Sports

Chants sexistes et homophobes dans les stades: après les mots, il faut des actes

Temps de lecture : 5 min

Les commentaires de la ministre des Sports Roxana Maracineanu lors du match PSG-OM ont fait du bruit.

La ministre des Sports Roxana Maracineanu au match de ligue 1 Paris Saint-Germain (PSG) vs Olympique de Marseille (OM), au   Parc des Princes (Paris) le 17 mars 2019. 
Franck Fife / AFP
La ministre des Sports Roxana Maracineanu au match de ligue 1 Paris Saint-Germain (PSG) vs Olympique de Marseille (OM), au Parc des Princes (Paris) le 17 mars 2019. Franck Fife / AFP

Mais de quoi parle Roxana Maracineanu? C’est peu dire que le PSG-OM la hante depuis plusieurs semaines. Après une première sortie sur le racisme, la ministre des Sports en a remis une couche, à l’Assemblée nationale, cette fois sur des propos sexistes et homophobes qu’elle aurait entendu lors des chants de supporters tout au long de la rencontre.

«Pourquoi et comment ces propos, intolérables dans la société d’aujourd’hui, peuvent-ils être tolérés dans les stades sous couvert de supportérisme?, s’interroge la politique. Ce sont des images et des chants où la victoire, la force, la réussite, sont associés à la masculinité. Où la faiblesse, l’échec, sont liés à la féminité et par extension à l’homosexualité.»

Stigmatiser n'est pas jouer

Une fois posée la généralisation capillotractée, il importe de comprendre de quoi parle la ministre. Est-ce la chanson où des supporters d’un club invitent un autre club –une entité, donc–, à la pratique anale? Il faudrait déjà ouvrir le débat à propos du terme «enculé», perçu comme homophobe par nombre de personnes et d’associations car il stigmatise une pratique homosexuelle, même si celle-ci fait aussi partie de la sexualité hétérosexuelle.

«C’est insupportable d'entendre les cris et les chants homophobes. Par contre, il faut en discuter.»

Yoann Lemaire, président de Foot Ensemble

Chez les supporters, plus que l’orientation sexuelle, le terme connote surtout un sentiment de domination, de soumission, d’actif et de passif. Une vision hétéronormée et un usage discutable qui évoluera peut-être si l'on fait de la prévention et qu'on échange avec les principaux intéressés –celles et ceux qui se sentent insultés par ces termes et ceux qui les utilisent– mais certainement pas en stigmatisant les unes, les uns ou les autres. «C’est insupportable d'entendre les cris et les chants homophobes. Par contre, il faut en discuter», disait également Yoann Lemaire, président de Foot Ensemble, à France Info.

Comme Roxana Maracineanu ne précise rien, et c’est bien pratique, peut-être s’agit-il d’autre chose? Sont-ce des paroles isolées et condamnables, entendues dans les stades et ailleurs? Des propos nauséabonds ont-ils été proférés dans la corbeille du Parc, l’espace réservé aux VIP où se trouvait la ministre lors de la rencontre?

À force de ne pas savoir de quoi on parle, il devient extrêmement compliqué de reconnaître le fond du problème. «Ils criaient des choses contre Marseille au lieu d’encourager leur club», a insisté la ministre, semblant découvrir avec une grosse pincée de mauvaise foi la teneur des chants qui sont clamés dans les stades.

Oui, le milieu du football est machiste

Oui, l’homophobie est pugnace dans le milieu du football. En 2013, selon une étude du Paris Football Gay, quatre joueurs sur dix étaient hostiles à l’homosexualité. Sur les terrains comme en tribune, les expressions «frappe de tapette» et «contrôle de pédé» sont encore d'usage. En 2019, aucun footballeur professionnel français n’a encore fait de coming-out au cours de sa carrière parce que le milieu est jugé trop hostile.

Patrice Evra, ex-footballeur international, ancien capitaine de l’équipe de France, est poursuivi actuellement pour propos homophobes. Plusieurs joueurs estiment n’avoir jamais croisé d’homosexuel dans leur club. Sur le plateau du Grand Journal en 2005, David Ginola, en voulant attester l’absence de joueurs homosexuels, a fait l’étalage de propos homophobes: «Dans les attitudes, je n'ai jamais vu quelqu’un [un homosexuel] qui ressemblait de près ou de loin avec des manières de quelqu'un du côté obscur de la force [sic]

Oui, dans un univers aussi machiste que le football, le sexisme continue de proliférer. C’est le cas lorsque Bernard Lacombe, conseiller du président de l’Olympique Lyonnais, invite les femmes à «s’occuper de leurs casseroles» plutôt que de football. À l’OL, toujours, une pancarte imageait à peu près la même chose en 2017. D’ailleurs, quand Roxana Maracineanu décide de s'emparer du sujet assez maladroitement, elle a eu droit en retour à des commentaires sexistes sur les réseaux sociaux.

Moins de mots, plus d'actes

Ces faits démontrent que les fléaux qu’on impute aux supporters sont en fait le problème du sport en général et, par extension –puisque la mode est désormais d'en faire– celui de la société. Comment peut-on éradiquer le sexisme du football féminin? Quel levier d’action mobiliser pour mettre fin à l’homophobie dans le monde professionnel pour voir des femmes devenir dirigeantes de clubs ou coaches d’équipe masculine? S'il a bien accueilli l'avènement du débat, Yoann Lemaire préfère parler de sensibilisation. Un travail important attend le gouvernement et les instances compétentes sur le sujet. Ce ne sera pas aussi facile qu’infliger une amende ou sanctionner des supporters à la va-vite: il faudra de la prévention, du travail de terrain, moins de mots et beaucoup d’actes.

«Les chants homophobes, c’est le début de l’engrenage qui peut ensuite mener à la violence et au fait qu'on a une recrudescence des agressions homophobes dans l'espace public.»

Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations

Les mots ne remplacent jamais les actes. Mais ils se font une place. La présidente de la Ligue de football professionnelle se fait dézinguer depuis ce mardi: des titres racoleurs dans la presse lui ont attribué des propos jugés scandaleux. Nathalie Boy de la Tour aurait affirmé que les insultes homophobes font partie du «folklore» du football. Interrogée par Le Parisien, la présidente a précisé: «Pour les supporters, cela fait partie du folklore», afin de bien distinguer qu'elle ne le pensait pas elle-même.

La présidente a insisté sur le travail à mener pour faire bouger les mentalités. Une sortie commentée par Marlène Schiappa sur France Info. Sur le terme «folklore», la secrétaire d’État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations a estimé: «On ne peut pas admettre ce type d'argumentaire. C'est ce qu'on nous dit dans tous les milieux pour faire exception à la lutte contre l'homophobie. Les chants homophobes, c’est le début de l’engrenage qui peut ensuite mener à la violence et au fait qu'on a une recrudescence des agressions homophobes dans l'espace public.»

Sensibiliser les jeunes joueurs contre l'homophobie

Malgré cette reprise de volée et le tollé suscité par sa déclaration, la présidente de la ligue a trouvé chez Yoann Lemaire un défenseur, toujours interrogé par France Info: «Je suis un peu surpris d’entendre Marlène Schiappa monter au créneau. Cela fait un an et demi ou deux qu’on essaie de la rencontrer pour lui proposer des outils pédagogiques ou lui proposer des projets, et qu'elle ne nous répond pas. Et subitement, elle va interpréter ce que Nathalie Boy de La Tour vient de dire, et injustement à mon sens.»

Enfin, Nathalie Boy de la Tour n’a pas eu besoin de mots pour lancer une action dans tous les centres de formation de France afin de sensibiliser les jeunes joueurs contre l’homophobie.

Au terrain de parler, alors. Et de laisser les gens hurler. Pour l’instant.

Frédéric Scarbonchi Journaliste

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