Parents & enfants / Société

La photo de classe, un éternel recommencement

Temps de lecture : 3 min

Depuis le XIXe siècle, ce rituel atteste des transformations du milieu scolaire autant qu'il témoigne de la permanence de l'institution.

Au milieu du XXᵉ siècle, la photo évolue vers plus de naturel. | Matlachu via Pixabay
Au milieu du XXᵉ siècle, la photo évolue vers plus de naturel. | Matlachu via Pixabay

Aussi ancienne que l’invention de la photographie, la photo de classe est devenue depuis le milieu du XIXe siècle un rituel qui, à l’heure du numérique, reste incontournable de la maternelle à la fin du lycée. Témoin de son temps, la photo de classe est le reflet, parfois malgré elle, d’une histoire politique, culturelle et sociale de l’école.

C’est «un souvenir que vous chérirez», dit la maîtresse à ses élèves dans le premier chapitre du Petit Nicolas, présentant la photo de classe comme la future image d’un monde perdu, celui de l’enfance. Signe parmi d’autres, dans la littérature et le cinéma, que ces clichés font bel et bien partie de notre histoire et de notre imaginaire.

Les premières photos de classe sont réalisées au milieu du XIXe siècle, dans les établissements secondaires les plus réputés, qui les exposent. Avec la démocratisation de la technique photographique, dès le dernier quart du XIXe siècle, ces images souvenirs sont proposées aux familles. Les sommes récoltées par les coopératives scolaires servent à acheter des fournitures ou à participer à des sorties scolaires.

Entre public et privé

Directrice du Musée national de l’éducation (Munaé), Delphine Campagnolle souligne que «c’est un objet très symbolique, à mi-chemin entre l’école et la sphère privée, car ces images sont très souvent conservées, voire transmises au sein d’une famille». Une démarche nostalgique qui se retrouve sur ces sites où l’on espère retrouver un·e camarade perdu·e de vue à partir de ses photos de classe. C’est le cas de Copains d’avant, qui revendique plus de 15 millions de membres.

La démocratisation et la multiplication des photos de classe obligent l’institution scolaire à encadrer les modalités de la prise de vue dès 1927.

À partir de la fin du XIXe siècle des photographes se spécialisent dans les photos de portraits ou d’établissements scolaires, à l'image de Pierre Petit (1831-1909). Des sociétés de photographies scolaires se créent, telles la société David et Vallois à partir de 1867 et la maison Tourte et Petitin depuis 1882. La démocratisation et la multiplication des photos de classe obligent l’institution scolaire à encadrer les modalités de la prise de vue dès 1927. La dernière circulaire française sur la photographie scolaire date de 2003. Elle s’attache à éviter les dérives avec la rédaction d’un «code de bonne conduite» de la pratique de la photo de classe qui respecte les droits de tous les protagonistes de la photo, qu’il s’agisse du photographe, de l’institution scolaire, des enfants mineurs avec la nécessaire autorisation parentale.

Un reflet du temps

En 2017, la belle exposition du Musée national de l’éducation a bien montré que la photo de classe n’était pas seulement un témoin culturel mais un outil pour la compréhension de l’histoire de l’institution scolaire. Elle permet par exemple de contredire une légende solidement ancrée: l’usage de l’uniforme n’a en réalité jamais existé dans les écoles publiques du XIXe siècle –il s’agit en fait d’un phénomène spécifique aux établissements religieux.

Avec l’instauration de l’école gratuite, obligatoire et laïque de Jules Ferry à partir des années 1881-1882, la photo de classe devient le nécessaire reflet d’un ordre scolaire et d’une forme scolaire, avec les valeurs de rigueur, de sérieux et d’obéissance des élèves. La photo de la classe de l’école de Buigny les Gamaches en 1906 éclaire cette volonté de mise en scène instaurée par l’institution scolaire.

École de Buigny-les-Gamaches, 1906. Musée national de l’éducation – Numéro d’inventaire: 1979.13865

Elle présente un maître au centre de sa classe et le tableau noir où est inscrit cette déclaration du ministre Jules Simon: «Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple, s’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain», citation représentative de l'esprit de revanche qui régnait après la défaite de la France contre la Prusse à l'issue de la guerre de 1870-1871.

Ne pas chasser le naturel

Au milieu du XXe siècle, grâce au progrès technique de la rapidité du temps de pause et à la volonté de l’institution, la photo évolue vers plus de naturel. Les visages sont plus souriants, qu’il s’agisse d’ailleurs des élèves ou des enseignant·es. Pour autant, la photo de classe permet-elle une illustration de la transformation ou de l’immobilisme de l’univers scolaire?

Car cette vision de la photo de classe a peu évolué jusqu’au milieu des années 1960. Est-ce le signe d’une société où prime le statu quo? Ou ce rituel immuable reflète-t-il la permanence de l'école républicaine? Reste que depuis les années 1970, un assouplissement de la norme se perçoit à travers le positionnement des élèves, leurs tenues vestimentaires, la place de l’enseignant·e dans le cadre mais aussi la mixité, signe tardif mais fort de l’évolution de l’école.

Symbole nostalgique de l’enfance, la photo de classe évolue donc lentement. N’est-elle pas le signe d’une institution scolaire qui, tout en se modernisant fondamentalement, reste sur la même forme scolaire?

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Sylvain Wagnon

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