Santé / Sports

Courir un marathon peut-il nuire à votre santé?

Temps de lecture : 3 min

Au cas où vous hésiteriez encore à participer au marathon de Paris...

42e édition du marathon de Paris, le 8 avril 2018 | Eric Feferberg / AFP
42e édition du marathon de Paris, le 8 avril 2018 | Eric Feferberg / AFP

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Courir des marathons réduit-il l'espérance de vie en raison du stress subi par le cœur (c'est ce que m'a dit mon docteur)?»

La réponse de Bart Loews, 5 kilomètres en moins de 20 minutes, semi-marathon en 90 minutes. Passionné de course à pied depuis que j'ai lu des livres sur un tapis de course à 13 km/h.

Cela n'a été confirmé par aucune étude. C'est une idée fausse pour plusieurs raisons.

La triste réalité est que certaines personnes meurent pendant ou juste après un marathon. Et le titre «UNE MARATHONIENNE MEURT PENDANT LA COURSE!» intéressera bien plus le lectorat que le titre «UNE MARATHONIENNE FINIT UNE COURSE DANS LAQUELLE IL NE S'EST RIEN PASSÉ DE SPÉCIAL!».

Une étude a examiné ces données et révélé que vingt-huit personnes étaient mortes dans les vingt-quatre heures après avoir couru un marathon entre 2000 et 2009 aux États-Unis. Cela représente 0,007% du total des marathonien·nes sur cette période.

Pour mettre cela en perspective, vous avez 100 fois plus de risques de mourir dans un accident de voiture.

Des conclusions vieilles de quarante ans

De plus, les décès à la suite d'un marathon les plus médiatisés étaient en réalité liés à des malformations cardiaques congénitales.

Il existe beaucoup d'idées reçues quant à l'apparence prétenduement maladive des marathonien·nes, véhiculées par des personnes ayant regardé les Jeux olympiques et conclu que les marathons étaient mauvais pour la santé parce que «regardez comme celui qui a gagné est chétif!». La grande majorité des adeptes de marathon ne sont pas comme ça et même ces athlètes sont en excellente santé.

Par ailleurs, des études comme celle du cardiologue James O'Keefe ont conclu que courir était bon, mais que trop courir était mauvais. Ces travaux indiquent de façon arbitraire que 32 kilomètres par semaine est une distance optimale. Or, un marathon fait 42,195 kilomètres = MAUVAIS!

Ce n'est pas une bonne idée de lier cette conclusion à la pratique du marathon.

D'abord, les marathonien·nes ne courent pas un marathon chaque jour. Si, en moyenne, les plus assidus courent 70 kilomètres par semaine, les autres sont largement dans la limite mentionnée par James O'Keefe.

De plus, ses conclusions n'étaient pas fondées sur des recherches pratiques actuelles; elles reprennent la Copenhagen City Heart Study qui, dans les années 1970, a établi une courbe en U montrant que le taux de mortalité chez les personnes faisant de l'exercice de façon modérée étaient inférieur à celui des personnes sédentaires et des personnes extrêmes dans leur pratique.

Augmentation de l'espérance de vie

La plupart des scientifiques s'accordent à dire qu'une pratique trop extrême de l'exercice favorise un certain nombre de facteurs de risques pouvant contribuer au décès. Le problème est de savoir où se place le seuil et d'identifier le mécanisme exact qui augmente le risque de décès. De plus, contrairement à ce que sous-entend O'Keefe, on ne dispose pas de suffisamment d'informations pour savoir si et pourquoi courir plus pourrait augmenter le risque de décès.

Ce n'est pas lié à une hausse de la consommation de médicaments, mais peu de personnes courent plus de 32 kilomètres par semaine donc l'échantillon d'observation est limité. Étant donné qu'il n'a pas été établi que la course à pied est la cause de décès en dehors de tout autre facteur, les scientifiques estiment qu'il est irresponsable de dire que la course est une cause de décès. De plus, les sciences de l'exercice, la recherche cardiovasculaire et les travaux sur la nutrition modernes révèlent que l'espérance de vie est plus longue lorsqu'on court plus.

En un mot comme en cent, votre médecin est mal informé, même si on ne peut pas lui en vouloir étant donné le fonctionnement du journalisme scientifique.

De nombreuses études montrent que courir jusqu'à 32 kilomètres en moyenne par semaine pendant toute la durée de la vie augmenterait l'espérance de vie. Plus que cela, on n'en est pas sûr, mais les études sont sur la bonne voie pour déterminer s'il existe un lien entre la course à pied et la mortalité, et si oui lequel. Veillez à ne pas vous surentraîner et vérifiez que vous ne souffrez pas de rhabdomyolyse. Et accordez-vous quelques jours sans courir toutes les deux semaines environ, pour que votre corps récupère complètement.

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