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Retour presque à la normale pour l'économie américaine

En élevant d'un quart de point son taux d'escompte, la Réserve fédérale américaine a sonné la fin de la période d'intervention d'urgence.

La banque centrale américaine (Réserve fédérale ou Fed) a relevé jeudi 18 février dans la soirée d'un quart de point son taux d'escompte, de 0,5% à 0,75%. Il s'agit du taux auquel les banques viennent se refinancer auprès d'elle lorsqu'elles manquent de liquidité et ne peuvent en trouver sur les marchés.

En temps normal, les banques s'approvisionnent sur le marché interbancaire, mais celui-ci a été très perturbé depuis les faillites en série de la fin 2008, et les banques centrales ont donc pris le relais. Aujourd'hui, la Fed signale qu'il est temps de revenir progressivement à des pratiques plus habituelles. Signe supplémentaire, la durée de ces prêts à été ramenée de 28 jours à un seul («overnight»), comme c'était l'usage avant la crise. C'est le premier mouvement décidé depuis décembre 2008. Mais parallèlement, la banque centrale américaine a pris soin de souligner que cela n'entraînera pas pour l'instant une hausse du coût du crédit, ni pour les entreprises, ni pour les ménages. Le taux des «Fed funds», référence en la matière, reste à son niveau antérieur, entre 0% et 0,25%. La politique monétaire, elle, reste accommodante, car la reprise n'est pas encore assurée.

Une telle décision était inéluctable, mais selon les marchés, le moment choisi est une surprise. Ils ont, du reste, réagi. Le dollar a remonté quelques temps, notamment face à l'euro, retombé à son plus bas niveau face au billet vert depuis neuf mois. Le signal pousse les investisseurs à anticiper une remontée des taux d'intérêt plus rapide qu'ils ne le pensaient jusqu'ici. Même si la Fed tient à souligner que cette anticipation est exagérée, le relèvement du taux d'escompte a joué son rôle symbolique: la normalisation du marché est en route.

Il est bien normal que les banques centrales tentent de normaliser les marchés de crédit. Les mesures exceptionnelles prises après la faillite de Lehman Brothers ne sont pas destinées à durer, et même, sont néfastes. La Banque de Chine a déjà pris, elle aussi, des mesures voici quelques semaines, cette fois pour ralentir la progression du crédit, dans un contexte de forte reprise de la croissance.

En Europe, pour l'instant, il est urgent d'attendre. La reprise n'est pas vraiment au rendez-vous, et c'est pourquoi les investisseurs fuient l'euro, car ils n'anticipent pas une remontée des taux d'intérêt qui leur apporterait une meilleure rémunération de leur placement. Sans compter bien sûr avec les craintes suscitées par la crise grecque et son éventuelle contagion à d'autres pays de la zone euro. Mais il faut noter que, hors de l'euro, une autre économie n'est pas à la fête: le Royaume- Uni est lui aussi plombé par un déficit public géant qui rend problématique tout nouvel appel au marché et pourrait susciter une crise de confiance. Bien sûr, le Royaume-Uni n'est pas dans la situation de la Grèce, mais il subit lui aussi les effets secondaires de la crise.

Marie-Laure Cittanova

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Image de Une: Au coeur du quartier financier de Manhattan  Brendan McDermid / Reuters

 

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