Société

Aucun jeu sexuel ne devrait mal tourner

Temps de lecture : 3 min

Mais il y a un gros travail d'éducation à mener pour éviter que des personnes meurent ou soient gravement blessées.

Nixon Belt | Eelke via Flickr CC License by
Nixon Belt | Eelke via Flickr CC License by

Anna Florence Reed, une jeune Britannique de 22 ans, vient d'être retrouvée morte étouffée dans la salle de bain du luxueux hôtel suisse où elle séjournait avec son petit ami. Interrogé par les autorités, ce dernier a évoqué un jeu sexuel qui aurait mal tourné, comme le rapporte The Independent. La justice devra déterminer s'il dit vrai, d'autres clients et clientes de l'hôtel ayant entendu le couple se disputer bruyamment durant la nuit précédant la mort de la jeune femme.

Dans un autre article publié suite à l'annonce du décès d'Anna Florence Reed, la journaliste Rebecca Reid écrit: «En dix ans, elle est la vingt-deuxième femme britannique à mourir suite à un prétendu jeu sexuel ayant mal tourné». Elle ajoute que dans ce cas précis, on ignore encore si c'est la vérité ou s'il y a eu féminicide. L'occasion pour elle de se fendre d'une tribune sur les pratiques BDSM (terme générique pour décrire l'ensemble des pratiques sexuelles qui font intervenir le bondage, la domination, le sadisme, le masochisme, la soumission et les punitions).

Pour Rebecca Reid, qui ne cache pas son intérêt pour les pratiques BDSM ainsi que pour les personnes qui s'y adonnent, il faut se garder de toute forme de diabolisation. Le BDSM occupe une place croissante dans la sexualité des jeunes gens (46% des moins de 40 ans ont déjà pratiqué ou voudraient s'y mettre, contre 18% des plus de 40 ans, d'après un sondage cité dans l'article). Le problème, c'est la démocratisation de pratiques qui nécessitent une grande expérience pour être maîtrisées, et ce afin d'être effectuées en toute sécurité.

La journaliste insiste sur l'importance capitale d'une éducation au BDSM. Elle milite pour la constitution d'une base de données officielle dédiée à l'ensemble des pratiques concernées, à l'image de ce que certains sites gouvernementaux proposent à propos de sujets aussi variés que la nutrition ou la consommation de drogues.

L'effet Christian Grey

Longtemps, explique Rebecca Reid, les personnes qui exprimaient leur attirance pour certaines pratiques BDSM étaient systématiquement stigmatisées. Et puis Fifty shades of Grey est arrivé, contribuant à une démocratisation dont la journaliste avait longtemps imaginé que ce serait une bonne chose. Sauf qu'en fait...

«Quand le BDSM était un domaine confidentiel et underground, le milieu était stigmatisé, certes, mais il était aussi auto-régulé. Si vous vouliez rencontrer des personnes avec les mêmes centres d'intérêt que vous, vous deviez intégrer une communauté. Et si vous vouliez faire partie de cette communauté, il vous fallait jouer selon les règles», écrit Rebecca Reid. Dans les donjons, lieux dédiées à certaines pratiques fétichistes, des maîtres et maîtresses de cérémonie veillent au grain. Leur emploi est double: superviser, mais aussi éduquer.

Dans la plupart des lieux consacrés aux pratiques BDSM, il existe des ateliers permettant d'apprendre des pratiques. Etouffer, fouetter ou ligoter quelqu'un, ça ne s'improvise pas. Seulement voilà: Monsieur et Madame Tout-le-monde n'en ont pas forcément conscience. Dans certains cas, le «jeu sexuel qui a mal tourné» n'est qu'une excuse brandie par les hommes pour tenter de masquer le fait qu'ils ont commis un féminicide; dans d'autres cas, c'est la vérité vraie.

La journaliste cite quelques exemples, glanés çà et là: celui d'une femme qui souhaitait que son partenaire l'étrangle parce qu'elle avait «vu ça dans un porno, et lu que ça allongeait la durée de l'orgasme», et qui a fini avec des vaisseaux sanguins éclatés dans une joue et la trachée abîmée. Manque de savoir-faire. Une autre jeune femme livre un témoignage bien différent: elle explique avoir demandé à son partenaire de la frapper lors d'un rapport sexuel. Quelques semaines après, l'homme a remis ça, sans la prévenir ni demander son consentement. Les conséquences de ce genre de comportement peuvent être très graves.

«Le bondage peut endommager le système nerveux. Des fessées appuyées mais mal données peuvent abimer les reins. L'asphyxie érotique peut conduire à la mort», écrit Rebecca Reid, qui insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de dissuader les gens d'expérimenter, mais de les inciter à s'informer, à s'éduquer, à apprendre des techniques et des règles de conduite. Pour que plus aucun jeu sexuel ne puisse mal tourner.

Slate.fr

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