle, plus on rend service à d'autres femmes. Et à nous aussi.

Emily Oster

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