Société

J'ai testé l'aspirateur à clitoris

Temps de lecture : 6 min

Et ce n'était pas une partie de plaisir.

On a l'impression d'explorer les possibilités du clitoris et c'est sans doute le plus intéressant. | Swallowtail Garden Seeds via Flickr
On a l'impression d'explorer les possibilités du clitoris et c'est sans doute le plus intéressant. | Swallowtail Garden Seeds via Flickr

Cette semaine, il y a un article à lire absolument sur Slate, celui de Thomas Messias pour dépasser la sexualité pénétro-centrée. Il y explique comment les couples hétérosexuels devraient repenser leurs pratiques sexuelles en se débarrassant de l'idée que la pénétration est l'alpha et l'omega d'un rapport. D'après ce que je vois, c'est effectivement un sujet qui monte chez les couples. Il s'agit de sortir de l'équation préliminaire puis pénétration, au profit d'une sexualité où la pénétration devient une pratique, une possibilité parmi d'autres.

L'inadéquation entre les sexualités féminines et le modèle pénétro-centré est évidente quand on parle masturbation. La majorité des femmes, quand elles se masturbent, ne pratiquent pas de pénétration. Elles peuvent le faire, mais c'est loin d'être systématique. Or on est d'accord que la branlette c'est quand même le moment où l'on cherche l'efficacité. Donc pénétration et orgasme ne vont pas inéluctablement de pair.

Ça paraît évident quand on parle masturbation, mais la difficulté réside dans le fait d'être cohérente et d'appliquer ce différentiel également aux rapports avec un homme –à moins d'accepter que la sexualité de couple soit moins satisfaisante que la masturbation, par peur que les hommes ne se sentent inutiles si on leur dit que leur pénis n'est pas indispensable là tout de suite.

L'opinion est prête pour entendre mon aventure

La révolution clitoridienne est en marche depuis déjà quelque temps, mais elle n'a pas encore fini de bouleverser les pratiques sexuelles des couples. Ceux qui ont fini par le comprendre, ce sont les fabricants de sextoys. Les innovations de ces dernières années sont une nouvelle sorte de vibromasseurs, qu'on pourrait appeler des aspirateurs à clitoris (même si techniquement ils n'aspirent pas, ils exercent plutôt des pressions). Devant l'enthousiasme de certaines consœurs journalistes sexo, j'ai voulu moi aussi participer à cette grande fête du clitoris et, il y a quelques mois, j'ai demandé à tester plusieurs modèles.

J'ai longtemps hésité à publier les résultats de mon test. Quand on me demandait «Alors? C'est comment?» je prenais un air mystérieux, un genre de Mona Lisa du cul. Mais je crois qu'il est temps, je pense que l'opinion est prête pour entendre mon aventure.

Point positif: ces sextoys n'essaient plus de copier un chibre turgescent. Ils tentent d'inventer un autre design, d'intégrer la sexualité féminine en sortant des standards qui ont longtemps prévalu. C'était déjà le cas des derniers modèles de vibro, il s'agissait d'inventer des sextoys pensés pour les femmes, en dehors du modèle phallocentré classique.

Ils sont beaux mais reste la seule question importante: sont-ils efficaces?

J'ai voulu faire correctement mon travail de journaliste, j'ai donc décidé de tester ces objets à froid. C'est-à-dire que j'avais à peu près autant envie de sexe que de changer la litière du chat.

Je me suis installée confortablement, prête à vivre un feu d'artifice orgasmique. J'ai pris l'un des modèles et, dans mon impatience, j'ai jeté le mode d'emploi à l'autre bout de la pièce parce que ça va, quelle femme a besoin de lire un mode d'emploi pour une stimulation de son clitoris? Je regarde l'engin, je vois bien qu'il y a une espèce de trou, que je dois caler mon clitoris dedans, allumer le truc et en avant l'aventure.

Un nouveau genre de décollement des membranes

Je m'exécute. Première surprise, la chose fait à peu près le bruit d'un Airbus en phase de décollage. Donc si vous prévoyez de l'utiliser dans un petit appart que vous partagez avec d'autres gens, on n'est pas au top de la discrétion. «Bbrbrbrbrrrrr.» J'avais l'impression d'être dans l'avion en partance pour «Rendez-vous en terre inconnue». Je me suis souvenue qu'une amie m'avait prévenue que ce truc lui avait défoncé le clitoris à cause de sa puissance, mais moi je suis une grande fille, mon clitoris, c'est du béton, c'est tout juste s'il n'a pas fait la guerre et s'il n'a pas de la corne alors j'ai la confiance, je mets au max, histoire de ne plus penser à la litière qu'il faut aller changer.

Le bruit d'Airbus passe de «brbrbrbrbrrrrrr» à «BRRRRRAAAA». Attention, on décolle... mais quelques secondes plus tard, il se transforme en une espèce de «BRRRBLOPBLOPBLOPBLOPBLOP» accompagné d'une sensation étrange et pas hyper satisfaisante. Je ne comprends pas ce qu'il se passe. C'est comme si quelque chose s'était coincé dans le moteur de l'avion, et que ça me tirait. Je mets plusieurs secondes à comprendre que l'engin s'est décalé vers la gauche et est présentement en train de m'aspirer une petite lèvre à pleine puissance. Flippée, je fais ce que n'importe qui ferait: je le retire brusquement.

Deuxième erreur. Il aurait fallu l'éteindre d'abord, puis le retirer pour le repositionner et le rallumer. En le retirant allumé à pleine puissance, le truc qui aspirait ma petite lèvre m'a valu un nouveau genre de décollement des membranes. Je douille.

Mon clitoris a-t-il été décapité et aspiré?

Je suis frustrée. Je n'ai pas du tout envie d'abandonner et d'aller changer la litière du chat. Et il est hors de question de rester sur un échec. C'est comme si j'étais à la porte de la soirée du siècle et qu'on me refusait l'entrée. Je décide de persévérer malgré la douleur. Je comprends qu'il ne faut pas bouger un orteil pendant l'usage de la machine. Il faut la tenir avec sa main et rester parfaitement immobile sinon ça ripe à gauche, à droite, il faut repositionner sans cesse (en tout cas, en mode débutante). Je retente. J'ai du mal à garder mon clitoris dans l'orifice, le bruit me déconcentre, je transpire, je m'énerve.

Comme c'est une stimulation totalement mécanique, je sens bien une espèce de plaisir mais il y a un truc qui me dérange. Un parasitage quelque part mais ces sensations sont tellement inconnues que je ne parviens pas à identifier d'où ça vient dans ce boucan. C'est peut-être à cause de cette impression d'avoir du plaisir mais en même temps, d'avoir mal. Finalement, je décide d'éteindre la machine et de l'enlever pour essayer de comprendre un peu ce qui se passe. Ce que je fais.

Je regarde la machine et… Horreur. Je vois du sang dessus. Pas des litres de sang hein. Plutôt comme une teinture de sang sur l'embout en plastique blanc. Je suis au-delà de la panique.

Première pensée: mon clitoris a été décapité et aspiré. D'une main, je vérifie qu'il est toujours là. Gros soulagement. (Je viens de découvrir l'angoisse de castration féminine, et Freud peut aller revoir toutes ses théories.) Par contre, j'ai les doigts un peu rouges.

Après étude à l'aide d'un miroir, je comprends que je suis tellement douée et délicate dans mes gestes que j'ai réussi à me blesser la petite lèvre. C'est comme si ça avait aspiré par succion le sang jusqu'à la surface de la muqueuse. Cette impression un peu désagréable que je ressentais, c'était donc de la souffrance. Appelez-moi «la grosse bourrine». La prochaine fois, je ferais mieux de tester une visseuse-dévisseuse.

De petits bijoux d'innovation clitoridienne

Mes débuts avec ces engins ont donc été compliqués. Il a quand même fallu plusieurs jours pour que ma blessure se soigne. Et puis plusieurs séances pour que je comprenne comment on s'en servait. (Finalement, j'ai lu le mode d'emploi.) Sachez également qu'à ma connaissance je suis la seule personne à avoir eu ce problème. Mais je pense que tous les sextoys devraient être préalablement testés par Pierrette Richard, histoire d'envisager les scénarios les plus improbables.

Force est d'admettre qu'une fois que tout est en place, ces engins sont effectivement de petits bijoux d'innovation clitoridienne. Ils procurent des sensations totalement inédites. Ce n'est ni comme un vibro, ni comme un cunni, c'est autre chose que vous n'avez jamais senti. On a l'impression d'explorer les possibilités du clitoris et c'est sans doute le plus intéressant. Avec un peu de dextérité, on peut même bouger l'engin sans se retrouver avec une inflammation des petites lèvres. Et ça présente un autre avantage.

Petite, j'avais été traumatisée par l'épisode de Sex and the city où Miranda découvre le Speed rabbit (qui faisait partie des sextoys de la génération phallus amélioré) et en devient accro. Elle ne veut plus sortir de chez elle, elle renonce à toute vie sociale pour passer des heures avec son rabbit, au point que ses amies doivent débarquer chez elle et le lui confisquer. Je ne sais pas s'il y avait un but moral dans cet épisode, mais ça m'avait vraiment traumatisée. Vous n'aurez pas ce genre de problème avec les aspirateurs clitoridiens. Déjà, vu leur efficacité, en cinq minutes, c'est plié. Ensuite, ça ne se substitue pas du tout à un rapport sexuel avec un être humain. C'est juste autre chose de totalement différent. Ça ne remplace pas, ça ajoute une possibilité à votre sexualité.

Mais le plus important, c'est qu'ils participent de la réhabilitation du clitoris. Voir des bijoux d'innovation technique qui ne s'intéressent qu'à lui, c'est lui rendre toute son importance. Évidemment, ces objets peuvent être utilisés en couple, mais expliquez bien le fonctionnement à votre partenaire parce que, vous l'aurez compris, un accident est vite arrivé.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

Titiou Lecoq

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