Égalités / Sports

Un pilote paraplégique écarté du championnat du monde des rallyes

Temps de lecture : 4 min

Le 29 mars, le pilote Fabrice Giorgi aurait dû participer au Tour de Corse. La Fédération internationale automobile l'en a empêché.

Fabrice Giorgi au volant de son véhicule équipé | France 3 ViaStella / YouTube
Fabrice Giorgi au volant de son véhicule équipé | France 3 ViaStella / YouTube

«Ce n'est pas de la discrimination au sens propre, puisqu'on ne m'a pas interdit de participer à cause de mon handicap. Mais c'est bien mon handicap qui m'a empêché de participer.» Fabrice Giorgi est toujours amer. Le 29 mars 2019, ce pilote ajaccien de 33 ans paraplégique n'a pas pu prendre le départ du Tour de Corse, étape du championnat du monde des rallyes.

Habitué des courses régionales, il devait participer pour la première fois à cette épreuve historique. Il a reçu la nouvelle comme un coup derrière la tête. «J'ai la licence depuis 2012, j'ai envoyé les papiers du véhicule, j'ai réussi les tests physiques», énumère-t-il. Parmi ces tests, celui de sortir du véhicule et de s'en éloigner en moins de trente secondes: «J'y arrive en quinze.»

Décision tardive

La cause du départ manqué: le système qu'utilise le jeune homme pour piloter son véhicule sans les jambes. «C'est la première fois qu'ils voyaient un équipement comme ça au championnat du monde, pense Fabrice Giorgi. Tout le monde a commencé à dire que ce n'était pas homologué. Pour moi, ça l'est, il est homologué par la Fédération française de sport automobile (FFSA). Ça fait sept ans que je l'utilise.»

Sauf que pour cette course, c'est la Fédération internationale automobile (FIA) qui doit trancher. «C'est comme la Coupe du Monde de football: il y a un pays organisateur, mais les règles sont édictées par la fédération internationale qui gère la compétition», explique Dominique Serieys, le directeur du Tour de Corse, qui assure avoir fait «tout son possible» pour que Fabrice Giorgi puisse prendre part à la course.

Surtout, la décision d'exclure le pilote a tardé. «Le mercredi soir, à quarante-huit heures du départ, j'ai été convoqué par les commissaires de la FIA. À ce moment-là, je me suis dit que ça ne sentait pas bon.» Mais le jeudi 28 mars, pendant un court instant, le ciel s'éclaircit: «On m'a appelé en me disant: “Fabrice, tu as de grandes chances d'avoir l'autorisation, viens à Porto-Vecchio.”» Dans l'extrême sud de l'île, tous les pilotes sont attendus pour la présentation officielle à 19 heures.

Au dernier moment, la Fédération internationale de l'automobile fait machine arrière: la présidente du collège des commissaires annonce refuser la participation de Fabrice Giorgi pour des raisons de sécurité. «On avait obtenu l'accord», se désole Dominique Serieys.

Sorties de route

Certaines installations de la voiture de Fabrice Giorgi sont interdites par le règlement de la fédération internationale, comme les compresseurs hydrauliques. La présidente, qui craint notamment des «sorties de route» à cause du système, s'appuie sur le règlement pour trancher.

«Sauf que n'importe quel pilote peut faire une sortie de route, peste Fabrice Giorgi. Cette présidente a eu peur, peut-être que je me retrouve dans la foule. Mais on n'interdit pas Sebastien Loeb sous ce prétexte!»

«Dans le sport automobile, plusieurs éléments peuvent engendrer une sortie de route, comme un simple mauvais calcul des trajectoires, estime de son côté le directeur du Tour de Corse. Nous nous sommes retrouvés coincés par la décision de la FIA.»

Contactée, la fédération n'a pas donné suite à notre demande d'interview. Là où le bât blesse, c'est que s'il paraît évident de ne pas homologuer les voitures dangereuses, les craintes en matière de sécurité paraissent en l'espèce motivées par le handicap du pilote, et non par ce qui compose son véhicule.

Espoir d'une homologation

Si la décision à laquelle a dû faire face la fédération ressemble à un cas d'école, ce n'est pas la première fois que la situation se présente: Albert Lloreva, un pilote espagnol lui aussi paraplégique, a participé plusieurs années de suite à des étapes du World Rally Championship (WRC).

«Au niveau de la FIA, la voiture de Fabrice Giorgi n'avait pas passé le contrôle de la commission handicap et accessibilité pour que le système soit jugé conforme. À l'avenir, je ne vois pas pourquoi sa voiture ne pourrait pas être homologuée, peut-être après quelques petites modifications», ajoute Dominique Serieys.

Si la Fédération internationale automobile avait pu prendre connaissance du système plus tôt, peut-être Fabrice Giorgi aurait-il pu prendre le départ. «On m'a dit qu'avec vingt-quatre heures de plus, j'aurais pu partir, raconte le pilote. Ou qu'il aurait fallu que je prévienne pour mon système. J'avais l'homologation FFSA, je ne pensais pas qu'il y avait besoin de plus. Quand j'ai envoyé les papiers pour m'inscrire, il y était bien précisé que j'ai un véhicule spécial. Ma licence elle-même est particulière et on ne m'a rien dit à ce moment-là.»

Témoignages de soutien

Sur le circuit, la décision a ému beaucoup de monde. Outre l'étonnement de la fédération française et des fans du Tour, le départ de la course a symboliquement été bloqué par des pilotes le 29 mars. Le président du Conseil exécutif de Corse y est également allé de son mot d'encouragement, jugeant la décision «injuste».

«J'ai reçu beaucoup de messages de soutien, du monde entier», admet, reconnaissant, Fabrice Giorgi.

Le jeune homme a dépensé près de 35.000 euros pour que le véhicule soit prêt pour l'épreuve –une somme vaine, finalement. «Nous avons repris le dossier, promet Dominique Serieys. Nous l'accompagnons pour que son véhicule soit désormais homologué et que nous puissions l'inviter sur le Tour 2020.»

Frédéric Scarbonchi Journaliste

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