Égalités / Culture

Trois acteurs britanniques qui s'affichent fièrement pour servir la cause LGBT

Temps de lecture : 4 min

En France aussi, on veut des acteurs militants tels que Ian McKellen, Derek Jacobi et Stephen Fry.

Derek Jacobi et Ian McKellen le 28 juin 2015 à New York (États-Unis). | Neilson Barnard / Getty Images North America / AFP - Stephen Fry à Century City (États-Unis) le 4 novembre 2010. | Frazier Harrison / Getty Images North America  / AFP
Derek Jacobi et Ian McKellen le 28 juin 2015 à New York (États-Unis). | Neilson Barnard / Getty Images North America / AFP - Stephen Fry à Century City (États-Unis) le 4 novembre 2010. | Frazier Harrison / Getty Images North America / AFP

En France, on a des acteurs homosexuels qui ne font jamais leur coming out, ou qui s'affirment «bisexuels» quand leur carrière culmine après la cinquantaine. Mais le Royaume-Uni dispose d'une brochette d'artistes reconnus qui s'engagent toujours plus en vieillissant. C'est le cas du trio que forment Ian McKellen, Derek Jacobi et Stephen Fry, les rois mages du militantisme britannique, qui bénéficient des bons choix de carrière depuis deux décennies.

Ian McKellen est le plus connu des jeunes pour ses rôles phares dans Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit ou Magneto dans la série des «X-Men», une exposition médiatique qui lui a permis de dépasser une carrière pourtant remarquable au théâtre, qui a motivé son ennoblissement en 1991. Si Ian McKellen est un héros dans la vie comme sur l'écran, il est officiellement out depuis 1988. Le comédien est une icône culturelle anglaise, un trésor national et figure parmi les premières personnalités LGBT du pays.

Régulièrement, les médias rappellent son influence politique comme cet article de Têtu qui raconte comment il a convaincu le Premier ministre John Major de faire davantage pour les droits des minorités. Fait rare, sa page Wikipédia comporte un chapitre entier sur l'activisme LGBT, ce qui laisse rêveur. Il est connu pour avoir porté à de nombreuses reprises le célèbre t-shirt Some People Are Gay-Get Over It.

Sir Ian McKellen au festival du film LGBT Kashish Mumbai International Queer Film Festival 2016 à Bombay (Inde) le 26 mai 2016. | STR / AFP

Son ami de toujours, Derek Jacobi, a suivi la même trajectoire en apparaissant dans de nombreux péplums et films historiques populaires (Gladiateur a été un moment pivot de sa carrière), le plus récent étant Le crime de l'Orient-Express (2017). Ces acteurs faisaient partie de la fine fleur du théâtre britannique, mais le nouveau siècle leur a permis de réussir un cross-over parfait entre les productions classiques et les blockbusters. Il y a six ans, McKellen et Jacobi ont même joué dans une série anglaise, Vicious où ils jouent un couple de gays vivant ensemble depuis cinquante ans, aigris, méchants et drôles.

Derek Jacobi est aussi anobli depuis 1994. Plus réservé que McKellen, c'est un maître du camp britannique, une forme d'humour gay qui décrit de façon plus globale un rapport au monde et une sensibilité.

Stephen Fry est plus jeune (61 ans), mais son engagement militant est encore plus prononcé. C'est un touche-à-tout, il est écrivain et humoriste, acteur et réalisateur et il a sa chronique dans The Guardian. Lui aussi est apparu dans Le Hobbit, mais il s'est surtout fait remarquer par une série de documentaires courageux comme HIV and Me (2007) ou sur les troubles bipolaires.

Il y a douze ans, The Independant l'a déclaré deuxième personne homosexuelle la plus influente au Royaume-Uni. Accessoirement, il détient le record britannique pour avoir dit le mot «fuck» le plus de fois sur une diffusion télévisée en direct.

Symboles du coming out

Ces acteurs aimés sont l'exemple flagrant du bénéfice des campagnes de coming out qui ont tellement influencé la société britannique et qui manquent si cruellement en France, bien qu'un film sur ce sujet sort le 1er mai.

Le jour international du coming out (11 octobre) est relativement peu suivi par les associations LGBT alors que c'est un mouvement mondial qui permet de soulever ce sujet dans les lycées, les universités, dans le monde du travail aussi.

Les pratiques de l'outing ont été aussi plus courantes dans les pays anglo-saxons, à la faveur de la liberté de la presse, ce qui n'est pas le cas dans notre pays où la défense de la vie privée ne plaisante pas. Il est donc impossible de faire ici la liste, par exemple, des présentateurs télé homosexuels au placard (et la liste est longue, je peux témoigner). Il ne faut pas oublier que les activistes anglais d'OutRage! ont outé de nombreux membres du clergé gay dans les années 1990, ce qui a contribué à réduire la culture du secret qui est précisément celle qui est décrite dans le livre de Frédéric Martel Sodoma et qui, selon lui, est la source de nombreux cas d'abus sexuels dans l'Église.

Modèles de la transmission culturelle gay

Surtout, l'influence de ces monstres culturels symbolise une transmission générationnelle réussie et leur crédibilité encourage un lien entre les jeunes générations et les papys de la culture LGBT. Depuis des années, McKellen fait le tour des écoles anglaises pour sensibiliser les jeunes à la lutte contre l'homophobie. Souvent, après son départ, des élèves (ou même les profs) font leur coming out car il a une manière bien à lui de dédramatiser les discussions. Il est connu, par exemple, pour utiliser les personnages de ses films afin d'amuser l'assistance. Quand il demande aux jeunes élèves ce qui va se passer s'ils ne travaillent pas en cours, il s'exclame en levant les bras: «You shall not pass!».

Il y a deux ans, le documentaire sur sa carrière, Playing The Part (sorti en salles) a consacré une bonne part à son engagement militant.

Ses succès au cinéma ne l'empêchent pas d'avoir un regard très critique sur Hollywood, comme dans cette interview: «Personne n’attend Hollywood pour commenter la société, n’est-ce pas? Ça ne fait que très récemment qu’ils ont découvert qu’il y avait des Noirs dans le monde. Hollywood a maltraité les femmes de toutes les façons possibles à travers son histoire. Les hommes gays n’existent pas.»

Les jeunes voient dans ces artistes des leaders de référence, au-dessus de tout soupçon, qui jettent un regard positif sur la modernité. Et les anciens sont heureux d'avoir des porte-parole avec qui s'identifier, ce qui réduit leur isolement culturel.

L'influence de ces daddies anglais ne cesse de nourrir la société, comme l'atteste la photo de David Hockney (81 ans) avec Joni Mitchell (76 ans) en février dernier, qui est devenue virale. Et puis, il ne faut pas oublier que les leaders de la pop des années 1980 sont aussi devenus des seniors. Boy George a 57 ans, Jimmy Somerville en a 58 et Marc Almond 61 ans. Ça nous change des célébrités gays françaises qui mettent des années à admettre qu'ils sont gays ou, pire, qui font régulièrement la une des news pour des faits divers qui montrent que leur refus d'affirmation est souvent la base d'un mal-être qui n'est pas le meilleur portrait d'une vie gay équilibrée et souriante. Il est temps que la société française reconnaisse l'apport culturel et militant de notre génération afin de présenter des role models aux jeunes générations qui en ont cruellement besoin.

Didier Lestrade Journaliste et écrivain

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