Sciences / Culture

Deux démographes prédisent qui va mourir dans «Game of Thrones»

Temps de lecture : 5 min

Romane Beaufort et Lucas Melissent ont mené une étude scientifique sur la mortalité des personnages de la série la plus regardée de tous les temps.

Quels sont les pronostics les plus affirmés des démographes sur les personnages principaux? | Infographie: Christine Laemmel
Quels sont les pronostics les plus affirmés des démographes sur les personnages principaux? | Infographie: Christine Laemmel

«La vérité, c'est que je ne me suis jamais remis de la mort de Ned Stark.» Tout a commencé il y a huit ans. Et tout se terminera en 2019, avec la diffusion de la huitième et dernière saison, à partir du 14 avril. En 2011, Game of Thrones entrait dans nos vies, nous faisant découvrir son univers mi-chevaleresque, mi-fantastique mais surtout nous confrontant comme aucune fiction ne l'avait fait jusque-là, à l'aléa de la mort.

Comme le dit cet internaute sur Twitter, on ne s'est toujours pas remis de la mort de Ned Stark, qu'on pensait être le meneur de l'intrigue. Depuis, la série devenue la plus suivie de tous les temps a tué sans ménagement moults de ses héros. «Personne n'est à l'abri dans Game of Thrones», entend-on souvent. Vraiment?

Le cap des trente épisodes d'apparition

Romane Beaufort, statisticienne, et Lucas Melissent, sociologue, se sont penchés sur la question. En guise de rapport de recherche de leur master à l'Institut de démographie de l'Université Paris 1, ils ont décortiqué les 398 personnages nommés dans les sept saisons de la série, dont 205 sont décédés. Pour chaque mort, les deux jeunes démographes ont recensé cinquante caractéristiques, du lieu de naissance à l'âge, en passant par les pratiques sexuelles ou la corpulence. Ils ont croisé, recoupé, analysé ces bases de données. Résultat, la mort ne frappe pas vraiment au hasard dans Game of Thrones.

Romane et Lucas ont comptabilisé le nombre d'apparitions à l'écran des personnages. Ils ont noté que l'augmentation de la popularité et du rôle dans l'intrigue est proportionnelle au risque d'y passer, jusqu'à un certain degré d'importance au-delà duquel la probabilité de décès chute drastiquement. La fenêtre la plus dangereuse est autour de trois minutes d'apparition par épisode, pour une présence de cinq à vingt épisodes. En dessous, vous n'avez pas grand intérêt. Au-dessus, vous entrez au panthéon des immortels.

«En gros, dans​ Game of Thrones,​ il est très dangereux d'être un personnage qui prend de l'importance, développent les chercheurs. Mais sitôt que l'on est devenu très important et que l'on a dépassé les trente épisodes d'apparition, on devient quasiment intouchable.» Ned, Catelyn et Robb en témoignent. Ils ont été fauchés en pleine phase dangereuse d'ascension. «Pour ne pas tuer les personnages centraux, supposent Lucas et Romane, on sacrifie ceux auxquels on s'attache et qui ont une importance temporaire pour l'intrigue. Un grand classique.»

Tu es riche, corpulent et gay? Mort assurée

Le statut social est aussi déterminant. D'après cette étude menée durant plus d'un an, les seigneurs et leurs héritiers ont huit fois plus de risque de décéder que les roturiers. Assez logique quand l'intrigue politique se joue entre de puissantes familles nobles. Dans la même veine, un personnage qui combat est huit fois plus exposé qu'un autre qui ne prend pas les armes. Enfin, les alliances comptent aussi dans les chances de survie. Plus la famille et ses disciples sont nombreux, plus y appartenir peut vous sauver la vie. Les démographes ont prouvé que chaque membre supplémentaire dans une alliance fait baisser le risque de mourir de 2%. À ce petit jeu, les Stark et les Lannister se tirent la bourre depuis la première saison.

Les démographes ont dégagé certains critères plus surprenants. L'aspect physique pèse par exemple dans le risque de succomber. Les personnages corpulents semblent avoir deux fois plus de risques de mourir que les autres. À l'inverse, les personnages porteurs d'un handicap physique ou mental ont trois fois plus de chances de survivre que les autres. La réplique que Tyrion lance à Jon Snow dans le tout premier épisode n'était donc pas que pure rhétorique sur la différence: «Laisse-moi te donner un conseil, bâtard, lâche le mouton noir des Lannister. N'oublie jamais qui tu es, le reste du monde n'oubliera pas. Porte-le comme une armure et ça ne pourra jamais être utilisé pour te blesser».

Autre conclusion marquante de ces travaux: les personnages s'écartant d'une sexualité hétérosexuelle dans les normes selon les codes de la série ont une probabilité trois fois plus élevée que les autres de décéder. Cela vaut pour les gays, lesbiennes ou bisexuel·les comme Loras Tyrell, Renly Baratheon ou Oberyn Martell mais aussi pour les incestueux Jamie et Cersei (qui perdent donc des chances de survie selon le modèle) ou le répugnant Craster qui viole et réduit en esclavage ses filles. «On ne dit pas que leur situation est due à leurs pratiques sexuelles, précisent les chercheurs, mais il y a un lien statistique. Et a minima ces personnes sont victimes d'attaques au moins verbales.»

Daenerys en mauvaise posture

Le modèle dégagé par les deux démographes n'est pas infaillible. L'exception qui confirme la règle est la disparition de Littlefinger (Petyr Baelish). «Notre modèle lui calcule une probabilité de décéder très faible de 4%, expliquent Lucas et Romane, alors que tous les fans savent qu'il est bel et bien mort. En fait, si le modèle se trompe ainsi, c'est parce que Petyr est le seul personnage apparaissant dans plus de trente épisodes à mourir. Les dix-sept autres personnages centraux survivent. Le modèle se dit donc que le fait d'apparaître aussi souvent protège de la mort. Sauf qu'il se trompe pour Petyr. C'est la plus grosse erreur du modèle.»

Pour le reste, sur qui peut-on mettre une pièce pour la dernière saison? Évidemment, comme ce sera la dernière, les scénaristes peuvent anéantir tous les héros les uns après les autres. Mais si les tendances observées durant sept saisons se maintiennent, voilà les pronostics les plus affirmés des démographes (qui ont regroupé les probabilités de décès de tous les personnages encore vivants dans un tableau):

Exemples de probabilités de décès par personnage selon le modèle établi par les démographes. | Infographie: Christine Laemmel

Parmi les personnages principaux, c'est Daenerys qui semble avoir le moins de chances de survie. La Mère des Dragons a 16,8% de risques de mourir contre seulement 1,62% pour Jon Snow ou 1,21% pour Tyrion. C'est qu'elle les bat à plates coutures sur l'échelle du sang bleu. Le premier n'est pas considéré comme noble car né d'une union illégitime. Le second est un vrai Lannister mais a priori déchu de son héritage pour avoir trahi sa famille. Daenerys, elle, est l'héritière directe des Targaryen.

Et Sansa et Cersei, toutes deux à 11% d'après les statistiques des démographes? Elles ne combattent pas. Daenerys, elle, même juchée sur ses dragons, participe aux batailles. Arya, noble et combattante, n'a elle que 5% de probabilité de disparaître. Elle n'est en fait pas considérée comme seigneure car elle n'est à la tête de rien ni personne pour le moment et n'est pas l'aînée des Stark.

Quelles que soient les victimes, l'ultime volet de la saga promet d'être sanglant. Lucas Melissant et Romane Beaufort ont calculé que pendant la première saison, la probabilité de mourir assassiné s'élevait à 23%. À titre de comparaison, en Colombie, en état de guerre civile depuis cinquante ans, le taux de mortalité par homicide est de 61 pour 100.000 habitants selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé, soit 400 fois moins. Si la France avait connu, en 2017, une mortalité semblable à celle de la série, 15,5 millions d'homicides auraient été enregistrés (825 en réalité).

Dans Game of Thrones, la mortalité des adultes rejoint celle observée durant la Première Guerre mondiale. Pour les enfants, elle est digne du Moyen Âge. «En revanche et de manière surprenante dans un univers de fantaisie médiévale, notent les démographes, certains personnages vivent très, très vieux. Le plus dur, c'est donc de survivre soixante ans!» Et pendant trente épisodes.

Christine Laemmel Journaliste indépendante

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