Santé

J'avais mal à l'estomac, j'ai consulté des sites médicaux: en fait, j'étais mort

Temps de lecture : 4 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quand on est angoissé de nature et un peu hypocondriaque, il ne faut jamais s'aventurer sur le net. Jamais.

J'ai fait ce que jamais une personne dotée de la moindre parcelle d'intelligence ne devrait faire. | Marco Verch Professional Photographer and Speaker via Flickr
J'ai fait ce que jamais une personne dotée de la moindre parcelle d'intelligence ne devrait faire. | Marco Verch Professional Photographer and Speaker via Flickr

Depuis quelques jours, j'avais un vague mal au ventre. Un ballonnement. Une sorte de gêne au niveau de l'estomac. Trois fois rien. À peine si je m'en formalisais. Quand on est né comme moi sous le signe de l'angoisse, c'est là chose commune dont, avec le temps, on ne s'étonne même plus. Va donc pour les gargouillements, les contractions, les tiraillements dans le bas-ventre. Si cela l'amuse de jouer à l'accordéon, qui suis-je pour lui interdire pareilles réjouissances?

Tout de même, la douleur était tenace. Rancunière. Accrochée à mes intestins. Elle partait, revenait, repartait, s'invitait à nouveau. Je continuais à jouer à l'indifférent mais je voyais bien qu'elle s'obstinait. Elle vrillait, piquait du nez, remuait, dérangeait, remontait le long de l'œsophage, avait ses humeurs, faisait son marché, s'offrait des insomnies, me compliquait la vie à outrance.

Elle n'était pas bien méchante, cette douleur –j'en avais connue de bien pires– mais comme elle prenait ses aises et semblait apprécier le confort de mes intestins, peu à peu, je commençai à être gagné par le doute. Et si…? Après tout, passé 50 ans, on peut s'attendre à tout. Le corps n'a plus la résistance d'autrefois. Et puis personne n'est éternel. Il faut bien y passer un jour. Qui sait si... Mourir cela n'est rien, mais vieillir ô vieillir.

Alors comme le grand couillon que je suis, dans cette désespérance qui me gagnait, j'ai fait ce que jamais une personne dotée de la moindre parcelle d'intelligence ne devrait faire, je suis allé chercher sur le net la nature de mon mal mystérieux. Fatale erreur, erreur fatale. Naïf comme un nouveau-né, con comme un lecteur de Phillipe de Villiers, j'ai tapé comme mots-clés «mal-estomac-persistant».

Selon toute vraisemblance, j'avais un cancer de l'estomac dont les chances de guérison étaient minimes pour ne pas dire nulles. Probablement, une pancréatite foudroyante fourbissait ses armes tandis qu'une péritonite menaçait de crever mes intestins, et si mon appendicite ne s'était pas encore déclarée, c'était juste une affaire de minutes. À moins d'avoir un ou plusieurs ulcères du duodénum qui exigeaient une hospitalisation dans les plus brefs délais. Dans tous les cas, mon pronostic vital était engagé, je pouvais encore vivre une ou deux années mais pas plus. Évidemment, on ne pouvait pas écarter l'éventualité de reins qui seraient rentrés en rébellion. Et si ce n'étaient mes reins, alors il fallait sérieusement penser à une tumeur à l'œuvre dans mon tube digestif avec une chance de guérison inexistante.

Ne parlons même pas de mon côlon et de son irritabilité morbide.

En l'espace de trois heures –oui, je sais!– qu'a duré ma recherche, je suis décédé un nombre incalculable de fois. Plus d'une fois, je me suis regardé dans la glace pour être bien certain que je n'avais pas le teint jaune, annonciateur du cancer. Je me suis forcé à avaler trois assiettes de couscous pour me démontrer que j'avais toujours de l'appétit. J'ai essayé de me rappeler si ce matin mes selles étaient glaireuses, mais rien à faire, leur souvenir m'échappait. Quel étourdi je faisais tout de même. Vivement la prochaine tournée que j'en ai le cœur net.

J'ai parcouru un nombre effarant de sites. J'ai lu des thèses de doctorat, des cours de magistère, des conférences de grands pontes, les confidences de Jacqueline, secrétaire de direction à Pau, dont le mari, Maurice, avait été emporté en trois semaines, lui qui pourtant n'était jamais malade –cancer de l'intestin grêle. Adieu Maurice, je t'aimais bien pourtant.

Je me suis farci des articles scientifiques de très haute volée dont je n'ai pas compris un traître mot si ce n'est que j'étais foutu de chez foutu. Des procédures à appliquer quand un patient montrait les signes manifestes d'une maladie de Crohn, maladie dont hélas j'étais porteur. Des articles bâclés aussi, écrits au dos de sites suspects où, vu le caractère terminal de mes innombrables maladies, je devais songer à léguer mon argent à des organismes de charité –je pouvais payer via PayPal.

J'ai tout lu. Tout. C'était comme une drogue, la pire de toutes. Et plus je lisais, plus mes douleurs à l'estomac s'intensifiaient. J'ai tapé tout les mots-clés possibles et imaginables, «estomac-juif-chauve», «écrivain-cancer-Slate-intestin», et à chaque fois, je suis tombé sur des sites qui me prédisaient le pire du pire. Voilà, j'allais donc mourir dans ma cinquante-et-unième année. Pour me consoler, j'ai pensé que j'aurai vécu plus longtemps que Brel, Camus ou Fitzgerald. Cela m'a presque réconforté. J'ai quand même dû essuyer une larme ou deux, je n'avais pas tout dit, j'avais encore des choses à écrire –c'est dur de mourir au printemps, tu sais.

J'ai fini aux urgences. On m'a aspiré du sang, on m'a tâté de partout, on m'a fait souffler dans des tubes; ces incapables n'ont rien trouvé. «Mais j'ai mal, j'ai dit, vous ne voyez donc pas que je suis en train de crever, l'annonce de mon décès est même inscrite sur ma page Wikipédia.» On m'a mis à la porte comme un vulgaire bonimenteur. «Et qu'on ne vous y reprenne plus.»

À peine rentré, je me suis précipité sur mon ordinateur. J'ai tapé «estomac-examen normal-douleur persistante», on m'a renvoyé direct sur les pages des pompes funèbres…

Quand ma femme est rentrée, elle m'a trouvé en train de prier au milieu du salon.

– Qu'est-ce qu'il t'arrive?
– Rien, je meurs.

Lorsqu'elle a fini par comprendre de quoi il retournait, elle a installé un filtre parental sur l'ordinateur. Je suis interdit de sites médicaux jusqu'à nouvel ordre.

M'en fous, je suis déjà crevé.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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