Israël empêtré dans l'assassinat de Dubaï (MàJ)
Les révélations distillées dans la presse n'en finissent plus de rendre nébuleuse la mort de Mahmoud al-Mabhouh.
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L'affaire de Dubaï semble de plus en plus nébuleuse après les révélations quotidiennes des organes de presse étrangers et notamment anglais. Les porte-paroles israéliens sont muets. Il n'est de toute façon pas question pour eux de répondre aux journalistes. Cela donnerait à penser que le gouvernement a besoin de se justifier dans une affaire dans laquelle il ne se sent pas concerné... officiellement. Le porte-parole de l'armée renvoie à celui du gouvernement car il considère que les affaires du Mossad ne sont pas liées à celles de l'armée. Dans d'autres cas, il aurait aimé relever la maestria avec laquelle certains agents réussissent leur mission. Mais dans l'affaire de l'assassinat de Mahmoud al-Mabhouh, ce n'est pas vraiment le cas. Les autorités israéliennes se retranchent derrière la règle AFMR: «Acording to Foreign Media Reports» qui consiste à ne pas commenter les nouvelles publiées dans la presse étrangère, cette même presse étrangère qui est utilisée comme relais pour des scoops ou pour la diffusion d'informations sensibles.
Des précédents bien moins médiatiques
De nouvelles informations sont distillées chaque jour en provenance de différentes sources tendant à donner à cette affaire un impact médiatique démesuré. D'autres éliminations de personnages importants n'ont pas eu droit à la même couverture par la presse. Abbas al-Musawi leader du Hezbollah, tué en 1992, l'ingénieur Yihyeh Ayash tué en 1996 et Imad Mughniyeh tué en 2008 ont subi le même sort qu'Al-Mabhouh mais le retentissement en a été moindre. La raison essentielle de l'impact de la dernière élimination tient à l'évolution des techniques de communication puisque le commando de onze personnes a été filmé tout au long de ses déplacements grâce aux caméras de surveillance. Il est fort probable qu'une escouade semblable avait été nécessaire pour perpétrer les meurtres précédents, mais les moyens audiovisuels n'étaient pas alors en place.
Le doigt est pointé sur le Mossad parce que la victime se savait dans le collimateur des Israéliens qui ne pardonnent jamais l'atteinte à la vie des civils ou des soldats tués hors du champ de bataille. Les ambassadeurs israéliens à Londres et à Dublin ont été convoqués au ministère des Affaires étrangères pour donner des explications sur une affaire dont ils ignorent tout. Si le Mossad est coupable, la loi du silence n'est jamais transgressée étant donné que l'agence de renseignements dépend directement du Premier ministre tandis que ni les députés, ni les ministres, et a fortiori les diplomates ne sont informés de ses missions.
Incohérences et contradictions
L'affaire comporte un certain nombre d'incohérences et de contradictions qui ne sont pas relevées pour dédouaner les Israéliens mais pour exiger des certitudes sur les commanditaires. Le problème des passeports, en particulier, comporte plusieurs ombres. L'utilisation, par les assassins de Mahmoud al-Mabhouh, de l'identité d'Israéliens binationaux vivants ne manque pas de légèreté si elle est l'œuvre du Mossad. Certes, chaque citoyen israélien peut à tout instant être considéré comme mobilisable au service de l'Etat ou de l'armée. Mais l'efficacité des services secrets tient dans la collaboration entière et volontaire de ses agents.
Selon le chef de la police de Dubaï, les passeports utilisés par les meurtriers étaient vrais. Le général Dhahi Khalfan a expliqué que: «Les officiers des services d'immigration ont été formés par des experts de sécurité européens pour détecter les faux passeports. Ils ont appliqué ces procédures à l'aéroport lors de l'arrivée des suspects et n'ont pas détecté de falsification.» Or les visages diffusés par la police ne correspondent pas aux photos originales détenues par les différents services de l'identité. Les passeports sont donc des faux. Les journaux britanniques regorgent de reportages sur les faux passeports utilisés lors de cette opération.
Faux vrais passeports?
Paul John Keeley, âgé de 43 ans, qui vit au kibboutz Nasholim, s'est réveillé un matin en trouvant son nom en première page des journaux. La photo qui a été publiée ne lui ressemble en rien et il a confirmé à la télévision que son passeport ne l'a pas quitté avant et après le 20 janvier et qu'il ne comporte aucun visa des autorités de Dubaï. Un autre citoyen britannique, Daniel Hodes, a confirmé à la chaîne de télévision-2 qu'il est installé en Israël depuis deux ans et qu'il n'a jamais quitté le pays durant cette période. Sa femme est venue appuyer ses dires en affirmant: «Nous sommes des gens pacifiques, et le visage qui a été publié ne ressemble en rien à celui de mon époux qui est beaucoup plus élégant.» Melvyn Adam Mildiner s'estime «bouleversé et effrayé» de se voir mêlé à des évènements qui le dépassent. Enfin, Michael Bodenheimer est surpris d'autant plus qu'il avait immigré vingt ans auparavant depuis les Etats-Unis et qu'il vit actuellement dans le quartier le plus orthodoxe de Tel-Aviv, Bnei-Brak. Avec son physique de religieux, il n'a rien d'un baroudeur et n'a cessé d'étudier à plein temps dans une yeshiva, école talmudique. Il comprend encore moins qu'on l'ait assimilé à un citoyen allemand en raison de la consonance de son nom. La plupart des personnes dont on a emprunté l'identité sont formels. Tout a été fait à leur insu: «Ils n'ont rien à dire, c'est une erreur. Leur identité a été volée et leur visage ne correspond pas à la réalité.» S'ils avaient été des agents du Mossad, ils auraient choisi, selon la règle, l'anonymat et le silence imposés par leur Centrale. Or la plupart d'entre eux s'expriment à visage découvert pour prouver la réalité de leurs arguments.
Le Premier ministre britannique n'a pas condamné l'assassinat mais le vol des passeports qui ont servi à certains membres du commando. Selon lui, les pièces d'identité auraient pu être substituées à l'occasion d'un voyage à l'étranger. Une possibilité a priori contredite par les témoignages: ceux dont on a utilisé l'identité n'ont jamais quitté le pays depuis plusieurs mois et leurs passeports ne comportent aucun visa des autorités de Dubaï attestant une entrée dans la ville. Ces faits sont faciles à vérifier auprès de civils qui ne sont pas touchés par les problèmes de secret militaire et ils permettront de prouver si ces personnes ont été complices actives ou non du meurtre, et si elles ont au moins collaboré au «prêt temporaire» de leur passeport pour raison d'Etat.
Gordon Brown a semblé discret dans son commentaire car il existe une coopération étroite entre le Mossad et le MI-5 et dans ce cas, il semble difficile aux Israéliens, sauf à rompre avec la source d'approvisionnement d'informations anglaise, d'envoyer leurs agents pour liquider Al-Mabhouh sans en référer auparavant à leurs alliés.
L'enquête n'est pas finie
Nous ne sommes certainement pas au bout des surprises selon certains officiels qui continuent à vouloir dédouaner le Mossad malgré toutes les présomptions évidentes qui sont publiées. Les autorités de Dubaï semblent sélectives dans la diffusion de leurs informations. Le ministère autrichien de l'Intérieur vient de faire savoir qu'il enquêtait sur l'utilisation présumée de téléphones portables autrichiens par les membres du commando. Sept téléphones ont été activés en Autriche dont l'analyse des communications pourrait être instructive.
Par ailleurs, l'enquête reste très discrète sur l'interférence de membres du Hamas dans l'assassinat. The Gardian britannique a diffusé l'information selon laquelle «un agent de la sécurité» du Hamas serait emprisonné en Syrie parce qu'il aurait trempé dans l'élimination de Mahmoud Al-Mabhouh. Les Syriens se refusent à confirmer ou non cette information. Enfin, la police de Dubaï ne communique pas sur les deux Palestiniens qu'elle a arrêtés. D'après le journal arabe Al-Hayat, l'un d'entre eux était membre des services de renseignements palestiniens tandis que le second appartenait aux services de sécurité de l'Autorité palestinienne. Leur rôle essentiel consistait à apporter une aide logistique au commando de tueurs en réservant les chambres d'hôtels et en louant les voitures utilisées pendant l'opération. Ces deux Palestiniens avaient décidé de quitter Gaza après la prise de pouvoir du Hamas et avaient obtenu d'une part un permis de séjour à Dubaï et, d'autre part, un emploi dans l'immobilier dans une compagnie appartenant à un chef du Fatah. L'identité de ces deux hommes n'a pas été diffusée alors que leur interrogatoire permettrait de savoir s'ils ont collaboré avec le Mossad.
Trois Palestiniens mis en cause
Un haut responsable du Hamas a été arrêté, portant à trois le nombre de Palestiniens soupçonnés d'être impliqués dans l'assassinat, a affirmé jeudi 18 février un responsable des services de sécurité de l'Autorité palestinienne. «Nous avons des informations étayées selon lesquelles Nehru Massoud, un responsable de haut rang en Syrie des brigades Al-Qassam a été arrêté dans le cadre de l'assassinat de Mahmoud Al-Mabhouh.» La dernière information communiquée par le Hamas tient au fait que la police de Dubaï détiendrait le gros plan des yeux des membres du commando les identifiant de manière irréfutable. Cette information n'a pas encore été confirmée.
Il est difficile de comprendre, si le Mossad était impliqué, qu'il puisse réitérer un assassinat dans un pays arabe ami, au moment de la visite d'un haut représentant du gouvernement israélien. Ce serait une grande faute pour Meïr Dagan, le chef du Mossad, bien qu'il n'ait pu réaliser cette opération sans l'accord écrit de son Premier ministre. Cela remet au goût du jour les inquiétudes du précédent chef du Mossad, Ephraïm Halévy, qui avait demandé à ce que la Knesset (le parlement) se charge d'un projet de loi interdisant à des civils, ne faisant pas partie des instances officielles de la sécurité, d'être armés pour agir au nom de l'Etat d'Israël. Il avait demandé à ce que le Mossad revienne à ses fondamentaux en employant uniquement des militaires ou des policiers dans les opérations où il y a mort d'homme de façon à couvrir légalement les auteurs des éliminations. Si le Mossad est impliqué, ce serait un nouvel échec de ses services qui auraient certainement sous-évalué la capacité des policiers de Dubaï à enquêter avec autant de célérité et de professionnalisme.
Quoi qu'il en soit, Meïr Dagan n'a pas l'intention de démissionner car une telle décision confirmerait la responsabilité de son Agence et, selon lui, le Premier ministre ne lui a pas demandé de se retirer. L'enquête, qui n'en est qu'à ses débuts, risque encore d'apporter de nouvelles surprises.
Jacques Benillouche
LIRE EGALEMENT: Le mystérieux assassinat d'un cadre du Hamas à Dubaï et Nucléaire: la guerre secrète entre Israël et l'Iran.
Image de une: Le père de Mahmoud al-Mabhouh avec une photo de son fils. REUTERS/Mohammed Salem
Mis à jour le 18/02/2010 à 18h21










































Tout pays comportant des binationaux voit sa souveraineté en danger si "chaque citoyen israélien peut à tout instant être considéré comme mobilisable au service de l'Etat ou de l'armée."
Oui, mais ça ne concerne pas que les Israéliens ! Le "problème" est le même avec tous les binationaux. Sauf que les avantages d'autoriser la double nationalité dépassent nettement ce risque, quand même limité parce que des Etats ne vont pas s'amuser à mobiliser des citoyens, fussent-ils binationaux, qui n'ont aucune formation ni expérience dans le travail d'espionnage, de sabotage, etc. Faut arrêter la paranoïa !
Oui, vous avez tout à fait raison; je me suis efforcé de traiter le sujet en citant votre article.
Le Renaclerican : "Sauf que les avantages d'autoriser la double nationalité dépassent nettement ce risque, quand même limité parce que des Etats ne vont pas s'amuser à mobiliser des citoyens, fussent-ils binationaux, qui n'ont aucune formation ni expérience dans le travail d'espionnage, de sabotage, etc. Faut arrêter la paranoïa !"
J'aimerais vous croire. De quels avantages parlez-vous ? De ceux du pays d'origine, de ceux du pays d'accueil ou de ceux du binational ? De quel risque ? Que le pays d'accueil prend en faisant confiance à un immigré ou aux enfants d'immigrés, que le pays d'origine prend en faisant confiance à l'immigré une fois arrivé dans le pays d'accueil et sorti de ce pays d'origine ?
C'est potentiellement le cas de tous les binationaux nés dans le pays d'accueil qui, une fois majeurs, ont effectué leur armée dans leur pays d'origine et donc qui ont été formés à la guerre ou des immigrés adultes qui ont été formés avant leur immigration.
Pour savoir si un binational va se battre pour son pays d'origine lorsque de dernier est concerné par un conflit, il suffit de contrôler les sorties du territoire à la même période.
Acceptez toutes mes excuses pour la réponse tardive. Cela vous laisse 10 mois pour répondre !!! Passez de bonnes fêtes de fin d'année.
Il y a une dizaine de jours, vous nous embarquiez dans un scénario de roman, soutenant que, comme ce n'était pas signé Mossad, ce n'était certainement pas le Mossad! (curieux argumentaire!)
-je vous répondais alors que la meilleure façon de se dédouaner, pour un assassin, c'était JUSTEMENT de changer de mode opératoire!-
Est-ce le Mossad ou le gouvernement israélien qui vous charge de lancer ces rideaux de fumée ?
Ces assassinats ciblés, spécialité du Mossad, sont inadmissibles, donc indéfendables!
Votre signature -journaliste indépendant- me semble à première vue quelque peu usurpée!
Mais bien sûr je ne demande qu'à changer d'avis!
Je trouve les commentaires de M. Benillouche très équilibrés dans cet article - je m'attendais à pire!
Depuis cette bévue du Mossad on a assisté à une tentative de 'contre feu' par un Israël embarassé qui , vu l'amateurisme de l'épisode, consiste à évoquer la possibilité que l'affaire ne pouvait être l'oeuvre des siens!
Aussi on a entendu ce matin sur France Inter leur correspondant à Jérusalem expliquer que 1/ M. Dagan était très expérimenté et avait fait longue carrière (alors?) 2/ un doute persistait (auprès de qui?) que c'était l'oeuvre du Mossad et 3/ que le Mossad faisait un bon travail partout (bravo!) et que n'entendait parler que des bévues.
On est en droit de se demander qui paie le salaire de ce correspondant!
Cette question ne se pose pas pour M. Benillouche.
Que voulez-vous ? Le métier de journaliste n’est plus ce qu’il était, surtout pour un indépendant (au passage vous faites un contresens; ce terme veut dire que je ne suis pas salarié et cela n'a aucun lien avec une indépendance intellectuelle éventuelle).
En absence de salaire, je suis donc contraint de collaborer avec le Mossad. Le gouvernement israélien m’adresse un petit chèque tous les mois pour me remercier de critiquer sans cesse Netanyahou. La CIA rétribue l’attention que je porte à Obama mais j’ai demandé à toucher ma collaboration en euros car je crois de moins en moins au dollar. La Russie m’offre des allers-retours à Moscou (le rouble ne vaut rien) en souvenir des informations que j’ai transmis dans le passé au KGB.
Enfin comme tout juif qui se respecte, il m’arrive d’accepter d’échanger avec le Hamas, contre monnaie sonnante, des informations sensibles israéliennes. Il n’y a pas de petits profits !
Je m’en excuse auprès de la rédaction de Slate et des autres médias qui m'emploient de leur avoir caché tout ces faits.
Bref comme disait Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ».
Cordialement.
Faîtes attention à l'Euro , il n'est pas aussi solide qu'on le dit !
Corrompu, je ne me serais jamais permis ce terme, c'est pour moi injurieux, et telle n'était pas mon intention, quant au commentaire sur journaliste indépendant, c'était juste une boutade sur le terme "indépendant" dont à priori je pense avoir compris le sens (mais on n'est jamais sûr de rien, n'est-ce pas?)!
Et je reconnais que vous mettez beaucoup d'objectivité dans vos analyses et que l'exercice consistant à commenter des faits complexes avec très peu de données est lui-même particulièrement délicat!
Ce qui m'avait choqué le plus c'est la disculpation du Mossad sur l'absence de "signature", alors que pour moi, peut-être trop logique, c'est au contraire un argument aggravant!
Mais tout le monde peut se tromper!
Cordialement,
d.e.s.t.